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P2P : des usages en pleine migration

Elles courent, les statistiques sur les usages des fans de musique sur Internet. Et elles parlent plus, bien souvent, par ce qu’elles taisent que par ce qu’elles disent. A l’heure où le projet de loi français Internet et Création se prend les pieds dans le calendrier européen de la révision du Paquet Télécom, il parait opportun d’en tirer quelques enseignements.


Selon la dernière étude de l’institut BVA, réalisée au mois de septembre pour le compte de The Phone House, en partenariat avec BFM et La Tribune, le téléchargement illégal accuse une baisse sensible en France, 18 % des sondés répondant par l’affirmative à la question "Vous arrive-t-il de télécharger illégalement des musiques ou des films sur Internet ?", contre 23 % un an auparavant.
Cette baisse du téléchargement illégal est d’autant plus perceptible chez les technophiles, rapporte BVA, qui ne sont plus que 33 % à le pratiquer, contre 45 % il y a un an. Dans le même temps, le nombre de Français disposant d’une connexion à Internet à domicile ou au bureau a augmenté de 4 % (64 % des sondés), ce qui, en nombre absolu, atténue la baisse du téléchargement illégal constatée, mais ne vient pas inverser pour autant cette tendance.
Dans le détail, la pratique du téléchargement illégal est une activité régulière pour 4 % des sondés, tendance qui reste stable sur un an. En revanche, elle ne l’est plus que pour 8 % des technophiles, contre 12 % il y a un an. La proportion de ceux qui ont déjà téléchargé illégalement au moins une fois dans l’année ou qui ne le font que de temps en temps est elle aussi en recul : elle est passée de 19 % à 14 % pour l’ensemble des sondés, et de 33 % à 25 % chez les technophiles.
La dichotomie reste forte, cependant, entre les différentes classes d’âges, les 15-24 ans étant 51 % à déclarer pratiquer, régulièrement ou non, le téléchargement illégal. Quand les 35-49 ans ne sont plus que 14 %. Autre enseignement récurrent : plus de 80 % des internautes ne téléchargent jamais illégalement, ceux qui ne téléchargent jamais légalement se retrouvant dans les mêmes proportions.


Une absence de corrélation

Cette photographie des usages des internautes français laisse dubitatif, quand à la question de savoir s’il existe un lien de cause à effet direct entre téléchargement illégal et baisse des ventes de musique. Si c’était le cas, nous devrions observer un renversement de tendance depuis un an. Or les ventes de musique continuent de s’effondrer en France (-19 % depuis le début de l’année), alors que le téléchargement illégal semble reculer.
Il faut dire que BVA ne fait que survoler la question. On ignore, par exemple, si les adeptes "réguliers" du téléchargement illégal téléchargent plus ou moins qu’avant, ce qui pourrait fournir une explication à cette absence de corrélation. Il semble, cependant, que la figure du "téléchargeur boulimique", qui remplit son disque dur à ras bord de musiques qu’il n’aura probablement pas le temps de toutes écouter, a bien vécue.
En terme d’usage, la nécessité de se constituer une banque de musique extensive à domicile pour bénéficier de conditions d’écoutes innovantes (écoute alléatoire d’une grande variété de musiques, accès à un catalogue étendu, etc.) est de moins en moins pertinente. De nombreuses alternatives ont vu le jour, comme les sites d’écoute à la demande financés par la publicité, qui attirent un public de plus en plus large et le détournent du téléchargement illégal.
Il en va ainsi de Deezer, par exemple (3 millions de membres inscrits à ce jour), qui permet d’accéder directement à un catalogue de 3,7 millions de titres en streaming, à un bouquet de webradios thématiques et à un système de radio personnalisée répondant à de nombreuses attentes du public, avec en sus de multiples fonctions communautaires, d’échange et de partage, notamment de playlists.


Ecoute gratuite contre téléchargement illégal

Selon une étude réalisée par le cabinet Isobar, 33 % des utilisateurs de Deezer déclarent moins s’adonner au téléchargement illégal et 25 % achètent plus de musique depuis qu’ils utilisent le site. Cette proportion de plus gros acheteurs passe même à 46 % dans la tranche d’âge des 25-34 ans.
Il serait illusoire, cependant, de compter sur les seuls sites d’écoute à la demande pour redresser le marché de la musique et résorber de manière significative le téléchargement illégal, malgré leur forte pénétration – 44 % chez les 15-24 ans dans le cas de Deezer, 30 % chez les 25-34 ans, avec 59 % des utilisateurs qui se connectent au moins une fois par semaine. Ces plateformes (cf. également Jiwa.fr) constituent en effet beaucoup plus des nouveaux médias prescripteurs, avec une forte base communautaire et des usages centrés sur des formes de radio interactives.
Elles favorisent la découverte – 79 % des utilisateurs de Deezer écoutent les artistes mis en avant par le site – et contribuent à rendre moins anxiogène l’achat de musique, pusqu’elles permettent d’écouter avant d’acheter. Isobar indique que 74 % des utilisateurs de Deezer ont déjà acheté les albums d’artistes mis en avant... ou bien les ont-ils téléchargés illégalement ? La question vaut d’être posée, d’autant que pour l’instant, l’écoute illimitée ne s’articule pas directement avec la vente, en téléchargement ou autre, ni sur Deezer, ni sur Jiwa.
En termes de revenus, les industriels de la musique risquent de ne pas y retrouver leurs petits. A cet égard, le cas de figure de MySpace Music, site d’écoute illimité lancé en grande pompe aux Etats-Unis en partenariat avec Amazon pour la partie téléchargement, promet d’être riche d’enseignements.


