L’artiste, cet avare qui ne se montre pas

Le 8 février 2012, Peer2peer

L’artiste est un homme d’affaires comme les autres. Le considérer autrement c’est commettre une erreur de jugement, et minimiser sa place dans la ...

Référencement, mensonges et vidéo

Le 7 février 2012, So_cult’

MegaUpload n’est plus et les sites de video à la demande comme de télé de rattrapage voient leurs audiences s’envoler. Explications. La fermeture du ...

Introduction en bourse de Facebook : du marketing de pros

Le 7 février 2012, Le_Flouze

En prévision de son introduction en bourse, la direction de Facebook orchestre une communication rassurante et parfois naïve pour empêcher une chute ...

Les fabricants d’écrans exigent une refonte du modèle de financement de la création

Le 6 février 2012, So_amazing

Les fabricants de téléviseurs estiment verser 100 millions d’euros de trop à la copie privée. Ils demandent aussi des contenus pour nourrir les écrans ...

Vieux, décrépis, grippe-sous, les médias français ne méritent pas l’Internet

Le 24 Avril 2009 dans Web 1,2,3 par Emmanuel Torregano

Les médias français ont raté dans leur ensemble le train du Net. Pis, les stratégies appliquées ont été catastrophiques, sclérosantes et finalement néfastes. Les marques de l’ancienne économie ont sciemment joué contre l’innovation depuis près de 10 ans.

L’omerta est la règle suivie par tous les médias français d’avant la révolution du réseau, avec toujours comme ultime justification la survie des formats anciens, seuls capables d’être réellement rémunérateurs, au détriment de tout ce qui a fait que l’Internet est une respiration, mieux un nouvel ordre. Aujourd’hui, la situation est incroyablement dangereuse sur la toile française.
La survie est devenue la règle pour les médias "Pure Players" francophones. Quelques exemples : Deezer, Dailymotion sont étranglés par les revendications des ayants droit, d’un côté, et un sous financement de l’autre. Leur existence même est engagée. Sur le front de l’information, Bakchich, Rue89, etc., voient leurs revenus publicitaires largement menacés par les effets de la crise. Sans parler des radios en ligne, qui lèvent des fonds dans une unique perspective : décrocher une hypothétique licence de radio numérique terrestre. A cela il faut ajouter la précarisation des métiers qui y sont rattachés.

Recapitalisation

Toutes ces sociétés ont le doigt sur le bouton "recapitalisation", comme s’il était devenu un réflexe indispensable sans lequel la pérennité d’une marque, d’une entreprise ou d’un média est menacée. Cela pourrait d’ailleurs être considéré comme une situation tout à fait acceptable, si en face, dans le monde non connecté, il n’y avait pas tant de conservatisme coupable.
Commençons par la vidéo. La ministre de la Culture, Christine Albanel, s’est récemment exprimée sur le manque de "circulation des oeuvres". Ce qui veut dire, pour faire court, que la diffusion des films ou des séries répond aujourd’hui à une chronologie commerciale obsolète. Pour tenter de débloquer la situation, les efforts de la puissance publique ont porté récemment sur les délais d’ouverture des fenêtres de la vidéo, et par extension de l’offre sur l’internet et en vidéo à la demande.
Il y a urgence à raccourcir au maximum les délais d’exploitation pour lutter efficacement contre l’échange illicite de fichiers, selon les professionnels. La proposition du CNC (Centre national de la cinématographie), avec l’accord de la rue de Valois, est de situer la première exploitation d’une oeuvre 4 mois après son exploitation en salle. Un pas dans la bonne direction sans aucun doute, mais il reste tant encore à faire pour déverrouiller ce système "trop français".

