Un Midem en creux
Le Midem 42ème du nom fut, une fois de plus, l’occasion pour les professionnels de la musique de se réunir pour trouver une issue à la crise du disque. En vain.
Depuis plusieurs années, Pascal Nègre, l’inénarrable patron d’Universal Music France, est persuadé que l’embellie est pour bientôt. Et chaque année pour faire passer son message, il ne lésine pas sur l’audace. Ainsi, une fois, Pascal Nègre professe que "la fin du tunnel est proche", ou encore que "la courbe des ventes va se stabiliser". Cette année, il avait décidé de filer la métaphore écolo, annonçant comme les hirondelles qu’après l’hiver viendrait le printemps !
Las, les incantations du plus puissant des patrons du disque français sont restées jusqu’à présent sans effet. Le chiffre d’affaires de la musique enregistrée a dégringolé en France de 50% en cinq ans, et rien ne semble pouvoir stopper cette descente infernale. Bien sûr, il y a encore par-ci par-là d’incurables optimistes qui croient fermement que le bâton brandi par la commission Olivennes, et bientôt traduite en droit par la Ministre Christine Albanel, saura remettre les internautes égarés sur les terres du Peer2Peer dans le droit chemin... Ainsi, le SNEP (Syndicat National des Editeurs Phonographiques) en appelle à une mise en place rapide des systèmes d’alertes qui devrait leur permettre d’adresser aux contrevenant des coups de semonce sous forme de mail.
Vilain petit canard
En attendant que cet arsenal juridique produise son effet, il faut bien dire que les pistes présentées lors de ce Midem ont de quoi laisser perplexe plus d’un professionnel de la musique. Il faut préciser en effet, que depuis huit ans, et l’avènement du Peer2Peer, le marché international du disque s’évertue à ne pas parler du principal. Certainement, par excès de diplomatie, en effet, aucun des grands acteurs de la musique numérisée n’est jamais directement présent. Cela a commencé avec Napster. Le vilain petit canard du Net faisait déjà des ravages à l’orée du troisième millénaire, mais jamais ses représentants n’ont été invités à s’exprimer. Au contraire, de projets plus farfelus les uns que les autres. Les organisateurs du Midem ont même fait preuve d’une certaine ironie en invitant Snocap, l’autre société créée par Shawn Fanning, alors que son modèle basé sur le Peer2Peer payant, n’a jamais percé.
Le même ostracisme semble toucher Apple. La firme qui a vendu quatre milliards de chansons en ligne sur iTunes, ce qui en fait et de loin, l’acteur numéro un de la musique en ligne, n’a jamais eu les honneurs de Cannes. Tout au plus, iTunes a, les années précédentes, étalé une bâche sur le fronton du Palais pour rappeler le sens des réalités aux intervenants, mais cela s’est arrêté là.
Alors puisque l’on ne cause pas des vrais enjeux au Midem, que reste-t-il ? En définitive, le salon est devenu un unique porte-voix pour d’un côté des sociétés qui cherchent des investisseurs, et de l’autre la foire aux bonnes intentions. Dans cette catégorie très courue, l’opérateur SFR est très bien placé. Fort d’une politique de vente gratuite de fichiers musicaux sur les mobiles UMTS (prononcer 3G), la filiale de Vivendi et de Vodafone annonce fièrement avoir écoulé plusieurs millions de titres l’an passé (6,2 millions précisément, alors qu’Orange revendique 12 millions de titres vendus) ; au moins deux fois plus, en fait. Un résultat appréciable, mais que l’on peut nuancer car dans le même temps, le nombre d’abonnés UMTS a également doublé. Et beaucoup de titres étaient donc gratuit à télécharger pour les nouveaux clients. Il reste donc encore beaucoup à faire pour convaincre les fans de musique que l’Eldorado est désormais sur leur portable.
35 000 clients
Les professionnels du disque défrichent parallèlement une autre piste pour tenter de juguler la chute : l’abonnement. L’expérience menée par Universal avec l’opérateur Neuf Telecom sert de poisson pilote pour la première major française. Les résultats sont pour le moins contrastés. Selon Universal, il y aurait 100 000 personnes abonnées à l’offre de base, qui permet de piocher sans limite dans le catalogue de la maison de disques, mais en ayant choisi au préalable entre neuf genres musicaux. La deuxième offre, à 4,50 euros par mois, aurait séduit 35 000 clients de l’opérateur. Des résultats jugés très satisfaisants pour Universal, mais qu’il convient de nuancer. En effet, chaque mois, les utilisateurs de l’offre gratuite sont obligés de donner leur accord par mail. C’est là que le bât blesse, puisqu’ils étaient plus de 250 000 en septembre lors du lancement de l’offre...
Si le modèle de l’abonnement séduit les patrons des maisons de disques car il assure une rentrée d’argent régulière tout au long de l’année, rompant avec la malédiction de cette industrie qui veut que 50% du chiffre d’affaires soit réalisé lors des fêtes de fin d’année, force est d’avouer qu’il n’a pas encore trouvé son chemin parmi les fans de musique.
Certains labels indépendants accusent les DRM, ces verrouillages informatiques, d’être la cause de ces chiffres passables. Pascal Nègre a déjà prévenu qu’il était hors de question de changer de politique. "L’abonnement sera protégé par des DRM", a répété le patron d’Universal France. Là encore, les expériences menées sur d’autres plate-formes n’ont pas fourni de chiffres probants pour se faire une religion sur ce sujet. En effet, FnacMusic.com qui vend le catalogue EMI, sous forme de fichier MP3 libre de tout DRM, avoue que les ventes sur les titres concernés sont en très légère progression comparées aux mêmes chansons vendues sous DRM. La différence est de 5% en faveur du fichiers MP3.