MySpace is not so rich

Selon les estimations les plus optimistes, MySpace Music pourrait reverser 1 milliard de dollars aux maisons de disques américaines d’ici à 2012 au titre du partage de ses revenus publicitaires. Cette manne publicitaire n’est pas négligeable, mais elle ne parviendra à compenser que très partiellement la baisse inéluctable du marché physique, qui devrait se solder pour elles par un manque à gagner de 3 milliards de dollars d’ici là.
En ce qui concerne le seul téléchargement, le deal d’Amazon avec MySpace Music pourrait faire croitre ses ventes de musique en ligne de 60 % l’an prochain, prévoit Gene Munster, analyste chez Piper Jaffrey, à hauteur de 208 millions de titres. Loin derrière Apple, cependant, qui devrait atteindre un volume de 2,3 milliards de titres vendus en 2008. Une goutte d’eau dans la piscine de l’industrie musicale.
Dans ce contexte, la tentation de prendre des mesures de rétorsion plus efficaces contre le téléchargement illégal est forte. Mais c’est probablement se bercer d’illusion sur l’impact que ces mesures pourraient avoir sur la santé du marché de la musique enregistrée. En France, seuls 4 % des internautes, essentiellement des jeunes, selon l’étude de BVA, contribuent au "transfert de valeur" de l’industrie de la musique vers l’industrie des télécoms dénoncé par les ayant droit. Remettre ces 4 % d’internautes dans le droit chemin suffira-t-il à générer un chiffre d’affaires deux fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui, pour revenir à ce qu’il était il y a cinq ans, lorsque le marché français a commencé à décliner ?


Première pierre

Le projet de loi Création et Internet risque en outre d’avoir des effets pervers, en accentuant notamment la migration, déjà perceptible, des internautes vers des moyens d’échange autres que les réseaux peer-to-peer. La société allemande Ipoque, qui fournit des solutions de gestion du trafic aux fournisseurs d’accès, souligne notamment, dans une étude portant sur l’année 2007 et réalisée dans plusieurs régions du monde (Europe de l’Est, Europe du Sud et Moyen Orient), la montée en puissance du trafic généré par les liens de téléchargement directs (DDL, pour Direct Download Links) vers des sites d’hébergement comme Rapidshare ou MegaUpload, de plus en plus prisés au fil des mois.
En Allemagne, où le P2P a représenté 69,25 % du trafic Internet en 2007, les DDL ont atteint 4,29 % du trafic la même année, soit les deux-tiers du trafic généré par le streaming, et la moitié de celui généré par la navigation sur le Web. C’est 30 % du trafic généré par les protocoles standards comme HTTP (Web) ou SMTP (messagerie électronique). Et l’hébergeur Rapidshare, qui dispose d’un bande passante de 150 Go par seconde et d’une capacité de stockage de 3,5 péta-octets de données, génère à lui seul la moitié du trafic DDL dans ce pays.
Qu’il s’agisse du peer-to-peer ou des DDL, de nouveaux modèles permettant de monétiser ces usages et de les légitimer devront survenir tôt ou tard. Au delà, il faudra certainement, sans aller forcément jusqu’à entériner une forme de licence globale, repenser le périmètre de la copie privée et de sa rémunération équitable. Un chantier dont il reste encore, à ce jour, à poser la première pierre.

5 Commentaires. Ajoutez le votre +

Damien 8 octobre 2008

Les sondages ne sont pas ce qu’il y’a de fiable à plus de 100% surtout la question sur le téléchargement illégal (perso je pense que ça reste assez tabous lors des sondages, et dans mon entourage un bon 80% télécharge illégalement, et je pense pas être l’exception, lol)



Par contre ce qu’il y’a d’intéressant ce sont les nouveaux business dans la musique qui tentent à limiter ce téléchargement. D’ailleurs moi-même j’avoue que depuis deezer je ne télécharge plus des masses.

