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Un mur d’incompréhension entre la musique et Martine Aubry (lettre incluse)

La gauche parlementaire s’apprête à entrer dans la bataille de la loi "Création et Internet". Avant elle commette l’irréparable, les producteurs indépendants adressent une lettre à Martine Aubry pour la convaincre qu’il est nécessaire de voter la loi proposée par la rue de Valois.


Décidément très en verve aujourd’hui, les producteurs Indépendants de la musique viennent d’adresser une lettre ouverte à Martine Aubry, la première secrétaire du Parti socialiste. Dans son contenu, sans surprises évidemment, les ayants-droit demandent un virement sur aile aux députés du principal parti d’opposition lors du vote du projet de loi "Création et Internet", qui fait son retour à l’Assemblée Nationale mercredi prochain.
Nous avions déjà évoqué cette incompréhension qui s’est installée depuis le vote de la loi Dadvsi (droits d’auteur dans la société de l’information) entre la gauche et une partie des industriels, ou des artisans de la musique. Pour la première fois, en effet, les élus de gauche ne se sont pas alignés sur les positions de la musique et ses représentants, préférant pour certains, comme Christian Paul ou Patrick Bloche, avancer sur la voie de la licence globale.
Depuis, il y eut la campagne de Ségolène Royal et le fossé n’a jamais été aussi large. En revanche, Martine Aubry n’a jamais été très claire sur sa position concernant la défense du droit d’auteur. Bien qu’elle ait montré des signes d’accord avec les représentants du disque, elle s’est en définitive effacée pour laisser la place aux forces actives de l’opposition au projet Hadopi.


Mésentente sur la loi de 1985

Une analyse des arguments utilisés par les producteurs en dit long sur le mur d’incompréhension qui s’est érigé entre cette gauche et le monde de la musique enregistrée - le passage suinte d’ailleurs une certaine agressivité de la part de ces derniers. Ainsi, à la fin de la missive, alors que les producteurs espèrent toucher, ils s’en remettent à l’invocation des esprits supérieurs d’une autre époque. La loi du 3 juillet 1985 est ainsi convoquée, celle défendue par Jack Lang, qui marque en effet la véritable entrée de la culture dans la politique française. Cette loi reconnaissait les droits voisins et donc des producteurs sur l’oeuvre, à travers les reversements de la "Copie privée". Mais ce qu’oublient de dire les auteurs de cette lettre, c’est que déjà, le ministre de la Culture de l’époque, défendait une toute autre conception, une idée bien plus démocratique de la culture, pour laquelle la fluidité des oeuvres était le maître mot, grâce à la copie. Une conception que son auteur semble avoir bien oubliée depuis - Jack Lang a annoncé récemment vouloir voter la loi.
Voici donc cette lettre qui illustre, une fois encore, ce divorce entre une industrie de la culture et la gauche parlementaire :


« LETTRE OUVERTE A LA PREMIÈRE SECRÉTAIRE DU PARTI SOCIALISTE


Le 27 avril 2009


Madame la Première Secrétaire,


Nous, réalisateurs, scénaristes, compositeurs, auteurs, artistes interprètes, techniciens, producteurs de cinéma ou de musique, éditeurs de musique, distributeurs de films, éditeurs vidéo, exploitants de salles de cinéma, agents artistiques, managers d’artistes et les organisations qui les représentent… sommes atterrés par les positions défendues par le Parti Socialiste et voulons exprimer publiquement notre colère.


Nous avons le sentiment d’être les otages d’une bataille politique menée par les députés socialistes contre le projet de loi « Création et Internet », à laquelle sert d’instrument une « licence globale » rejetée il y a quatre ans et rebaptisée « contribution créative ».


La « licence globale » ou « contribution créative » consiste à instituer un forfait obligatoire, qui devrait être versé par tous les abonnés à l’Internet, contre un droit d’utilisation sans limites et sans cadre de toutes les œuvres cinématographiques, musicales et bien d’autres encore. Une telle mesure irait à l’encontre de toute régulation de nos secteurs culturels, en particulier celui du cinéma, qui figurent parmi les plus dynamiques au monde mais sont également fragiles.


