Un Sourire, une Pyramide et désormais une Pomme
Après plus de deux ans de retard, Apple ouvre son premier AppleStore sur le sol français. Situé dans la galerie du Carrousel sous le Louvre, ce magasin sera le vaisseau amiral de la marque, en attendant le prochain AppleStore près de l’Opéra.
La galerie des symboles s’est enrichie au Louvre. Apple ouvre officiellement les portes vitrées de son premier Apple Store sur le sol français juste sous le prisme transparent pensé par Leoh Ming Pei. Un espace habillé traditionnellement de gris lumineux, et où fleurit l’accueillant personnel formé au sourire de rigueur, aux grandes acclamations spontanées pour saluer les premiers acheteurs - un enthousiasme qui n’est d’ailleurs pas forcément très en phase avec l’esprit français, mais qu’importe. La culture est ici universelle, avant d’être impérialiste.
277. C’est le chiffre qui montre combien Apple croit aux vertus de son modèle de vente. Tous pareils, ou presque, à quelque détails près, les AppleStore ont aussi en commun avec McDonald’s et d’autres grandes enseignes de se représenter le monde avec assez peu de différences. Et les similitudes architecturales, l’agencement obligatoire des tables, la présence du Genius Bar - une sorte de service après vente gratuit où l’on sert des conseils - de tous les Apple Store du monde entier sont là pour corroborer cette vision uniformisée du globe.
Car ce qui compte, c’est avant tout l’impression que cela va produire sur le client. Et d’où qu’il vienne, le client est aussi le même. 7,4 millions de personnes se croisent tous les ans sous la pyramide inversée de ce carrousel. Une moyenne de 700 000 personnes ont visité un Apple Store cette année. La magasin du Louvre fera mieux. Il n’est pas dans la moyenne, mais largement dans la part au-dessus des "flagship" de la marque. Sur ce point, l’AppleStore du Louvre ne veut pas faillir. L’espace est vaste, sans être immense. Le grand escalier de verre s’enroule sans écraser de sa masse le reste, et les images des produits, iPod, iPhone, Macbook sur les murs, courant à la manière d’une frise ne sont pas outrancières. Rien n’agresse le regard, ou ne semble vouloir pousser à l’achat. Les ordinateurs sont en libre accès. Sans que le badaud ne soit relancé à chaque coup d’oeil par une étiquette lourdement chargée de détails techniques ou d’un prix en forme de signal d’alarme. Le dépouillement est ici la règle, comme aime à le dire Jonathan Ive, le designer en chef d’Apple.
Cathédrale
Pour parler business, à ceux qui verraient dans l’arrivée de ces magasins officiels, une raison de détruire à brève échéance les dizaines de magasins d’informatiques qui ont contracté un programme d’affiliation avec Apple, Pascal Cagni, le vice-President Europe et EMEA rétorque d’un trait que l’Apple Store aura l’exact effet inverse. Avec un raisonnement qui emprunte au "plus on est de fous plus on rigole", il explique combien l’Apple Store va drainer de nouveaux clients pour la marque - par "un effet boule de neige" -, lesquels apprécieront autant de se rendre près de chez eux dans un magasin partenaire. Bref, à l’Apple Store la place de la cathédrale, aux autres le service de proximité. Chacun son office et le business croisera et les clients se multiplieront.
L’évangile est loin d’être achevé. Apple sait qu’il lui reste dans bien des contrées encore à porter la bonne parole, celle de la simplicité, et des pouvoirs prométhéens offerts à la personne qui se sert de la machine, et non l’inverse... D’ailleurs, comme cela a été annoncé lors de la publication des derniers résultats, dans les prochains mois, les Apple Store vont être édifiés en plus grand nombre en dehors des frontières US. Rendez-vous donc à Montpellier le 14 novembre prochain, et au mois de juin à côté de l’Opéra Garnier pour l’ouverture de l’Apple Store rue Scribe.
