Triomphalisme forcé et un peu coupable pour la 1ère édition du Paris Games Week
Le SELL n’aura pas manqué de célébrer le succès auto imposé du premier salon de jeux vidéo organisé en son nom. Un Paris Games Week ambitieux, ouvert au public mais né sur les cendres chaudes de ses prédécesseurs.
Une curieuse et bien tardive initiative que ce Paris Games Week. Il aura fallu pas moins de 10 années de festivals organisés par la chaîne de magasins Micromania, 4 éditions d’un jeune Festival du Jeux Vidéo né à Montreuil en 2006 avant de monter en gamme et s’installer à la porte de Versailles à Paris en 2008, puis le succès croissant international du salon GamesCon en Allemagne (254 000 visiteurs sur 120 000 m2) initié par le syndicat allemand des éditeurs, avant que les éditeurs français prennent conscience d’un potentiel dans l’hexagone. Le réveil fut apparemment si tardif que l’organisation d’un salon dont le SELL serait totalement maître n’a pu se faire sans une brutalité qui laisse des traces. Même si les victimes collatérales gardent le silence ou minimisent. La chaîne Micromania ne communique pas sur le sujet. Elle a pourtant dû annuler à la dernière minute son événement organisé pour la deuxième fois dans la Grande Halle de la Villette avant d’être forcé à squatter l’infrastructure du Paris Games Week lors d’un unique jour et officieusement 6e et dernier rendez-vous du festival. Et Jonathan Dumont, l’organisateur du Festival du Jeu Vidéo, refuse toute polémique ou victimisation. Il pense toujours un accord possible pour une future édition qui rassemblerait les besoins de chaque acteur. Son salon pourtant, abandonné lui aussi en septembre par tous les éditeurs de jeux vidéo sauf deux, s’est transformé en placide salon fantôme des jeux de cartes et de plateaux. Sur place, l’absence presque totale du monde du jeu vidéo sous la bannière d’un Festival "du Jeu Vidéo" a fait l’effet d’une douche glacée.
Ministère de la Culture mal venu
Pour justifier la création d’un nouveau festival dont le SELL serait le seul maître à bord, son délégué général Jean-Claude Larue reprochait au Festival du Jeu Vidéo un traditionalisme qui viserait les plus hardcore des gamers. Un diagnostique un peu simpliste, le FJV a tout de même à son palmarès la création d’un prix du jeu vidéo européen (les Milthon awards) beaucoup plus proche des créateurs que du marché de masse. Cela fait justement partie des reproches. Comme la présence sur place du ministre de la culture du moment venu remettre les Milthon awards. La démarche autant culturelle que commerciale ne correspond pas à la vision du SELL qui ne voit dans un tel salon qu’un "show" où attirer le public et le convaincre avant tout que le jeu vidéo c’est cool et qu’il faut en acheter. Un comptoir FNAC un peu fade y pourvoyait sur place. La tension entre le SELL et les pouvoirs publiques, que Jean-Claude Larue n’hésite pas à fustiger régulièrement participent également à cette scission dans un petit monde du jeu vidéo qui aurait surtout besoin de montrer une unité faisant preuve de sa maturité.
Salon pour (jeunes) hommes
Comme promis, le Paris Games Week a donc fait son numéro - 120 000 personnes auraient arpenté les 20 000 m2 dédiés au jeu à la Porte de Versailles du 27 au 31 octobre selon le syndicat des éditeurs de jeux vidéo organisateur de l’événement, 100 000 étaient attendus. Il y avait bien quelques hôtesses sexy dans les allées, plusieurs centaines de bornes de jeux jouables et même quelques exclusivités (Gears of War 3 de Microsoft notamment, mais pas de 3DS Nintendo). Et des podiums souvent vulgaires hurlant au-dessus d’une foule plus clairsemée (le vendredi) que les 25 000 visiteurs/jours revendiqués par le SELL. Le Festival du Jeu Vidéo avait rassemblé en 2009 66 000 visiteurs sur 20 000 m2 en trois jours, ce Paris Games Week en aurait engrangé plus du double, sur la même surface mais en cinq jours. "Le SELL s’est donné de gros moyens pour communiquer" concède un Jonathan Dumont qui ne veut pas non plus jouer le jeu du décomptage sceptique. Et contrairement aux statistiques mondiales qui font état d’une population de joueuses féminines de plus en plus nombreuse, malgré les démonstrations sur scènes de jeux musicaux ou de danse, la très grande majorité des passionnés du jeu vidéo ici présents reste terriblement masculine. À quelques exceptions près, tel l’espace Nintendo et ses canapés où des mamans patientent en somnolant, l’ensemble laisse une impression sombre et poisseuse, plus proche d’un racoleur salon, justement hardcore et pour adultes, que d’un rassemblement populaire tout public.
Victoire sans combat
"La guerre des salons" de jeux vidéo ne serait qu’un titre facile pour journaux en manque de polémique et n’a jamais eu lieu, s’indignait déjà Jean-Claude Larue en juillet dernier. Sans doute vrai dans le sens où, dès le face-à-face déclaré, la bataille inégale entre les éditeurs regroupés et le reste des initiatives ne pesant tout à coup plus rien dans la balance n’a probablement duré que quelques minutes. La parole publique feutrée des intéressés, officiellement jamais fâchés avec personne malgré d’évidents coups et blessures, oblige à se contenter des bruits de couloirs. Là seulement se fait l’écho d’un affrontement sans concession d’où ne pouvait sortir qu’un seul vainqueur.
Photo de Une : Paris Games Week © Bliss
