Virée pour avoir blogué sur LePost
Quand la e-réputation devient un atout à préserver, certains patrons prennent peur en voyant leurs employés bloguer. Jessi, réceptionniste dans un hôtel – dont elle a maintenu l’anonymat – a été mise à pied pour ses chroniques sur LePost.fr.
Elle est blonde, souriante, plutôt jolie, a 31 ans et l’air absolument inoffensif. Et pourtant, selon son patron, la chronique qu’elle tient sur lepost.fr la rend dangereuse. Au point de l’informer de sa mise à pied, le 21 avril dernier. Jessi est réceptionniste de nuit dans un hôtel d’une grande chaîne, et ses aventures, racontées sur un ton badin, tiennent quotidiennement en haleine « entre 40 et 50 000 » lecteurs du Post. On y rencontre des clients bizarres, le personnel de l’hôtel, ses amies, sa voisine un brin réac’...
Au départ, Jessi bloguait, dans le but de retrouver un ami disparu mystérieusement. Dans l’espoir d’une meilleure audience, elle a commencé à écrire sur le site LePost, filiale du Monde. Et puis, depuis le mois de novembre dernier, cette fameuse chronique, à mi-chemin entre fiction et réalité, née un peu par hasard : « c’est parti sur une déconnade, un coup de gueule. Et les lecteurs se sont très vite investis, postaient des idées, donc j’ai continué. » Et c’est comme ça que La Minute blonde a connu le succès. « Mes collègues étaient au courant. Je n’ai jamais caché mon identité, j’ai mis des photos de moi. Mais j’ai toujours fait en sorte que l’on ne puisse pas reconnaître l’hôtel. » Jessi part au travail en début de soirée, et poste ses chroniques le matin, en revenant une fois sa nuit de labeur terminée. Jusqu’au coup de semonce, voici une dizaine de jours.
Le Post se fait discret
Son employeur lui reproche d’avoir pris en photo à de nombreuses reprises un ourson en peluche jaune dans les locaux de l’hôtel. Elle aurait selon lui ainsi mis en péril la sécurité des lieux. Le fait que Jessi vienne au travail armée de son « netbook rose » passe mal également. Mais ce sont surtout les références au personnel qui ont suscité son courroux (parmi lesquels un certain M. Têtedenoeud). La forte tête risque donc un renvoi pour faute grave, ou lourde, et une plainte en diffamation.
Mais en terme de droit, si diffamation il y a, c’est en théorie le directeur de la publication du Post qui serait mis en cause (principe de la responsabilité en cascade). LePost, qui rétribue Jessi, comme d’autre blogueurs invités, au forfait, se fait étrangement discret dans l’histoire, - nous ne sommes pas parvenus à joindre... « Je crois qu’ils préfèreraient que j’arrête, que je me fasse la plus discrète possible, explique la jeune femme, mais je n’ai pas envie de mentir à mes lecteurs. » C’est que, depuis sa mise à pied, Jess n’a pas disparu de la toile. Et mis son public au courant de son renvoi. Sur les conseils de la rédaction, elle a tout de même retiré la plupart de ses billets.
La situation, qui rappelle l’affaire de « Petite Anglaise », en 2006, pose une question centrale en ces temps où chaque internaute tend à croquer son quotidien, sous forme de photos, de textes, ou de vidéos. Bloguer avec plus ou moins de fantaisie, sur ce qui se passe à l’intérieur de l’entreprise doit-il forcément mener à la porte ? « Choquée » au départ, Jessi se dit que « maintenant, le mal est fait ». En contact avec des avocats, elle attend la décision de son employeur, au plus tard, le 28 mai. Pour Petite Anglaise, l’histoire s’était bien terminé, et lui avait valu suffisamment de publicité pour signer avec une maison d’édition. Mais pas sûr que Jessi ait la même chance.
illustr. : capture d’écran. dessin de NA !.
