iPhone 4, l’heure est grave
Après avoir poussé ses tests sur l’iPhone 4, le très écouté "Consumer Reports" américain ne peut plus recommander l’appareil à ses lecteurs. Apple doit proposer bientôt une mise à jour pour "corriger", le bug qui affecte l’antenne de son mobile star.
Apple restait sur une impressionnante série de strike. La firme de Cupertino semblait intouchable, évoluant dans un univers totalement impénétrable pour ses concurrents, dans lequel le succès venait en même temps qu’une perfection surnaturelle des produits proposés. Revers de la médaille, le premier faux-pas serait forcément amplifié, déformé si besoin, et traduit instantanément comme le signe d’une dérèglement de la machine. Bref, comme dit le poète, personne n’échappe à l’attraction, et une pierre si loin et fort est-elle lancée, finie tôt ou tard par retomber.
Cette inflexion de la courbe, cet instant de basculement, beaucoup aimerait, surtout chez les concurrents, qu’enfin il soit arrivé pour Apple. L’indice sur lequel ces théories fatalistes s’appuie est le désormais célèbre "bug" de l’antenne de l’iPhone 4. Il est assez aisé de le reproduire, et pour cause il est aussi présent sur à peu près tous les téléphones mobiles, à la différence qu’avec iPhone, le design de l’appareil montre clairement là où il faut appuyer pour que ça fasse mal ! En bas à gauche de l’iPhone une bande noire montre clairement la limite entre les deux antennes extérieure de l’appareil : celle qui transmet les données au réseau GSM/UMTS et l’autre qui court sur le côté gauche, en charge du Wifi et du bluetooth. Il suffit donc d’apposer la paume de la main, un doigt, bref une partie du corps à la jointure de ses deux antennes pour voir très clairement les barres marquant l’intensité du signal GSM/UMTS disparaître les unes après les autres... Pour certain cela peut aller jusqu’à la perte du signal. Un phénomène relativement rare en France, mais qui est plus commun aux Etats-Unis où le réseau AT&T, qui propose toujours iPhone en exclusivité, et d’une piètre qualité. La gêne est telle qu’une "class action" a été lancée à l’encontre du fabricant californien et de l’opérateur. Cependant, ce genre d’événement est tellement répandu aux Etats-Unis que l’on peut dire qu’il représente le menu habituel de n’importe quelle société de la high-tech ou des télécommunication.
Dénégations
Plus dérangeant, alors que l’affaire de l’antenne semblait se tasser, suite notamment à la lettre publique diffusée par Apple, voilà qu’elle est relancée par la sortie d’un avis tranchant rendu par l’équivalent américain de 60 millions de consommateurs, Consumer Reports. Cette fois, le coup a porté. Le sujet n’est plus affaire à controverse, il devient sérieux, et Apple a tout intérêt à le prendre comme tel. Les dénégations ne suffiront pas cette fois. Apple avait en effet expliqué dans sa lettre que les problèmes étaient essentiellement logiciels. Qu’en fait, l’algorithme utilisé pour déterminer la qualité de réception était lui aussi bugué, jusqu’à proposer un indice trop optimiste. Il fallait donc attendre une correction logicielle qui n’allait pas tarder à arriver.
Ce n’est pas suffisant, insiste Consumer Reports, qui après avoir donné un avis plus que favorable au moment de la sortie de iPhone 4 s’est ravisé dernièrement pour conseiller maintenant aux consommateurs américains de ne pas acheter ce mobile. Du jamais vu ! Les ingénieurs de Consumer Reports ont découvert, eux aussi, que le bug de l’antenne était une réalité, et qui plus est serait le fruit d’une erreur de conception de l’appareil - ce que refuse d’admettre Apple. Voilà qui serait suffisant selon des communicants pour qu’Apple procède dès maintenant à un rappel de son produit... Dans le cas où la pomme s’entêterait les dégâts pourraient être bien plus importants. L’image de marque de la société, sa véritable valeur, pourrait être écornée durablement. Et il n’y a pire éraflure que celle, si minuscule soit-elle, qui apparaît sur un chef d’oeuvre ; paradoxe de la perfection, elle s’effondre à la moindre anicroche, quand un produit de moins bonne qualité encaisse les imperfections comme si elles allaient de soi... Car, il faut bien le reconnaître, l’iPhone 4 est bien le meilleur de sa catégorie. Consumer Reports le reconnait d’ailleurs aussi. Aucun des autres smartphones concurrents ne lui arrive à la cheville, ce que nous confirmons bien volontiers aussi chez ElectronLibre. Associé au système d’exploitation iOS4, cet appareil tout de verre et de métal forme un couple quasi irréprochable. Les deux gros défauts des smartphones précédents, soit une certaine lenteur dans les cas d’une forte utilisation et l’autonomie rachitique de la batterie ont été tout simplement balayés par Apple. A l’usage, iPhone 4 donne l’impression de piloter une berline sur-puissante, qui jamais ne vous fait défaut.
Le procès n’est donc pas injustifié, mais il tombe mal. Il met Apple devant ses propres impératifs d’exigence. Et ce n’est jamais facile pour quiconque d’accepter de se regarder en face - nouvelle épisode, Apple a effacé sur ses propres forums les messages reprenant les conclusions de Consumer Reports. La faute est excusable, s’entêter dans l’erreur ne l’est plus. Le 21 juillet prochain Apple prendra la parole pour dévoiler les résultats du trimestre en cours. Comme de bien entendu ils seront exceptionnels, les ventes sont au beau fixe. L’ iPad s’écoule à près de 2 millions d’exemplaires par mois, l’iPhone 4 s’est vendu à 1,7 millions d’unités en 3 jours, bref, il n’y a redire de ce côté-là. Mais pourtant, la communauté des fans, les clients, les observateurs attendent un signe d’Apple, un geste, un mot, qu’enfin Steve Jobs, le patron, assume un "je vous ai entendu".
