Universal Music et EMI, des poids et des mesures
Alors que les autorités antitrust s’apprêtent à examiner le projet de rachat de la maison de disques EMI par Universal Music, la question se pose du poids que la nouvelle entité pèserait, notamment sur le marché français de la musique enregistrée. Elle concentrerait certes une part non négligeable de ce marché entre les mains d’un seul acteur, mais pas dans les proportions qui ont été évoquées.
Le rachat de la maison de disques EMI par sa concurrente Universal Music, s’il reçoit l’aval des autorités de la concurrence américaines et européennes, va t-il accoucher d’un mastodonte représentant près de 60 % de parts de marché dans le secteur de la musique enregistrée en France ? C’est ce qu’avance le quotidien Les Echos dans un pointage réalisé début février, qui attribue une part de marché de 13 % à la première et de 44 % à la seconde.
Ce pointage, cependant, ne correspond pas vraiment à la réalité, dans la mesure où il prend en compte les parts de marché d’EMI et d’Universal Music sur les seules ventes de gros pointées par le Syndicat national des éditeurs phonographiques, qui ne représentent que 80 % du marché. Les parts de marché sur les ventes de gros, par ailleurs, ne reflètent pas précisément, à quelques points près, ce qu’elles sont sur les ventes de détail. Enfin, plusieurs distributeurs indépendants, et non des moindres, reportent leurs ventes au SNEP ; aussi, la part de marché consolidée des quatre majors, en tant que distributeurs (de leurs artistes sous contrat mais aussi sous licence, et d’un certain nombre de labels indépendants) est-elle inférieure à 80 %.
45 % de parts de marché "distributeur" dans le physique
Difficile, cependant, de savoir ce qu’il en est réellement. Selon des chiffres publiés par l’Observatoire de la musique sur les ventes de détail de CD audio, la part de marché des distributeurs indépendants n’a quasiment pas cessé de progresser entre 2003 et 2010, pour passer de 14,6 % à 24,4 %. Et selon des données sur le marché de détail auxquelles nous avons eu accès, qui portent sur l’ensemble du marché physique (audio, vidéo et VPC sur Internet), elle s’est établie à 26 % en 2011, ramenant ainsi la part de marché des quatre majors en tant que distributeurs à 74 %, celle d’Universal Music à 33,1 %, et celle d’EMI à 12,1 %, soit un total de 45,2 % pour les deux entités réunies.
Ces chiffres, cependant, méritent encore quelques corrections. Il s’agit en effet de parts de marché « distributeur », qui englobent les ventes des labels indépendants distribués par les majors, dont la part du marché physique de détail s’est établie à 13,9 % en 2011, selon les chiffres dont nous disposons. Aussi, hors labels indépendants distribués, la part du marché physique de détail d’Universal Music tombe à 26,8 % en 2011, et celle d’EMI à 10,2 %, soit un total de 37 % pour les deux entités réunies. Pour autant, ces données ne permettent pas d’obtenir la mesure exacte de ce que serait leur poids sur le marchais français, sachant que l’on ne dispose d’aucune information sur leur part de marché respective dans le numérique, qui a représenté 21 % des ventes de gros en valeur en 2011, selon les chiffres publiés par le SNEP au Midem.
Une domination moins nette dans le numérique
Le numérique, cependant, semble être un marché plus favorable aux labels indépendants. En janvier 2010, Jérôme Roger, directeur général de l’UPFI, estimait dans Musique Info que leur part de marché (hors labels indépendants distribués par les majors) était nettement supérieure dans le numérique à ce qu’elle est dans les circuits de distribution physique : de l’ordre de 35 % à 40 %. L’organisme Merlin, qui représente plusieurs milliers de labels indépendants à l’échelle internationale dans leurs relations avec les plateformes de musique en ligne, estimait l’an dernier qu’aux États-Unis, leur part du marché numérique était supérieure de 58 % à ce qu’elle est dans les circuits de vente physique. Autant d’éléments qui permettent certainement de situer la part de marché d’une entité regroupant Universal Music et EMI, en France, entre 30 % et 35 % ; ce qui concentrerait une bonne partie du marché français de la musique enregistrée entre les mains d’un seul acteur, mais resterait très en deçà des 58 % avancés par Les Echos.