Tuer l’autre

Et puisqu’il faut des coupables, il faut bien le dire, les chaînes de télévision ont su parfaitement le cadenasser. TF1, France Télévisions, M6 ou encore Canal+ agissent comme de grands prédateurs sur le marché de l’audiovisuel. Et depuis l’arrivée d’internet, elles n’ont eu de cesse de condamner toutes les ouvertures pour être sûrs de ne pas voir entrer de nouveaux acteurs. Ainsi sur le marché des programmes, lorsqu’elles mènent des négociations en vue de faire des affaires avec les studios, essentiellement américains, ces chaînes cherchent toujours à rafler l’intégralité des droits disponibles. Avec, si possible, un prix de gros pour payer moins cher mais surtout éliminer la concurrence, même si les oeuvres ne sont pas exploitées par la suite. "La France est l’exemple d’un pays où un média doit tuer l’autre pour survivre", souligne Frank Soloveicik, Directeur d’Europe Images, et président du Syndicat des entreprises de distribution de programmes audiovisuels (SEDPA). Ainsi, les chaînes refusent que la plupart des séries se retrouvent sur les plates-formes en ligne de vente, et préfèrent geler l’exploitation de films pendant 4 ans, si besoin, comme les y autorise la loi. Une réaction que Pascal Lechevallier, le directeur de TF1 Vision explique ainsi : "A la base, il y a un contrat entre un studio et une chaîne. Or, le studio ne peut vendre une série et la diffuser aussi sur sa plate-forme en ligne, par exemple, au nez et à la barbe de tous. Ce n’est pas une stratégie défensive de la part des chaînes. Elles doivent aussi monter des modèles rentables dans un contexte très difficile". Le patron de la plate-forme de VOD de la Une fait référence à la prolifération d’oeuvres téléchargées illégalement sur le P2P, notamment, qui représente, selon lui, un frein à l’adoption de la VOD dans les foyers. On peut aussi voir cela comme un cercle vicieux...

Hulu aux portes de l’Europe

Il faut noter aussi qu’une chaîne de télévision paye relativement cher un épisode d’une bonne série américaine. Les prix se situent aux alentours de 100 000 euros. Une somme qui est hors de portée de la plupart des nouveaux acteurs, notamment les pure-players sur le web, qui doivent alors rivaliser d’ingéniosité pour trouver d’autres contenus, moins cher mais forcément aussi moins efficaces en terme de puissance médiatique. Chez Dailymotion, comme l’explique Martin Rogard, le directeur France du portail, "nous n’avons pas signé avec les chaînes, mais avec d’autres producteurs de contenu comme Tetra media, les maisons de disques Naive, Wagram, les radios Europe 1, RTL, France Inter et dernièrement avec Le Monde. Il est aussi important de montrer que ces gens là font plus en audience que toute l’offre catch-up française réunie". D’autant, ajoute t-il, que la "monétisation d’un épisode de 52 minutes n’est pas encore possible en France, où le marché de la publicité sur Internet est bien moins mature qu’aux Etats-Unis".
On pense tout de suite à Hulu, le portail lancé par News Corp. et NBC sur le Net américain, qui a justement comme modèle unique la diffusion de contenus professionnels à forte valeur ajoutée, et entièrement payés par de la publicité. Hulu est dès aujourd’hui à la porte de l’Europe et commence à prospecter pour acquérir les droits sur les séries ou les films dans chacun des pays. Paradoxalement, le protectionnisme des chaînes françaises pourrait d’ailleurs retarder l’arrivée d’Hulu en France, comme il a aussi grandement ralenti le développement de l’offre de cinéma d’Apple sur l’iTunes video Store. Bien que depuis, Apple ait à faire face à d’autres soucis réglementaires pour lancer son offre de film.
Deezer, Dailymotion, des sites qui ont acquis une audience considérable en France et dans le reste du monde, sont aujourd’hui sous la menace de projets montés par les chaînes elles-mêmes ou d’autres sociétés de médias. Avec la crise du marché de la publicité, la survie de ces sites est directement conditionnée par la mise en place de nouvelles sources de revenus, comme l’abonnement, mais surtout par l’attitude de leurs actionnaires. Qui doivent pleinement jouer leur rôle pendant la crise et installer un modèle économique rentable. Dailymotion promet d’atteindre l’équilibre pour la fin de l’année, mais aujourd’hui, ces sites n’ont plus vraiment le vent en poupe auprès des analystes. Il est d’ailleurs surprenant de voir un groupe comme Bolloré, pour ne citer que celui-ci, qui préfère investir des millions d’euros à perte pendant des années dans des médias comme Direct8 ou les journaux gratuits, par simple réflexe conservateur voire anachronique, plutôt que de regarder du côté des entreprises réellement innovantes du Web. Et c’est loin d’être un exemple isolé.

