iTunes : les autorités américaines flairent l’abus de position dominante
Selon des sources concordantes, le département de la Justice américain s’intéresse de près à certaines pratiques d’Apple pour faire la loi sur le marché de la musique en ligne aux États-Unis, et cherche à établir si elles relèvent ou non d’un abus de position dominante.
Selon des sources citées par le New York Times, les autorités antitrust américaines se préoccuperaient d’en savoir un peu plus sur les rouages du marché de la musique en ligne et sur les éventuels abus qu’Apple pourrait faire de la position dominante qu’il occupe avec iTunes.
Des représentants du département de la Justice américain auraient d’ores et déjà approché des responsables de l’industrie musicale et des compagnies de musique en ligne afin de tirer au clair, en particulier, les pressions qu’Apple a notoirement exercées sur certains labels, afin qu’ils refusent de participer à des opérations promotionnelles mises en place par son concurrent Amazon.
Lancées en juin 2008 par Amazon, ces opérations, baptisées "Daily MP3 Deal", consistent à mettre en avant de manière exclusive, sur la plateforme de téléchargement Amazon MP3, des albums à fort potentiel de vente à prix cassé, la veille de leur sortie officielle, sans autre contrepartie pour les labels que de les relayer sur les sites Web des artistes concernés.
Pressions sur les labels
Au mois de mars dernier, le magazine professionnel Billboard révélait qu’Apple, fort irrité du procédé, avait demandé à certains labels de reconsidérer leur participation au Daily MP3 Deal d’Amazon, sous peine de ne plus bénéficier à l’avenir de mises en avant sur iTunes. Dans la foulée, les labels Capitol, Capitol Nashville et Jive Records avaient annulé les mises en avant programmées des derniers albums de Corinne Baley, Lady Antabellum et Ke$sha sur Amazon.
C’est la mise en avant de l’album de Maria Carey "Memoirs of an Imperfect Angel" sur Amazon MP3, en septembre 2009, la veille de sa sortie officielle et au prix de 5,99 dollars, qui serait à l’origine de l’ire d’Apple. Les aménagements consentis par Amazon, qui a notamment accepté, pour arrondir les angles, de déplacer son opération promotionnelle le jour même de la sortie de l’album plutôt que la veille, n’y ont rien changé.
Avec 69 % de parts de marché dans la musique en ligne aux États-Unis, et en tant que premier détaillant de musique américain devant le distributeur traditionnel Walmart, avec 26,7 % de parts de marché, Apple avait de sérieux arguments à faire valoir, qui ont globalement fait mouche.
Plusieurs soupçons d’abus de position dominante
Depuis que ses objections sont connues, nombreux sont les labels qui refusent de participer à l’opération Daily MP3 Deal d’Amazon, qui ne pèse que 8 % du marché de la musique en ligne aux États-Unis, et 1,3 % du marché global de la musique.
C’est bien ce qui a amené les autorités antitrust américaines à s’interroger sur un éventuel abus de position dominante de la part d’Apple. L’enquête n’en est pour l’instant qu’à un stade préliminaire et cherche surtout à établir les faits. Mais rien ne dit qu’elle ne débouchera pas sur des investigations plus approfondies voire, à terme, sur une condamnation des pratiques de la firme à la pomme, qui pourrait lui valoir d’avoir à payer une amende.
"Le fait que le département de la Justice soit impliqué laisse certainement augurer que de sérieux problèmes puissent survenir sur la route d’Apple", confie un juriste spécialiste des questions antitrust interrogé par le New York Times. Mais sans savoir précisément quels actes ou quelles pratiques sont visées, difficile de dire exactement quelle sera leur ampleur, poursuit-il.
Ce n’est pas le seul embryon d’enquête antitrust dont Apple fait l’objet aux États-Unis. La Federal Trade Commission s’intéresse de près, notamment, aux contraintes qu’Apple impose aux développeurs d’applications iPhone. Une enquête déclenchée suite aux plaintes d’Adobe Systems, dont Apple a banni la technologie Flash de tous ses périphériques.
