Vendredi dans les kiosques
Vendredi sort le 15 octobre. Un hebdo du... vendredi, nourrit presque exclusivement de contenu web et surtout d’impertinence et de polémique. Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International, et directeur de la rédaction de Vendredi, raconte son lancement.
- Electron Libre : Vous lancez un nouvel hebdomadaire papier. Quel est le concept de Vendredi ?
Jacques Rosselin : Chaque semaine, Vendredi publiera le meilleur du web. Notre équipe, une rédaction d’une dizaine de collaborateurs et des netreporters évaluera la pertinence et la qualité des contenus web pour n’en retenir que le meilleur. Ils proposeront une sélection d’articles provenant de sites d’information comme Bakchich, Rue89, mais également de très nombreux blogs qui ont un regard original et décalé sur l’actu. Nous avons signé plus de 40 conventions de reproduction avec ces sites et la liste s’allonge de jour en jour. Nous collectons les articles sur environ 400 sources aujourd’hui.
- EL : Vous vous classez dans la catégorie de l’information alternative ?
JR : Oui. Aux NMPP, nous sommes logés dans la famille de presse de Marianne ou du Canard Enchaîné. En outre, le web, où règne une liberté de ton nouvelle, regorge d’une information impertinente, dérangeante parfois, puisque les sites d’info et les blogs qui ont envahi la toile n’ont de comptes à rendre à personne. Ils sont les nouveaux lieux de la polémique et du débat. Nous publierons donc une information irrévérencieuse, en décalage avec la pensée institutionnelle telle qu’elle est diffusée par la plupart des médias. Enfin, nous avons choisi un format inédit en France : 8 pages, à la manière du Canard Enchaîné, mais au format tube (plus étroit que le format classique) et en couleurs.
- EL : A qui Vendredi s’adresse-t-il ? Quels sont vos objectifs en termes de diffusion ?
JR : Vendredi s’adresse à tous ceux qui souhaitent profiter du foisonnement d’informations qu’offre internet, sans vraiment en avoir le temps. L’information est si abondante sur le net qu’elle en devient presque inaccessible. Et plus largement à ceux qui recherchent un hebdomadaire indépendant. Le premier numéro sera tiré à 220 000 exemplaires. Le prix de vente a été fixé à 1,50 euros. Nous soutenons ce lancement par une campagne d’1,5 millions d’euros (affichage, radio, animation points de vente et importante mise en place dans les kiosques pour les premiers numéros). Notre point mort se situe aux alentours de 30 000 ou 35 000 exemplaires par semaine ; nous espérons l’atteindre au premier trimestre 2009.
- EL : Pensez-vous avoir trouvé une réponse aux bouleversements qu’apporte internet au secteur de la presse écrite ?
JR : Je pense que Vendredi est l’un des éléments de réponse. A mon sens, les titres papier se porteront mieux lorsqu’ils auront accepté l’idée que leurs lecteurs ont déjà presque tout lu sur le web. Je pense que le net est fait pour chercher, le papier, pour découvrir et comprendre. C’est un constat qu’il faut intégrer pour faire des journaux différents. La presse écrite doit devenir le complément utile et intelligent du web. JJe partage l’idée de Denis Olivennes selon laquelle son news magazine (l’Obs) est devenu le complément utile de son site, qui marche très bien, même s’il ne rapporte pas autant, loin s’en faut. Nous aurons également un site internet, vendredi.info, qui proposera une sélection d’une vingtaine ou d’une trentaine d’articles par jour.
- EL : Et cette rubrique, "L’œil du mulot" ?
JR : Vendredi sera articulé en une dizaine de rubriques : la Francosphère et la Mondosphère, pour l’actualité politique et économique, l’Evénement, autour d’un important sujet d’actualité, la Netoscopie, portait d’une personnalité passée au scanner sur internet, le Troll, élection par la rédaction du bloggueur le plus méchant du net... Toutes seront alimentées en totalité par des contenus web. Mais le Mulot, c’est celui qui vous déteste et déteste le web et qui produit un édito hebdomadaire. Manière de dire que nous ne sommes pas des "webolâtres" et que nous avons un certain recul sur notre matière première et notre journal.