470 millions manquants

Un dernier point mérite aussi d’être soulevé dans ce réquisitoire contre les anachronismes des médias français. Canal+, aidé par son actionnaire majoritaire Vivendi, et le nain des mobiles français Bouygues Télécom, se sont attaqués à Orange de nombreuses fois pour tenter de l’empêcher d’empiéter sur leur domaine réservé : la télévision payante. A bien y regarder, entre France Télécom et Vivendi, le combat est des plus équilibré. Seulement, voilà, ce que l’un a le droit de faire, serait interdit pour l’autre, comme vient de le décider le verdict qui brise ainsi l’exclusivité de la commercialisation de l’offre Orange Sports sur les réseaux de l’opérateur, au motif qu’il s’agit d’une pratique s’apparentant à une vente liée. Premier problème, c’est exactement ce que veut faire Vivendi bientôt, en intégrant Canal+ dans une offre triple play, ou l’art de se tirer une balle dans le pied. Pis, une étude du cabinet NPA a évalué l’impact de la fin des exclusivités sur la filière production audiovisuelle. Sans entrer dans le détail, cette étude montre qu’à l’horizon 2011, entre un scénario optimiste et un scénario pessimiste, l’écart pourrait atteindre plus de 470 millions d’euros. Et certainement plus, comme le note NPA : "C’est un écart à minima puisque l’effet de la perte des exclusivités aurait un impact majeur sur nombre de chaînes thématiques mais aussi sur le modèle de financement des offres payantes contribuant au financement de la production à hauteur de leur chiffre d’affaires global (incluant les revenus issus de l’offre de sport)". Il faut aussi rapprocher cela des réticences montrées depuis le début par Canal+ pour réformer la chronologie des médias, ou encore faire une place décente à la vidéo à la demande.
Au fond, ce qui fait terriblement défaut, c’est bien sûr une véritable politique au plan national pour lancer la France dans le grand bain du numérique. Et ce ne sont pas les inventions chimériques de la secrétaire d’état, Nathalie Kosciusko-Morizet, sur les antennes relais, qui vont en constituer les bases. Bien au contraire ... Comment aussi lui en vouloir, elle qui n’a jamais demandé ce portefeuille ? Se pourrait-il alors que le plus grand frein soit en fait le locataire du palais de l’Elysée ? Lui qui ne fait pas mystère de son peu d’intérêt pour toutes ces histoires de tuyaux, de zéro et de un.

Partager cette information

9 Commentaires

  1. bitonio le 24 avril 2009

    La sclérose vient aussi du fait qu’effectivement, nous n’avons pas su favoriser l’eldorado numérique comme le fait par exemple la Malaisie. On est reste comme des bons français très septique et même encore aujourd’hui les politiques ne vont que rattraper les 10 vagons de retard.

    Pas la peine de s’appesenter trop longtemps, plein de talent sont partis s’exiler aux USA voire plus récemment en Asie.

    C’est vraiment un problème de monter un business en France. Nous n’avons ni la culture du risque ni celle du ROI...



  2. Marcel le 24 avril 2009

    Carrément Emmanuel,

    On peut en faire le constat : les media ont peut-être loupé le train du Net. Eux qui avaient inventé qui la quadrichromie, qui la retransmission en direct, qui le spot publicitaire et fait leur révolution entre l’invention de l’imprimerie et celle de la télé arrivent comme en bout de course. Ces institutions passent le relais à des sociétés technologiques en pleine accélération. Celles-ci ont déjà la préférence des consommateurs de demain. Elles s’appuient sur des algorithmes pour moteurs de recherche, des interfaces riches, le P2P, l’agrégation de flux... etc. Les média de demain, ce sont eux, non ?



  3. Patrice Lazareff le 25 avril 2009

    Une illustration supplémentaire de la difficulté pour certains du passage d’une économie fondée sur la rareté vers un modèle de commerce de services autour d’un contenu abondant.