Cette régulation passe notamment par la chronologie des médias pour le cinéma, ainsi que par le respect des droits d’auteur, inventés par la France de Beaumarchais et qui ont, depuis, accompagné avec succès toutes les mutations techniques, industrielles et économiques.


Faut-il rappeler au Parti Socialiste, dont les options culturelles ont si fréquemment été partagées et soutenues par beaucoup d’entre nous, que le développement de l’ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique.


Aujourd’hui, le Parti Socialiste à l’Assemblée n’a de cesse de prétendre que la propriété littéraire et artistique est accaparée par des groupes multinationaux et des privilégiés, mettant ainsi en cause la légitimité même du droit d’auteur.


Cette attitude ignore délibérément que l’économie de nos secteurs culturels s’appuie sur le fait que les œuvres plus exigeantes, moins grand public, bénéficient pour leur financement du succès que connaissent d’autres œuvres.


Chacun a pu constater que nous nous sommes prononcés de façon ultra majoritaire en faveur du projet de loi « Création et Internet ».


Le « coup de théâtre » du 9 avril, qui pourrait engendrer de graves conséquences dans les relations entre le monde de la Culture et le Parti Socialiste, est très regrettable car cet acte a été accompli au mépris de la défense de la création, des droits d’auteur, de notre diversité culturelle.


Nous avons le sentiment que le Parti Socialiste, celui-là même qui était porteur de la loi Lang du 3 juillet 1985 sur les droits d’auteur et les droits voisins, a décidé de tourner le dos au monde de la création et des industries culturelles.


Pour toutes les raisons ainsi exposées, les signataires de cette lettre ouverte souhaiteraient vous rencontrer, Madame la Première Secrétaire, en lien avec la reprise des débats prévue le 29 avril. »


Rien à ajouter. Faudra t-il que les responsables passent pour que les conditions du dialogue soient restaurées ? Au sein des producteurs indépendants, le patron de Naïve, Patrick Zelnik, semble vouloir jouer sa carte, et tendre des ponts avec l’autre monde, celui de l’échange sans valeur de fichiers. Une troisième voie, logée entre les tenants de la répression pure et dure et les ultra-libéraux du Net, qui sera certainement passionnante à construire.


15 Commentaires. Ajoutez le votre +

Remi 27 avril 2009

J’aime bien ton analyse.



Cependant, il est important de se souvenir que la loi de 85 ne faisait que fixer un mécanisme de compensation de la copie privée et de rémunération équitable de la musique diffusée dans les lieux publics et les radios. Ces pratiques étaient déjà largement répandues et surtout, elles étaient légales.



Ce n’est pas le cas du p2p et surtout, de la mise à disposition publique d’oeuvres protégées.
Ainsi, je ne vois pas de contradiction dans la position de Jack Lang.



Enfin, je crois en effet que si la France se déchire autant sur ce sujet, c’est sans doute que personne n’a complètement raison, ni complètement tort. Chercher une voie médiane qui consisterait à en finir avec le pillage public (p2p) des créateurs tout en mettant en place des mécanismes de compensation pour les échanges privés et les services de stream ne me semble pas idiot.



Mais cela passe bien sûr d’abord par le fait d’adopter le loi Hadopi. Jack Lang l’a compris, reste à convaincre les autres...

Philippe Astor 28 avril 2009

@Rémi,



Pour mémoire, les radios FM furent pirates avant d’être libres. Et je me souviens encore comme si c’était hier de l’appel d’air qu’a constitué la libération des ondes.



Si on cherche une voie médiane, pourquoi commencer par en emprunter une qui ne l’est pas du tout ?

Philippe Astor 28 avril 2009

@Rémi (suite),



A mon avis, c’est le marché qui va créer des mécanismes de compensation pour le streaming, et ce marché reste à développer, et la prise de risque doit être partagée entre tous ses acteurs, diffuseurs et producteurs.

Fabrice Epelboin 28 avril 2009

Tu saurai nous déterrer un vieux discours pro pirate de Jack Lang ???