Philippe Astor 8 octobre 2008

Damien, comme quoi les sondages ne manquent pas complètement de fiabilité, surtout si on prend la peine de croiser leurs résultats et d’essayer d’y lire quelques tendances. Nous manquons cependant cruellement de données fiables sur les usages réels. Mais que fait le CNRS, et qu’attend-t-on pour inviter les sociologues, plutôt que les instituts de sondage, à se pencher sur la question ? On raisonnerait beaucoup moins dans le vide... et le manque de pertinence de certains dispositfs législatifs envisagés apparaîtrait au grand jour.

viva musica • http://viva-musica.blogspot.com8 octobre 2008

Il est clair qu’il manque cruellement de données sur les échanges de fichiers. Un envois de MP3 par mail ou MSN est-il perçu comme illégal par le tout public ?



Je serais curieux aussi de connaitre les répartition par tranche d’âge et niveaux sociale. Pour cela, une vraie étude statistique (par le DEPS par exemple) serait la bienvenue. une armé de sociologues nous sortiraient des chiffre bien plus précis. Mais le ministère préfère malheureusement investir dans la répression que dans la compréhension. Aucun acteur privé n’st près à payer ce genre d’étude pour tous le monde...
Il est clair qu’un outil comme deezer associé à un site de vente aurait de superbe répercutions sur les ventes de musique. Une sorte de contrat gagnant / gagnant.



Enfin, le milliard de dollars reversé par myspace aux labels, j’y croit moyen. A moins que tu ai des infos sur les contrats signés entre les majors et le site qui impliquerait des clause arrivant à cette somme.

Philippe Astor 8 octobre 2008

Sur les revenus que MySpace est succeptible de rapporter aux majors, ce ne sont que des estimations parues dans la presse américaine, sur la base d’un CA pub de 780 $M pour Myspace cette année, projeté à l’horizon 2012. En gros,cela supposerait que MySpace reverse 25 % à 30 % de ses revenus pub aux labels. Nombreuses inconnues : l’évolution du CA pub de MySpace, la part d’audience générée par MySpace Music, les conditions de partage des revenus avec les majors, etc. Des avances sur recettes ont été négociées, et aussi des revenus minimums garantis. Apparemment, les majors ont renoncé à une rémunération au stream en échange de leur participation dans le capital de MySpace Music. Où les artistes, qui ne verront pas la couleur des revenus purement financiers susceptibles d’être générés, se sentent légitimement floués.

 4 novembre 2008

moè
si on télécharge moins c que les gens ont un minimum de cerveau et de de GigoOctets sur leur iPod, téléphone, disque dur 2"5 ou pc portable...
Pourquoi prendre le risque alors qu’il suffit de demander à des connaissances quand on passe pas loin de leur disque dur ?
ou les logiciels de privatep2p ou encore cryptés, ou encore les serveurs d’entreprise sans défense (^^) ou encore les forums...
bref je pense surtout que ceci ne démontre rien !!
les usagers ont changé leur fusil d’épaule
d’autre part le CA des majors d’il y a 5ans étaient tout bonnement abusif
enfin le prix sur les platefromes légales est lui encore plus ahurissant
Avant j’achetais un album de 20 chansons à 100francs
aujourdhui’ c 20€
Sur certain sites c 2e la chanson....
Et vous m’expliquez que ce genre d’alternatives peut faire repartir à la hausse le CA des majors même dans une proportion moindre que celle d’il y a 5ans ?
De plus, je ne concois à aucun moment de payer pour une oeuvre vidéo ou musicale quelque 120ans apès ou 70 après !!!! Ils n’ont qu’à travailler plus pour gagner plus ^^ (et merde je me suis formaté par le discours ambiant ^^)
Enfin pourquoi à chaque changement de support je doive payer ?? et plus ??
en effet la copie privée pour mettre sur mon iPod ou dans ma voiture a semble-t-il était revu à la baisse ?!
j’achete un album je l’ecoute ou je veux quand je veux et c tout ! rien a foutre d’être dans l’illégalité je paye pour écouter de la musique !!!
et pourquoi augmente-til leur marge à l’arrivé du CD ?? à l’arrivée du net ???
pour rentabiliser l’investissement ? la R&D ???
le CD fut amorti en 5ans !! ca fait 10-15ans qu’on les engraisse !!!
et une petite dernière pour ces artistes prostitués, ils auraient plus de tunes s’ils ne se laissaient pas voler 90-95% du prix d’un cd à autrui notamment les majors !!
et aussi le fait qu’avant les majors faisaien tla pub, avaient des beaux studios ; de nos jours on fait sa pub sur myspace et autres sites communautaires !!!! et on a quand on est un artiste souvent un petit pc qui fait home studio (cartes son + enceintes + petits logiciels)
Alors pourquoi un prix croissant des durées de copyright revue sà la hausse ??????
Le piratage l’est à forcer !!! aux plateformes de téléchargement !!! aux cd à 9.99€ car ne se vendant pas....
Il suffit de continuer pour les contraindre complétement
et puis bon faut savoir ce qu’on veut ! moi la starc ac & co j’ai dit non ... !!!



Jamais sans ma clé USB ^^
un autre monde est possible... choisis le bon !


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