leparisien.fr, fruit de la discorde entre la rédaction et la direction
leparisien.fr annonce des records d’audience. Après des débuts tardifs et difficiles, le site connaît un nouvel essor depuis sa refonte en 2007 et surtout depuis que la vidéo du chef de l’Etat au Salon de l’agriculture a eu un succès retentissant. Pourtant, le site fait l’objet d’une négociation serrée entre la rédaction et la direction du titre.
Le groupe Amaury a fondé de grands espoirs dans le développement du site Internet leparisien.fr. Et c’est avec une logique d’industriel de l’information que la famille a exigé que soient développées au maximum les synergies entre les rédactions Internet et papier. Une décision qui ne passe pas au sein de la rédaction. Les journalistes ne veulent pas travailler deux fois plus au nom d’économies dont ils ne perçoivent pas les bénéfices en fin de mois. La direction doit désormais apprendre à contenter l’actionnaire sans pour autant mettre le feu dans sa rédaction !
Car si leparisien.fr connaît de réels succès depuis quelques mois, le développement sur Internet est une chose relativement nouvelle pour le groupe familial et il devient urgent de lui allouer des moyens. Il est vrai que 14 journalistes, c’est bien peu pour être premier sur l’information en ligne. D’où l’importance de mutualiser les moyens des deux rédactions, plaide la direction du journal. Mais les salariés du quotidien ne l’entendent pas de cette oreille et défendent leurs droits d’auteurs. Un accord-cadre est en cours de négociation pour déterminer les modalités de participation des journalistes au site. Selon une source interne, la dernière proposition de la direction consiste en l’ajout d’un avenant au contrat des journalistes du quotidien précisant que leur contribution au site sera limitée à une alerte sur certaines informations et à la rédaction de textes de taille limitée. Le fonctionnement resterait le même, la rédaction Web demeurant un service à part entière, bien distinct de la rédaction papier. De fortes synergies ne peuvent donc être envisagées dans un avenir proche et l’on est bien loin des ambitions premières du groupe Amaury. Cependant, pour Isabelle André, éditrice du site depuis le premier trimestre 2007, "le développement suit son cours".
Vidéos fracassantes, succès d’audience, et après ?
Pour preuve, les récents succès d’audience. leparisien.fr "devient le 9ème site d’information générale sur le marché du Web et le 4ème site de presse", annonce triomphant le groupe dans un communiqué du 18 mars 2008. Le site a, en effet, bénéficié d’une actualité porteuse : la vidéo exclusive de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture, vue plus d’un million neuf cent mille fois, a fait fureur. Une exclusivité que l’équipe du site a jalousement défendue, imposant le retrait de la vidéo à plusieurs de ses concurrents qui la reprenaient comme source. Ce qui explique, au moins en partie, les 1 931 000 visites uniques enregistrées par le site au mois de février. En mars, les municipales ont également permis de doper l’audience et de prolonger l’idylle avec les internautes. Pour Isabelle André, "ces succès s’inscrivent dans une dynamique globale de conquête du public. Evidemment, la vidéo du Salon de l’agriculture a provoqué un pic d’audience, mais nous sommes en pleine croissance depuis plusieurs mois. Cet événement a permis au parisien.fr de gagner la notoriété qu’il n’avait pas encore".
Débuts tardifs
Il faut dire que le site revient de loin. Entré tardivement sur le Web, le groupe Amaury a commis quelques erreurs de jeunesse. La première version significative du site, c’est-à-dire créée par une équipe dédiée, a été mise en ligne en 2000. C’était 5 ans plus tard que Le Monde ou Libération. Cette première mouture ne reprenait que le contenu du quotidien, mais s’enrichit de quelques forums, blogs et services annexes, et gagna peu à peu de l’audience jusqu’à atteindre 600 000 visiteurs uniques par mois [1]. En 2005, la direction du groupe, soucieuse de préserver le titre papier, a souhaité rendre l’accès aux articles du Parisien payant. Ce qui eut pour effet de faire du parisien.fr un site payant, "bien que ce ne fut pas là une volonté stratégique de la direction", souligne Isabelle André. Les habitués eurent du mal à supporter de devoir payer ce qui leur était auparavant gracieusement offert. Résultat : fuite des internautes et grave baisse de l’audience – moins de 500 000 pages vues par mois.
Redéploiement fructueux
Il a fallu attendre 2007 pour que le site soit repensé. L’idée ? Donner une importance croissante au site, tout en protégeant la diffusion du quotidien. Aujourd’hui, leparisien.fr a une identité propre, dispose d’une équipe de 25 personnes et de moyens pour assurer son développement. "Nous avons hiérarchisé nos objectifs : priorité à l’information, développement des services et de la participation des internautes, et mise à jour de nos outils de travail". Entre juin et septembre 2007, 12 journalistes dédiés ont donc été recrutés pour alimenter leparisien.fr 7 jours sur 7 de 7 heures à 23 heures. Tous ont reçu une formation multimédia (audio, vidéo, montage, etc.). Ils sont encadrés par deux rédacteurs en chef chargés du Web. "Notre but est de traiter tous les événements majeurs en temps réel". Les rubriques qui fédèrent les internautes sont les mêmes que celles qui attirent les lecteurs du Parisien : la politique, les informations locales, les faits divers, le sport. Et, les vidéos. Selon Isabelle André, "elles sont de plus en plus vues, ont un ton très particulier et apportent vraiment un plus". L’équipe mise sur leur popularité : 3 à 5 de ces vidéos courtes, tournées à la façon de reportages amateurs, et qui servent souvent à recueillir sur le vif des témoignages d’anonymes ou d’hommes politiques, sont mises en ligne chaque jour.
Prochaine étape ? Développer le participatif, avec des modules d’incitation au témoignage du type "Quel avenir pour votre ville ?" mis en place dans le cadre des municipales, la rubrique "A vous la parole" ou encore des blogs d’invités. Avant cela, il faudra remettre à jour le système de modération des commentaires, peu efficace à ce jour et qui oblige pour l’instant l’équipe Web à bloquer les réactions en cas de dérapage. En somme, il s’agit de renforcer la proximité avec l’internaute et de jouer, pour l’attirer, les mêmes cartes éditoriales que celles que Le Parisien joue depuis toujours.
[1] (source Xiti)
