iPad2, le grand sabotage du marché des jeux vidéo
Le 25 mars arrivent sur le marché français en même temps la Nintendo 3DS et l’iPad 2. Apple a gonflé les capacités de son ardoise pour ce qui est de l’affichage des jeux. Le marché du jeu vidéo est délibérément visé par la firme californienne, avec un modèle économique qui pourrait bien ébranler le vénérable Nintendo.
Ironie de l’histoire, c’est aujourd’hui que débute la commercialisation de la Nintendo 3DS et de l’iPad 2, en France et dans le reste de l’Europe. Une dualité surprenante, déjà entrevue avec le premier iPad, prend ainsi forme entre Nintendo et Apple, avec en jeu le marché du jeu vidéo. Chacune des deux entreprises vient avec ses arguments. Si Nintendo joue pour une fois la carte de l’innovation pure et dure, avec une console portable équipée d’un affichage en 3D relief, Apple fait valoir d’autres arguments dont le prix !
Le marché du jeu vidéo est balancé entre la vente de consoles à des prix attractifs, souvent avec une marge très faible pour les fabricants, et la vente de jeux à un prix bien plus élevé. L’intégration de la chaîne de valeur par les principaux acteurs de ce secteur, Nintendo donc, mais aussi Sony et Microsoft, leur donne les moyens de dégager une marge confortable à partir d’un niveau élevé de ventes de consoles. Dans certains cas, la rentabilité reste illusoire. Microsoft n’a toujours pas rentabilisé son investissement dans les jeux vidéos depuis le lancement de la gamme Xbox, alors même que la seconde version se vend plutôt bien.
Bref, dans ce paysage installé, Apple débarque avec un modèle économique inversé. Application d’une politique d’investissement et de marge issue de la tradition de la firme de Cupertino, iPad et iPhone sont des produits qui se vendent bien, très bien, mais sur lesquels la marge est élevée. Apple dégage en moyenne plus de 35% de profit sur ces différentes activités, à l’exception de la vente de musique en ligne. Mais sur les produits hardware, la pomme est intraitable. Un iPad vendu vient donc directement bénéficier au résultat d’Apple, et cela quelque soit le nombre d’applications écoulées par la suite.
Dead Space
Il se crée alors un éco-système entre l’ardoise, et avant elle l’iPhone, l’environnement d’applications, et surtout les jeux. Il faut être clair à ce sujet, les jeux sont les premières denrées recherchées par les clients d’iPad. Les jeux représentent d’ailleurs le gros du catalogue disponible sur l’AppStore. Et là où Microsoft ou Nintendo vendent très cher des jeux, Apple propose une gamme à des prix sacrifiés. Il ne s’agit pas de promotion, mais d’un nouveau standard. Un jeu pour Nintendo 3DS coûte près de 50 euros, jusqu’à 60 pour les gros titres maison. A côté, les ersatz ludiques sur iPad sont rarement vendus au-dessus de 10 euros ! Alors évidemment, les publics visés ne sont pas tout à fait les mêmes ; Nintendo et consorts ont une communauté de clients exigeants ou tout simplement fans qui continueront d’acheter, même à des tarifs élevés, le dernier Zelda, par exemple. Et l’effet fonctionne encore très bien : au Japon où la 3DS a été lancée en février, le constructeur en a vendu plus de 740 000. Les aficionados sont toujours aussi fidèles, mais au-delà, rien ne dit encore que cette console saura gagner des parts de marché.
Cependant, la nouvelle donne représentée par Apple, et sa cohorte de programmes versant plutôt dans le "casual gaming", ces petits jeux sans prétention mais addictifs, n’est pas très éloignée de ce qui avait fait le succès de la Gameboy (30,26 millions de cartouches vendues), avec des titres aussi importants dans l’univers du vidéoludique que Tetris. Est-ce que Angry Bird représente pour iPhone et iPad ce que le jeu créé par Alexei Pajitnov fut pour la console de Nintendo, il y a 35 ans ? Il est bien possible qu’une fois encore le jeu vidéo connaisse une révolution inattendue.
Nouvelles franchises
Cependant, il y a des faits évidents, et le premier est le prix. Comme nous l’avons dit, les tarifs sur l’AppStore n’ont rien à voir avec ce que pratiquent les vendeurs de consoles. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, les tenants de cette ancienne économie n’ont pas d’autres arguments à opposer que celui de la soit disant "qualité" de ces jeux, vendus beaucoup plus cher. Il n’est pas question évidemment ici d’oser la comparaison entre un jeu sur PS3 ou Wii et ce que l’on peut acheter sur iPad. Même une version aussi optimisée soit-elle de Dead Space par exemple sur iPad ne pourrait rivaliser avec la profondeur et la richesse du titre sur console. Mais peut-on encore nier que la réalité économique du secteur pourrait définitivement changer car les clients feraient le choix d’iOS, et peut-être aussi d’Android pour d’autres raisons que la "qualité" des jeux ? C’est certainement ce qui est en train de se passer sous nos yeux, et les chiffres de ventes de quelques titres comme Angry Bird, ou le catalogue Gameloft, ainsi que l’arrivée en force de gros studios comme EA, ou encore Epic, le prouve. La naissance de phénomènes comme l’aventure Rovio, ce studio qui a trainé son malheur pendant 10 ans avant de connaître la fortune avec Angry Bird sur iPhone, montre bien que les nouvelles franchises des prochaines décennies sont à dénicher sur l’écran lisse des ardoises et des smartphones.
