e24.fr, le pure player de l’économie
Le groupe norvégien Schibsted, éditeur en France du quotidien gratuit 20 Minutes, lance le 13 octobre prochain, e24.fr, journal d’information économique en ligne. Entretien avec Stéphane Marchand, son président.
- EL : e24.fr fera ses débuts sur le 13 octobre prochain. Quel est son objet ?
Stéphane Marchand : e24.fr est un journal économique online. Un généraliste, car il traitera tous les sujets ayant trait à l’économie, depuis la finance jusqu’à la micro-économie. Il a pour objectif de faire de l’information économique quelque chose de vibrant, ce que les anglophones appellent "entertaining business news". Il s’agira donc d’information sérieuse et rigoureuse, mais traitée de façon plaisante et dynamique, par les 15 collaborateurs du site. Elle sera entièrement gratuite, ce qui est une des valeurs fondamentale du groupe Schibsted.
- EL : A quoi ressemblera le site ?
SM : Je pense que le principal atout d’e24.fr réside dans son look. e24 est la déclinaison d’e24.no, le journal économique en ligne du groupe Schibsted. Dans ses développements internationaux, le graphisme se calque sur la culture tabloïd du pays concerné. e24.fr aura bien sûr des similitudes avec e24.no, tout en étant adapté aux habitudes français de lecture sur internet. Il bénéficie d’un très beau logo. La maquette présente une colonne très profonde, qui en Norvège peut faire jusqu’à 10 écrans, mais ne dépassera pas les 5 écrans en France. Nous proposerons des espaces publicitaires jusqu’au troisième écran. Plus précisément, il y aura une colonne news, une colonne magazine, et une colonne services, qui proposera des informations boursières ou sur des fonds d’investissements, des newsletters… Il y aura aussi des chroniques de la part de nos journalistes. Le système de navigation sera assez classique, car nous pensons que l’originalité doit plutôt résider dans le traitement des sujets. Nous développerons aussi l’interactivité, avec les commentaires des internautes en réactions à nos articles, une newsletter, des blogs.
- EL : Quelle est votre stratégie d’audience ?
SM : le site 20Minutes.fr jouera un rôle crucial pour notre lancement, puisqu’il générera du trafic en renvoyant vers e24. Je tiens toutefois à préciser que 20 Minutes n’a joué aucun rôle dans la conception d’e24.fr, entièrement imaginée par le groupe Schibsted. Le capital d’e24.fr est d’ailleurs réparti entre Schibsted et le quotidien 20 Minutes qui ont respectivement 70 et 30 % du capital. Pour conquérir notre audience, nous misons sur notre propre marketing, sur le référencement évidemment, mais surtout sur notre information de qualité, qui garantira notre réputation. Nous voulons construire notre marque, avec l’aide de 20 Minutes, mais surtout avec une politique commerciale autonome. Nos objectifs sont très ambitieux, puisque nous espérons 800 000 vu à la fin de l’année 2009 – c’est ce que 20Minutes.fr a réussi à faire en un an lors de son lancement, mais en s’appuyant sur une marque déjà très forte.
- EL : Vous voulez faire d’e24.fr "le MTV de la presse économique". Qu’entendez-vous par là ?
SM : Je pense qu’un site internet est plus comparable à une chaîne de télévision qu’à un journal papier. La chaîne MTV couvre la musique comme e24.fr doit couvrir l’économie : avec inventivité, avec une grande liberté de ton et avec crédibilité. Je souhaite que le public vienne sur notre site car notre approche sera originale, aussi bien en termes de ton, que d’angles, de présentation et d’iconographie.
- EL : Qui sont vos principaux concurrents ?
SM : Nous sommes en concurrence avec tous les sites qui traitent d’économie, notamment les déclinaisons en ligne des journaux économiques comme Les Echos, La Tribune, Challenges, etc. Mais la concurrence est plus frontale avec les autres pure players de l’économie, ceux qui n’ont pas de support papier, comme boursorama.com ou boursier.com. Cela dit, tous les deux sont des sites bancaires, sur lesquels les internautes se rendent pour faire des transactions, ce qui les distingue de nous. Eco89.fr, site économique lancé cette nuit par Rue89.fr est un autre concurrent, mais son contenu sera probablement différent du notre : Rue89 propose en général une approche de gauche, alors que, sans nous empêcher de révéler les dessous des grandes entreprises, nous sommes favorables au business.
- EL : Dans un contexte économique difficile, vous pensez recruter des annonceurs. Comment comptez-vous faire ?
SM : Bien sûr, le marché publicitaire est extrêmement tendu. Toutefois, les annonceurs sont demandeurs de pure players de l’économie. Ils souhaitent toucher les travailleurs en entreprises, les managers, qui sont de véritables prescripteurs au sein de leur société, ce qui correspond exactement à notre coeur de cible et nous permettra de valoriser nos espaces publicitaires.
- EL : Vous avez quitté Le Figaro, où vous avez été reporter et rédacteur en chef du Figaro économie. Croyez-vous encore en l’information payante ?
SM : Je suis convaincu que l’information payante a un avenir. Toutefois, les quotidiens notamment ont tout intérêt à être inventifs pour assurer leur avenir. Cela passera par des réductions de coûts, des opérations spéciales... Comment imaginer que Le Figaro puisse perdre 10 millions d’euros par an de recettes publicitaires papier, quand il n’en gagne qu’un million et demi sur le web ?
