Université d’été du Parti Socialiste - Bilan sur le numérique : Connexion failed
L’Université d’été 2011 du Parti Socialiste à la Rochelle s’achève, reste la séance de clôture demain à 10h. Quel bilan faire de ces trois jours de ferveur militante ? Quid du Numérique et des réseaux sociaux lors de ce rassemblement sur fond de course pour la victoire à la primaire des 9 et 16 octobre prochains.
Une chose est sûre : cette édition des universités d’été du parti socialiste est un indéniable succès d’un point de vue numéraire... Par contre, sur les questions relevant du Numérique, le bilan est plus que mitigé. Une affluence record, primaire et campagne présidentielle obligent, avec des militants qui ont fait le déplacement depuis les fédérations socialistes de toute la France. Une mobilisation médiatique aussi : plus de quatre cent journalistes sur place. L’énergie militante a électrisé chaque recoin de l’espace Encan, situé à proximité de l’Aquarium de la Rochelle. Chaque camp s’est efforcé de soutenir son favori avec le plus de force, voire de rage par moments. On pouvait même entendre sur les terrasses de café du port, à l’heure de l’apéro, certains trinquer en criant : « A Ségolène. On va gagner ! On va gagner ! ». Des débordements d’enthousiasme qui provoquaient immédiatement des regards lourds de désapprobation chez certains voisins de table. Des fans de Martine Aubry, de François Hollande, de Manuel Valls ou de Arnaud Montebourg probablement, venus en famille avec les enfants souvent, qui se mordaient les lèvres pour ne pas répondre à ce qu’ils ressentaient comme une provocation. Une Université d’été pour tous les socialistes « unis » avait-on annoncé mais les primaires sont là toutes proches. Les candidats sont en campagne. La ligne droite finale est proche. Il faut se démarquer.
François Hollande choisit quant à lui de sécher la séance d’ouverture. Arrivé avec plus de deux heures de retard en gare de la Rochelle, il prend son temps et impose son rythme. Quelques photos avec les autres voyageurs puis un détour par la salle des Jeunes Socialistes auxquels il réserve la primeur de ses paroles. Sa réaction face aux critiques, l’ironie : « S’il le faut, pour rattraper mon retard, je resterai jour et nuit et dimanche après-midi lorsqu’il n’y aura plus personne ». Mais quid du numérique, des réseaux sociaux, du dispositif Hadopi, de la neutralité du net, me direz-vous ?
Pas encore une campagne à la Obama
Eh bien, la campagne des primaires bat son plein et il y a des sujets plus importants et plus clivants que celui du web 2.0. Les promesses du Parti à la rose sur ces questions sont connues : défense vigoureuse de la neutralité du net, abrogation de la loi Hadopi, création d’une contribution globale pour les secteurs de la création sous forme d’une éventuelle « Licence globale ». Sur ce dernier point, des divergences existent notamment entre Martine Aubry et François Hollande, comme nous le précisions ici. Et les candidats socialistes n’ont peut-être pas pris la bonne mesure du mécontentement des industries de la culture, qui dans leur écrasante majorité sont fermement opposées à ces deux mesures. Ces engagements qui restent de toute manière vagues pour le moment, puisque, si l’on prend simplement la contribution creative, son installation pose encore de nombreux problèmes auxquels aucun des candidats n’a répondu avec précision. Peut-être les choses se décanteront-elles lors de la véritable campagne présidentielle à venir. Souhaitons-le, au moins pour la crédibilité de la gauche dans le débat. Sur un plan plus concret, la question numérique était malgré tout présente lors de ces trois jours à la Rochelle. Plusieurs ateliers destinés aux militants ont eu lieu avec des intitulés explicites : « Utiliser Twitter et Facebook pour faire campagne », « Blogs, sites, articles...Comment écrire pour Internet ? » ou encore « Etre actif sur la toile : la veille et la riposte ».
Les choses sont claires : la prise de conscience du rôle déterminant que peuvent jouer ces nouveaux médias existe. Ce n’est pas encore une campagne à la Obama sur les réseaux mais les mois à venir peuvent peut-être signifier plus de web 2.0. Enfin, un quatrième atelier dédié aux anciennes "Nouvelles technologies" était organisé samedi avec un intitulé enthousiaste « L’offensive numérique ». Rien que ça « l’offensive »... On est presque dans le vocabulaire guerrier ; vu le lieu « Le raz de marée aurait été plus approprié ».
Le train de l’économie de demain s’en va sans nous
De l’enthousiasme, les intervenants n’en manquaient pas : Christian Paul, un politique, président notamment du Laboratoire des idées au Secrétariat national du PS ; Daniel Kaplan, un non politique, délégué général de la Fondation pour l’Internet nouvelle génération - tous deux conseillers de Martine Aubry sur le Numérique - mais aussi un élu local Renaud Lagrave, premier secrétaire fédéral des Landes et un entrepreneur du web, Stéphane Distinguin, fondateur de faberNovel et président entre 2004 et 2010 de Silicon Sentier. Cet atelier aurait pu être un succès. Malheureusement, malgré la bonne volonté des intervenants, les contributions des militants ont vite ressemblé à des incantations idéologiques du style : " ces nouvelles technologies font disparaitre des emplois français délocalisés en Inde "ou " toutes ces données stockées par Google et Facebook et bien que va en faire le gouvernement des Etats-Unis ". Ah si, pardon, malgré tout une intervention à retenir, celle d’un jeune professeur : « Dans l’Education nationale, la seule chose qui existe de numérique, c’est lorsque l’on compte le nombre d’élèves par classe... ». En fait, le vrai bilan sur les questions touchant au web, de cette Université d’été du PS, est que comme dans beaucoup de lieux publics en France, il est très difficile de trouver un réseau Wifi ou même un réseau 3G pour se connecter. Deux petites bornes Wifi étaient disponibles avec des capacités de trafic largement insuffisantes pour le nombre de personnes présentes. Et le réseau 3G aussi inexistant que dans le métro, souvenez-vous. Le message numérique durant ces trois jours aura donc été très souvent « Connexion failed ». Bien loin des discours généraux sur les contenus du web, les données détenues par les horribles Google ou Facebook etc. Il serait peut-être tant pour la France d’investir sérieusement dans les relais Wifi, la 4G, la fibre optique. Sur ces questions stratégiques pour l’avenir de notre économie et de nos emplois, les choses stagnent pendant que le train de l’économie de demain s’en va sans nous. Le retard pris par notre pays par rapport aux Etats-Unis, mais plus encore par rapport aux pays d’Asie (Japon, Corée du Sud, Chine etc.) sera peut-être un gouffre. L’Economie de la connaissance n’est pas pour demain. Elle est déjà là, ailleurs...