David 28 avril 2009

On ne peut pas tout faire aux noms des ayants droits.
Pour continuer à enrichir ces nababs, je vais devoir mettre un mouchard (spy) à mes frais ?
Je ne pourrais pas me défendre si je suis accusé à tort ?
Si je suis vraiment coupable, tout mon foyer, mon entreprise etc. seront eux aussi punit par ma faute ?
Les moteurs de recherche devront surréfencer une listes de sites choisi par l’HADOPI ?
Je devrais continuer à aller à des concerts pour des artistes qui me considèrent comme un "pirate", un voleur ?
Dans ce texte de loi, que fait-on pour la création ?
Que fait-on pour les industriels qui imposent sur le marché leur culture musicale restreinte ?
Que fait-on pour les majors qui se gavent sur le dos des artistes ?
Que fait-on pour les prix trop élévé de CD, DVD, place de cinéma etc. ?



Rien de tout ça, le seul but de cette loi, excusez moi, mais c’est de continuer à enrichir les requins (majors) et donner au gouvernement la possibilité de fliquer et de contrôler Internet...



Quelle honte !

nrv 28 avril 2009

C’est un aspect qui a mon sens a été peu souvent évoqué mais la lettre en question soulève un aspect qui a vu jour au fil des discussions sur la loi "création et Internet", je veux parler de l’aspect politique.



Parce que en lisant la lettre je ne peux m’empecher de penser que le Président de République ne doit pas etre mécontent de torpiller au moins une relation qui existe depuis de nombreuses années pour le PS.



En effet, celà laissera des trace dans les relations du PS soit avec la jeunesse soit avec les artistes.



Si le PS soutient le texte (a demi mot ou par abstention) et c’est avec une partie de la jeunesse qu’elle se fachera.



Qu’il s’oppose "violament" au texte et c’est avec une partie des artistes qu’il se fachera...



J’en connais a la direction de l’UMP qui malgré le contre temps du 09 avril doivent se frotter les mains....

JaHimself 28 avril 2009

Moi je trouve que d’astreindre des limites physiques au téléchargement sur internet auront des conséquences dramatiques. Tout d’abord les pirates eux-mêmes, ceux qui sont responsable de la diffusion des artistes ne deviendront que meilleur encore dans leur domaine ou ils sont déjà les seuls maîtres à bord. Mieux vaudrait les recruter.



De nombreux utilisateurs recevront des sanctions sans avoir fait le moindre téléchargement illégal. Le logiciel prévu par la loi hadopi va relentir le fonctionnement des ordinateurs.



Il y’a aujourd’hui des centaines de jeux, films, musiques gratuites et fournis par les auteurs eux même sur leur propre site, et je ne vois pas comment le logiciel verrait la différence.



Finalement ce que je ressens, surtout pour la musique donc le choix radiophonique et télévisuel s’approche du néant, c’est que la musique n’a jamais été aussi fleurissante de toute part. Tout le monde peut faire de la musique d’où une création infinie parmi laquelle figure des musiciens au talent infini. Pour moi cette loi n’est qu’un moyen de fermer les yeux sur ces derniers, en gros d’interdire le droit à la diversité culturelle.



Parmis des 10ène de milliers d’artistes comment voulez découvrir lesquels vous plaises s’il est interdit de se les approprié autrement qu’en les achetant. N’ayant pas un crédit de 300000000 d’€ je découvre la musique par le téléchargement. lorsqu’un artiste me plait j’achète alors son album, j’assiste à plusieurs de ces concerts et je suis heureux que ça se passe comme ça. Combien d’artiste devront mettre fin à leur carrière malgré tout leur talent à cause de cette loi qui les rendra progressivement invisible et même inaccessible sous peine de répression ?



Cette loi est une loi qui tend à empêcher les français d’accéder à la diversité culturelle dont la mondialisation nous permet de profiter avec un plaisir immodéré et ce tout azimut.

JaHimself 28 avril 2009

Cela sans rappeler que les pirates achètent 10 fois plus de musique qu’un utilisateurs lambda, simplement universal music ne touche pas un sous de ces achats, puisque c’est de la musique de qualité requierant une certaine écoute et qui n’est pas diffusé à la radio et la à la télé.



