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Universal Music et EMI, des poids et des mesures

Le 21 Février 2012 dans So_cult’ par Philippe Astor

Alors que les autorités antitrust s’apprêtent à examiner le projet de rachat de la maison de disques EMI par Universal Music, la question se pose du poids que la nouvelle entité pèserait, notamment sur le marché français de la musique enregistrée. Elle concentrerait certes une part non négligeable de ce marché entre les mains d’un seul acteur, mais pas dans les proportions qui ont été évoquées.

Le rachat de la maison de disques EMI par sa concurrente Universal Music, s’il reçoit l’aval des autorités de la concurrence américaines et européennes, va t-il accoucher d’un mastodonte représentant près de 60 % de parts de marché dans le secteur de la musique enregistrée en France ? C’est ce qu’avance le quotidien Les Echos dans un pointage réalisé début février, qui attribue une part de marché de 13 % à la première et de 44 % à la seconde.
Ce pointage, cependant, ne correspond pas vraiment à la réalité, dans la mesure où il prend en compte les parts de marché d’EMI et d’Universal Music sur les seules ventes de gros pointées par le Syndicat national des éditeurs phonographiques, qui ne représentent que 80 % du marché. Les parts de marché sur les ventes de gros, par ailleurs, ne reflètent pas précisément, à quelques points près, ce qu’elles sont sur les ventes de détail. Enfin, plusieurs distributeurs indépendants, et non des moindres, reportent leurs ventes au SNEP ; aussi, la part de marché consolidée des quatre majors, en tant que distributeurs (de leurs artistes sous contrat mais aussi sous licence, et d’un certain nombre de labels indépendants) est-elle inférieure à 80 %.

45 % de parts de marché "distributeur" dans le physique

Difficile, cependant, de savoir ce qu’il en est réellement. Selon des chiffres publiés par l’Observatoire de la musique sur les ventes de détail de CD audio, la part de marché des distributeurs indépendants n’a quasiment pas cessé de progresser entre 2003 et 2010, pour passer de 14,6 % à 24,4 %. Et selon des données sur le marché de détail auxquelles nous avons eu accès, qui portent sur l’ensemble du marché physique (audio, vidéo et VPC sur Internet), elle s’est établie à 26 % en 2011, ramenant ainsi la part de marché des quatre majors en tant que distributeurs à 74 %, celle d’Universal Music à 33,1 %, et celle d’EMI à 12,1 %, soit un total de 45,2 % pour les deux entités réunies.
Ces chiffres, cependant, méritent encore quelques corrections. Il s’agit en effet de parts de marché « distributeur », qui englobent les ventes des labels indépendants distribués par les majors, dont la part du marché physique de détail s’est établie à 13,9 % en 2011, selon les chiffres dont nous disposons. Aussi, hors labels indépendants distribués, la part du marché physique de détail d’Universal Music tombe à 26,8 % en 2011, et celle d’EMI à 10,2 %, soit un total de 37 % pour les deux entités réunies. Pour autant, ces données ne permettent pas d’obtenir la mesure exacte de ce que serait leur poids sur le marchais français, sachant que l’on ne dispose d’aucune information sur leur part de marché respective dans le numérique, qui a représenté 21 % des ventes de gros en valeur en 2011, selon les chiffres publiés par le SNEP au Midem.

Une domination moins nette dans le numérique

Le numérique, cependant, semble être un marché plus favorable aux labels indépendants. En janvier 2010, Jérôme Roger, directeur général de l’UPFI, estimait dans Musique Info que leur part de marché (hors labels indépendants distribués par les majors) était nettement supérieure dans le numérique à ce qu’elle est dans les circuits de distribution physique : de l’ordre de 35 % à 40 %. L’organisme Merlin, qui représente plusieurs milliers de labels indépendants à l’échelle internationale dans leurs relations avec les plateformes de musique en ligne, estimait l’an dernier qu’aux États-Unis, leur part du marché numérique était supérieure de 58 % à ce qu’elle est dans les circuits de vente physique. Autant d’éléments qui permettent certainement de situer la part de marché d’une entité regroupant Universal Music et EMI, en France, entre 30 % et 35 % ; ce qui concentrerait une bonne partie du marché français de la musique enregistrée entre les mains d’un seul acteur, mais resterait très en deçà des 58 % avancés par Les Echos.

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5 Commentaires

  1. Rémi le 22 février 2012

    Bonjour Philippe,Explique-moi comment vous faîtes pour calculer des parts de marchés du disque en retranchant les distribués qui sont pourtant sur ce même marché ! J’aimerai comprendre... Vous voudriez nous faire croire que des disques distribués par Universal sont en fait à mettre au crédit de la pdm des indépendants ? Dans ce cas, calculer les pdm des disques en licence ou en prod mais alors, ce n’est plus la même taille de marché, le même périmètre.

    Je crains que ce papier ne laisse croire au lecteur, à tort, qu’Universal ne serait pas si gros que ça finalement... Ce sujet est pourtant hautement stratégique alors que la CE va regarder le dossier de la fusion avec EMI. Dire qu’à elles deux ces majors font en gros le tiers du marché est un gag absolu !!!!

