Une "gorge profonde" parle de WikiLeaks
Certains soupçonnent Julian Assange d’être un agent américain ou d’être influencé par une officine de la Maison Blanche.
WikiLeaks est un révélateur du malaise de l’Amérique et de son armée engagée sur des guerres impopulaires au Moyen-Orient. Les sources d’information du site sont nombreuses, variées et certaines même insoupçonnées... comme l’humanité - le fameux crowdsourcing, autrement dit faire appel aux citoyens du monde entier. Des hommes fournissent les données. En l’occurrence, ceux dont nous allons vous parler sont des hommes qui font la guerre, avec des armes ou des renseignements.
Dans l’alimentation de WikiLeaks, la filière militaire américaine est puissante. L’une des sources auxquelles nous avons eu accès assure être en mesure de prouver que Julian Assange serait sinon directement un "agent américain", du moins un "individu orienté par une officine de renseignement américaine très proche de la Maison Blanche". Pourquoi de telles affirmations ?
Comme souvent dans notre histoire contemporaine, c’est la politique intérieure des Etats-Unis qui influe sur le monde. Cette fois, il faut remonter aux derniers mois de l’administration Bush. Bon nombre d’officiers supérieurs, de l’armée ou du renseignement, avaient travaillé sur la présence américaine au Moyen-Orient.
Les belliqueux, qui souhaitaient une présence renforcée de l’armée en Afghanistan, comptaient les jours en attendant l’issue du scrutin de 2008, fin annoncée de l’ère Walker Bush. Les "pacifistes", persuadés qu’il fallait se retirer de cette guerre qui n’était pas la leur, étaient convaincus que seul Barack Obama pourrait mener à bien leur projet...
Dès les premières semaines de 2009 (cela fera bientôt deux ans), ils seront tous échaudés. Le projet des modérés tombe aux oubliettes. Les promesses de désengagement militaire US en Afghanistan et le départ du général McChrystal feront le reste pour les autres, les va-t-en guerre...
Certains demeurent pourtant en poste, mais ils sont des centaines à avoir fait valoir leurs droits à la retraite. Beaucoup avec de l’amertume... emportant avec eux des données confidentielles auxquelles ils avaient pu – ou peuvent encore - avoir accès.
Maintien des troupes US
Ils comptent parmi les gros fournisseurs de "cables" - ces fichiers transmis à WikiLeaks pour être diffusés sur la Toile -, mais certains militaires se sont désolidarisés, constatant que les documents rendus publics par les médias qui relayent WikiLeaks, n’allaient pas dans le sens qu’ils souhaitaient.
De ce point de vue, la réaction fin novembre de Mahmoud Ahmadinejad est riche d’enseignements. Rapidement, le président iranien dénonce une "campagne de désinformation" poursuivant un "objectif politique malveillant" à l’encontre de l’Iran : une diabolisation de Téhéran destinée à souder les pays arabes... et à les convaincre de l’utilité de garder chez eux les soldats de l’Oncle Sam.
Une anecdote intéressante, parce qu’elle soulève la question que tout média doit se poser avant de publier une information : qui m’informe et dans quel but ? Les militaires US "gorge profonde" de WikiLeaks ont donné leurs infos en espérant instrumentaliser le site afin de défendre leurs intérêts. Quand ils se sont rendu compte que WikiLeaks ne jouait pas exactement le jeu qu’ils escomptaient, ils ont pris leurs distances. Certains ont alors commencé à dénoncer l’emprise d’une officine étroitement dépendante de la Maison Blanche sur Julian Assange. Cela dit, les militaires américains ne sont pas les seuls à avoir voulu informer - et tenté d’instrumentaliser - WikiLeaks.
En définitive, sur la masse spectaculaire des 250 000 télégrammes diplomatiques américains dévoilés dernièrement par WikiLeaks, il y a probablement de quoi assurer la réélection de Barack Obama, tout aussi bien que son échec. Mais ce n’est plus l’affaire de WikiLeaks.
La balle est maintenant dans le camp des médias. Le choix des informations qu’ils divulguent est un acte politique.
