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iTunes : la fin du prix unique ouvre de nouvelles perspectives

Le 15 Janvier 2009 dans So_cult’ par Philippe Astor

(Digital Jukebox)- Alors que le nombre de transactions auxquelles donne lieu la musique ne cesse d’augmenter, l’assouplissement de la grille des prix d’Apple sur iTunes offre l’opportunité d’augmenter leur montant moyen, par une politique de bundle innovante.

C’est étonnant de voir l’accent qui est mis, par la BPI (British Phonographic Industry) en Angleterre ou par Nielsen aux Etats-Unis, sur le nombre record de transactions auxquelles a donné lieu la musique en 2008. + 10,5 % sur le territoire américain ! Sauf que ces transactions portent beaucoup plus sur l’achat de titres à l’unité (plus d’un milliard aux US en 2008) que sur celui d’album complets (un peu plus de 65 millions d’unités vendus en téléchargement).

Globalement, calcule le blog spécialisé Coolfer, le consommateur de musique américain a remplacé l’achat d’un album par celui de 3 ou 4 titres à l’unité. De quoi illustrer l’impact du démembrement des albums sur Internet, en terme de vampirisation des ventes d’albums complets. Un cercle vicieux dont la fin du prix unique sur iTunes va peut-être permettre de sortir. En innovant dans les bundles proposés aux consommateurs.

Jusqu’à présent, le prix unique imposé par Apple uniformisait par le bas, à 0,99 € le titre, le montant de chaque transaction sur iTunes. Désormais, ce montant pourra être de 69 c. par titre, mais également de 1,29 € pour les chansons les plus populaires ou pour les nouveautés. Comme la musique est essentiellement un marché de nouveautés, encore aujourd’hui, cette concession arrachée à Apple en échange de la suppression des DRM devrait permettre d’augmenter le montant moyen de chaque transaction, ces dernières portant beaucoup plus sur des nouveautés (à 1,23 €) que sur du back catalogue (à 69 c. ou 99 c.).

Globalement, on pourrait espérer obtenir de ce seul aménagement de la grille des prix d’iTunes une hausse mécanique du marché numérique en valeur, d’autant que la suppression des DRM devrait favoriser l’augmentation du nombre de transactions. Mais cette hausse mécanique sera-t-elle suffisante pour compenser la vampirisation des ventes d’albums ?

De nouvelles propositions de valeur, sous forme de bundles, sont susceptibles d’accentuer encore plus l’effet vertueux de cet assouplissement de la grille des prix, en permettant d’augmenter à la fois le nombre de transactions et le montant moyen de ces dernières. L’objectif : faire que le consommateur soit enclin à dépenser plus, en achetant par exemple pour 4 euros, en bundle avec le dernier single d’AC/DC, 2 ou 3 titres phares (Highway To Hell, Back In Black, etc.) de sa discographie et un clip vidéo, plutôt que de se contenter du single à 1,29 €.

On peut imaginer toutes sortes de bundles, assortis par exemple d’un accès premium au site Web de l’artiste avec toutes sortes de bonus à la clé, d’un ticket de concert à un tarif préférentiel ou VIP, d’un t-shirt ou d’un poster originaux, etc. Et pourquoi ne pas proposer au consommateur de constituer lui même son bundle personnalisé à partir d’une série d’options ?

A terme, l’industrie musicale a tout intérêt à promouvoir, dans la même logique, un genre particulier de bundle, le forfait, qui peut être modulé de différentes manière : récurrent, avec engagement sur 3, 6, ou 12 mois, ou non récurrent ; portant sur un artiste, un genre musical, un label, ou l’ensemble du catalogue, etc.

A l’heure où l’on parle tant de créer et valoriser des marques sur Internet, ce serait un excellent levier, en particulier pour les labels. Une étude récente révèle en effet que parmi les consommateurs de musique, ceux qui l’achètent sur Internet privilégient en second lieu, derrière iTunes, les sites de labels pour s’approvisionner. Les labels sont suffisamment segmentés, en général, pour valoriser ainsi leur marque, en proposant notamment des forfaits ou des bundles en vente directe dont la proposition de valeur est supérieure à ce que propose iTunes.

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5 Commentaires

  1.  le 15 janvier 2009

    bundle, consommateur, options, industrie...

    Pas de doute, on vend la musique comme la lessive.



  2. Philippe Astor le 15 janvier 2009

    (en réponse au commentaire précédent)

    Quand un patron de label 100 % indé comme Marc Thonon d’Atmosphériques, par exemple, qui n’est ni un industriel ni un marchand, mais un véritable artisan, dénicheur et développeur de nouveaux talents, et un producteur indé comme on rêverait d’en avoir - quand ce jeune entrepreneur culturel français joue son va-tout et pour ainsi dire l’avenir de son label sur la sortie d’un seul album (celui de Charlie Winston, ce mois-ci, un jeune chanteur de soul blanche découvert par Peter Gabriel), après avoir racheté toutes ses parts à une major et misé ses fonds propres, s’être même endetté, et être parvenu à sauver des eaux un petit staff de quatre personnes, c’est heureux qu’il puisse espèrer vendre la musique qu’il a produite, sous une forme ou sous une autre. En tout cas en tirer de quoi continuer à investir dans la production et être incité à le faire. Dès lors qu’il s’agit de vendre, le discours marketing vient évidemment à la rescousse, et le marketing, ce n’est pas de la musique, certes. S’agit-il pour autant de vendre la musique comme une simple lessive ? Je ne le crois pas. Un bundle, fusse un bundle de musique (album est un bien plus joli mot, c’est clair) est un "paquet" émotionnel, qui véhicule de la culture populaire et du lien social. Je n’en dirais pas autant d’un paquet de lessive.



  3. LoveSand le 15 janvier 2009

    Bravo Phil !



  4. Gecko le 29 janvier 2009

    Le bundle est également un moyen de faire découvrir un "univers" (celui de l’artiste), en panachant les types de contenus proposés. Alors oui, en effet, pour le mettre en application on parle de cibles, de pénétration produits, etc, mais c’est souvent au final pour le bénéfice quanti et quali (je ne peux pas m’en empecher désolé !) du consommateur. Et donc de l’artiste puisque, aux dernières nouvelles, son but reste tout de même de partager ses créations et d’en vivre (si possible).Et si ca peut éviter la montée des pdm du single, youpi.



  5. john le 27 février 2009

    à l’attention de Philippe Astor : bravo pour la qualité de vos articles, bien pensés, précisément argumentés, etc ; d’un niveau bien meilleurs que dans les revues professionnelles. Ca fait plaisir ;continuez !



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