    L’excellente étude "Music Crossing Borders" (Emmanuel Legrand 01/2012) montre de son côté que les chart shares (vente et airplay) de l’ensemble Universal Music + EMI dépassent les 50 % dans les principaux pays d’Europe, dont la France - il eut été utile de la citer.En effet, la puissance d’une maison de disques dépend de sa capacité à breaker les titres en radio/TV et en magasin/web - et c’est sur le Top 200 que ça se mesure.

    A défaut d’avoir des chiffres plus précis, cela donne une tendance : plutôt la moitié du marché que le tiers !!!

    Rémi



  2. Philippe Astor le 23 février 2012

    Salut Rémi,

    J’entends bien. Mais tu reprends toi-même dans un tweet la pdm d’Universal+EMI que donne les Echos, qui ne tient compte que du périmètre SNEP, or 60 % de pdm sur 3/4 du marché, en gros, ce n’est pas 60 % de pdm. Je fais par ailleurs, dans cet article, l’effort intellectuel de distinguer la pdm "distributeur" de la pdm "éditeur de phono" + "licences". Ce n’est pas parce qu’il y a des enjeux stratégiques liés au rapprochement entre Universal et EMI qu’il faut faire l’impasse sur ces nuances. On en tire les conclusions que l’on souhaite. Doit-on souffrir qu’un seul acteur concentre 45 % de pdm distributeur (et non 60 %) et 30 % à 35 % de pdm "éditeur de phono" ? La question reste posée.

    Au delà, cela ne reflète pas la diversité réelle du marché qui, avec une pdm de 25 % pour le top 3 des ventes de CD, invariable depuis 10 ans, ne se porte pas au mieux, je te l’accorde. Mais cet article ne porte pas là dessus ; cela demanderait une analyse beaucoup plus en profondeur. Cf. entre autre à cet égard l’étude du ministère de la culture sur la période 2003-2008 http://www2.culture.gouv.fr/culture.... L’étude d’Emmanuel est intéressante en ce qu’elle soulève la question de l’accès aux médias radio et TV et donne des indications sur le marché du téléchargement. Or on a très peu d’indicateurs sur le marché numérique.

    Sur les effets du mouvement de concentration au sein des majors, on pourrait tout aussi bien argumenter que la pdm des indés sur le physique n’a cessé de croitre depuis 10 ans, malgré la fusion Sony/BMG. Quels enseignements en tirer ? Quant à savoir si une prod indé distribuée par Universal est à mettre au crédit de la pdm d’Universal ou des indés, ça se discute, pour le moins...

    Je ne cherche pas à minimiser le poids d’Universal+EMI. mais leur attribuer 50 % de pdm à la louche, comme tu le fais, cela a-t-il plus de sens ?



  3. Rémi le 25 février 2012

    Hello Philippe,

    Oui, on peut sortir les indés distribués de la pdm d’Universal, mais dans ce cas, ce que je t’écrivais plus haut en commentaire, il faut changer le périmètre du marché étudié et sortir toute la distribution pour ne parler que de pdm éditeur phonographique. Mais à ma connaissance ces chiffres n’existent pas. C’est combien le marché de l’édition phono en France ? Je ne sais pas. D’où sors tu ces 35 % du marché qu’auraient Uni + EMI ?

    En tous cas, il serait malhonnête intellectuellement d’attribuer aux indépendants une part de marché qui revient à Universal (qui encaisse cet argent et marge dessus avant de le leur reverser). Il serait tout aussi malhonnête de sortir les indés de la part d’Universal et de les mettre nulle part !

    Soit on analyse des pdm prix de gros HT, soit on analyse des pdm éditeur phono, mais ce ne sont pas les mêmes périmètres de marché. Quoi qu’il en soit, le marché qui importe quand à la problématique de la concentration est celui de la distribution (accès aux magasins) plus que celui de l’édition.

    Quand à ces fameux 50 % ce n’est pas une louche, c’est le résultat d’une étude portant sur plusieurs marchés d’Europe, à la fois sur l’airplay et sur les ventes des principales références. Cela donne non pas une part de marché mais des parts de chart (chart shares) qui permettent de mesurer la puissance de feu d’un opérateur, sa capacité à entrer des titres en radio et à la mettre en avant dans les magasins physiques et/ou numériques.

    Comme toi je n’ai rien contre Universal mais je pense qu’il serait malsain pour l’ensemble de la filière d’avoir un seul opérateur dominant face à une nuée de petits et moyens éditeurs. L’époque bénie où nous avions 5 majors permettait d’organiser une véritable concurrences entre icelles. Ce ne sera plus le cas si Universal fait seul la loi sur le marché.

    On voit déjà qu’aucun magasin, aucune plateforme ne peut se passer d’Universal et de son catalogue. C’est le seul opérateur dans ce cas. C’est le début de la position dominante....



  4. Philippe Astor le 26 février 2012

    Mais je donne la part de marché "distributeur" qu’auraient Universal+EMI : 45 %. Mes sources de données sur le marché de détail sont fiables... Certains opérateurs ne souhaitent + que les pdm soient publiées, je protège donc mes sources.



  5. Philippe Astor le 26 février 2012

    La seule inconnue sont les pdm dans le numérique. Personne ne les connaît.



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