Sarkozy cherche plus à sauver une industrie déjà en crise face aux attraits de l’art en tant que tel.



D’ailleurs notre président n’a jamais parlé de musique, mais seulement d"industrie musicale" c’est dire sa culture dans le domaine. Je ne vais pas en rajouté une couche non plus sur sa femme et sa prolixité musicale...

Remi 28 avril 2009

@ Philippe



Ne me parle pas des radios pirates, j’étais sur les toits de Paris en 1978 - J’étais à l’Assemblée nationale lors du vote de la loi Lecat cette même année et ai finalement obtenu une des premières autorisations d’émettre des mains de la Haute Autorité de l’Audiovisuel en 1982, je crois.



Ce n’est pas Jack Lang qui a légalisé les radios libres !!! Mitterrand s’en ai chargé dès le 10 mai 81.



Et si on doit refaire l’histoire, dans les années 78, rares étaient les radios qui diffusaient de la musique ; l’essentiel était du talk militant, entrecoupé c’est vrai de quelques titres de François Béranger ou d’Anne Sylvestre (qui étaient d’accord pour être diffusés sur nos antenne - et même pour qu’on retransmette des concerts en live).



On risquait de perdre tout notre matos dans des saisies policières, on risquait de tomber du toit, c’était pas pour diffuser le top 50 !

Philippe Astor 28 avril 2009

@Rémi,



Et bien justement, parlons des radios pirates. J’étais trop jeune pour faire partie de l’aventure, mais j’ai suivi le mouvement de près, à travers la naissance d’une radio pirate montée par des babas du coin (Radio Ballade à Quillan, dans l’Aude), qui était essentiellement une radio musicale.



Et crois-moi, ils étaient loin de fricoter avec le top 50. Je leur dois probablement d’avoir écouté mes premiers Zappa, Van der Graff Generator, King Krimson et consorts.



J’ai très bien connu aussi des mécènes locaux qui installaient des émetteurs pirates pour plusieurs radios dans la région, et qui s’en sont fait saisir quelques uns. On leur devait, notamment, d’avoir été une des toutes premières villes de province à recevoir la 3ième chaîne, via un émetteur pirate.



Loin de moi l’idée d’enlever à Mitterrand la paternité de la libération des ondes. Tu admettras, au demeurant, qu’on est bien dans le cadre d’un précédent qui a vu un mouvement pirate se transformer en véritable industrie.

Jean 29 avril 2009

@ Rémi



C’est la loi Lang qui en instaurant l’exception — au droit exclusif d’autoriser et d’interdire — pour copie privée la rend licite. Auparavant elle était interdite sans l’obtention d’une autorisation préalable même si elle était couramment pratiquée depuis l’apparition des enregistreurs à cassettes et magnétoscopes.

Frakk 4 mai 2009

Qui peut encore croire que l’argent de la "copie privée" sert à compenser la copie ... privée ?



Non cette "rémunération" a été instaurée pour compenser les pertes dues à la diffusion de moyens de copies réalisées bien au-delà du cercle personnel. Je ne vois donc pas en quoi une rémunération de ce type mais appliquée à internet serait fondamentalement différente.



Finalement comme toujours c’est pas une question de droit ou d’idéologie qui prime. Mais de savoir qui paie quoi et combien, et à qui. Bref ils me font tous gerber...

Jingle 5 mai 2009

La magie du Net est (aussi) là : mélanger les étiquettes, même les mieux accrochées. C’est amusant de découvrir que les "ultra-libéraux" ne sont pas forcément où l’on pensait les trouver...

Jean-Marco 13 mai 2009

Mmm c’est à dire ?
Ne seriez-vous pas en train de confondre le libéralisme économique privilégiant l’intérêt particulier sur l’intérêt général ? Avec une conception "libre" d’internet privilégiant l’intérêt général sur l’intérêt de quelques particuliers ?

Jav 22 mai 2009

Aujourd’hui je peux dire : Je hais les "artistes", je les supportais à peine, leur fric, leurs histoires de cul, leurs paillettes. Aujourd’hui la coupe est pleine, le peuple va mettre au bûcher les saltimbanques qui se prennent pour des rois, voire des artistes.


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