    Il n’est donc pas surprenant d’assister à ce qu’en d’autres cas on appelle un "réflexe indentitaire", mais le problème n’est pas seulement que les "cerveaux" de ces entreprises ne veulent pas imaginer autre chose, c’est qu’ils ne le peuvent pas.

    On serait tenté de dire la même chose des décideurs politico-financiers face à la crise d’ailleurs...



  4. FilmTunes le 25 avril 2009

    Vous écrivez qu’en France

    Deezer, Dailymotion sont étranglés par les revendications des ayants droit, d’un côté, et un sous financement de l’autre.

    Je ne vois pas pourquoi ça serait une particularité française. Selon les actualités que vous écrivez tous les jours ici-même, la même chose est en train de se passer ailleurs, et en particulier aux USA avec YouTube et MySpace.

    Je trouve d’ailleurs normal que les nouveaux acteurs doivent faire face aux "revendications des ayants droit". Pourquoi leur faire un cadeau qu’on ne fait pas aux autres ?



  5. Lorenzo le 26 avril 2009

    La réponse doit venir de l’Etat, c’est la faute au président...Voilà de bien vieilles rengaines pour un zélateur du nouveau monde !



  6. Emmanuel Torregano le 26 avril 2009

    Bonjour Lorenzo, merci pour ce commentaire plein d’à propos. Cependant, il ne faut pas attendre de l’Etat, vous avez raison, à l’exception des sujets qui le concerne directement, comme justement la fluidité des oeuvres, ou les mesures anti-concentration, ou encore l’incitation à l’investissement. L’Etat se doit d’être aux côtés des jeunes pousses, il me semble.



  7. Patrick C le 26 avril 2009

    Le commentaire sur Orange (sport et ciné) me donne l’impression, en première lecture, que tu désapprouves la condamnation. Je retiendrais donc la suite qui critique les exclusivités en lien (il me semble être tombé récemment sur un article critique assez fort sur le manque d’engagements pris par Canal lors de la fusion avec TPS). Il me semble que l’on retrouve là le refus de certains société de vendre des produits qui apparente la volonté d’achat du client à un parcours d’obstacle :

    - Télé : quand on sait quelle chaîne on veut voir, il reste à trouver dans quel bouquet elle se situe à un prix intéressant. Pas de possibilité d’achat seul.

    - Film : trouver un film à l’achat ou la location relève du grand défis pour peu qu’une exclusivité le lie à une seule plateforme. Dans ce monde là, il vaut mieux éviter d’être sous Mac ou Linux.

    A force de mettre des barrières entre leurs clients et eux, ces médias ne devraient pas être surpris si leurs clients vont voir ailleurs et gratuitement.



  8. jerome le 27 avril 2009

    cher Emmanuel

    Si du point de vue du consommateur "la diffusion des films ou des séries répond aujourd’hui à une chronologie commerciale obsolète", elle répond pour les professionnels de la filière cinéma à des mécanismes de financement, car avant qu’un film ou une série soit commercialement disponible il faut juste trouver les moyens de la financer.Sans "pré-financement" des diffuseurs TV, au premier rang desquels CANAL+, le nombre de films français - 240 en 2008 tout de même contre 228 en 2007- en souffrirait et par là-même l’ensemble de la filière.Oui il faut revoir cette chronologie, mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.



  9. YouVox1 le 27 avril 2009

    En effet le financement des contenus doit être murement réfléchi mais il est illusoire de penser que l’on pourra freiner le peer to peer. Il ne faut pas opposer ce qui serait souhaitable à ce qui est faisable. Le téléchargement illégal est un vrai problème pour l’économie des contenus mais le modèle actuel ne tient plus car on ne peut endiguer le partage de fichier. Il y a donc urgence à ouvrir le marché pour permettre aux nouveaux modèles d’émerger sinon nous allons assister au déclin progressif des acteurs existants et les nouveaux se créeront ailleurs, attendrons que notre marché soit prêt et s’installeront ensuite. Résultat il n’y aura pas d’acteur français.Christian JegourelFondateur de YouVox



Ajouter un commentaire


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)