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The Pariser : pari osé, pari sophistiqué mais pari réussi

Le 22 Décembre 2011 dans Old fashion media par Diane Saint Réquier

C’est une gageure que beaucoup ne se seraient pas risqués à entreprendre, et pourtant Ulysse Gosset et Laetitia Monsacré se sont lancés en ouvrant le mois dernier The Pariser, un magazine hommage au mythique New Yorker dont il ambitionne d’atteindre la qualité. Culture surtout, mais aussi politique et société, sont abordées à contrepied par des narrateurs prestigieux.

Copie non conforme

Le premier coup d’envoi a été donné le 15 novembre, lors de l’ouverture au public du site The Pariser, mené allegro ma non troppo par Ulysse Gosset (Ancien correspondant étranger pour France Télévisions, TF1 et Radio France, entre autres faits d’armes) et Laetitia Monsacré (également journaliste depuis plus de 20 ans). À première vue on pourrait penser le timing mal choisi étant donné la pléthore de pure players éclos pendant ce mois de Brumaire 2011. Mais le parti-pris éditorial de ce cousin français du New Yorker en fait un objet de presse non identifié qui ne prétend en aucun cas occuper le même terrain que ses petits camarades ancrés dans l’information rapide, immédiate. Au contraire, The Pariser prétend offrir sur la culture, la politique et la société « un regard différent, décalé, franc-tireur » indique Ulysse Gosset.


Dès l’arrivée sur le site, les références à son homologue d’outre Atlantique sont évidentes, tout comme le sont les différences, voulues. Alors que l’en-tête du New Yorker arbore le désormais célèbre profil très patricien d’homme à haut-de-forme et monocle regardant vers la droite, The Pariser a choisi un chien, un griffon pour être exact, comme icône pour porter le chapeau so chic. La typographie et les couleurs très sobres sont absolument identiques, mais le nouveau magazine n’est pas une banale traduction. Ulysse Gosset, s’il souligne l’hommage rendu à la cultissime publication lancée en 1925 par Harold Ross « J’ai été correspondant aux Etats-Unis et je lisais le New Yorker, les enquêtes et fictions étaient un vrai bonheur… J’ai toujours eu un désir secret de faire une version française du New Yorker ou de Vanity Fair », précise qu’ « il ne s’agit pas d’une simple version française, on est original, différents, on existe par nous-mêmes, mais on vise la même qualité ».

Un parisianisme ouvert sur le monde, et qui a du chien !

Au vu du rubriquage truffé de références littéraires et émaillé de poésies et de citations, il ne fait aucun doute que l’accent sera mis sur l’art de la plume, si virtuelle soit-elle. Aux côtés d’un « A la Une » trompeur où l’on trouve de longs et beaux articles, ancrés dans leur époque sans pour autant être esclaves de l’instantanéité, on trouve « Il/Elle » une catégorie où les portraits sont brossés comme autant de tableaux impressionnistes (ou cubistes, selon la personnalité dépeinte). Dans la rubrique « Le Griffon plus ou moins embedded », c’est la politique qui est à l’honneur, traitée d’une manière complètement décalée, puisque c’est supposément un chien qui y appose sa patte. Ulysse Gosset explique ce choix surprenant et file la métaphore « Le griffon, c’est Jim, un croisement de race et de bâtard, il n’est pas dans la meute et apporte un regard différent sur la politique, ce n’est pas un reporter classique, un Rouletabille, on le caresse, il peut être gentil, mais il peut aussi morde… Ou plutôt mordiller, ce n’est pas un bulldog ». Et cette « griffe du griffon », on la retrouve aussi sur le côté avec un coup de gueule hebdomadaire sous la forme d’un « On aboie sur… » (cette semaine le cargo TK Bremen).
Puis place à la culture, bien sûr, sous toutes ses formes, de la cuisine à l’opéra en passant par le théâtre ou la danse. La rubrique « Plume » qui suit présente chaque semaine une nouvelle écrite par des hôtes dont ce n’est pas toujours le métier que de rédiger (au Goncourt Alexis Jenni succèderont par exemple François Chérèque, secrétaire général de la CFDT ou Alain Juppé, ministre des Affaires Etrangères). Encore un coup de mollette et l’on ouvre une fenêtre sur le monde avec la rubrique « Oth’er’ » où une vingtaine de correspondants disséminés dans les métropoles du monde entier (Madrid, Moscou, Dubaï) livrent des instantanés venus d’ailleurs. Viennent ensuite les « Cimaises » (référence à Queneau ?) qui décryptent les expositions en cours, l’ « Apostrophe » où sont rassemblées les critiques littéraires le « Bon et Beau », melting pot chatoyant où se côtoient des adresses pour la bouche et d’autres pour les yeux, « Brimborion » une rubrique lifestyle, « Ça c’est Paris » pour des idées de sorties plutôt huppées et, point d’orgue de ce défilement élégant « Photographie » met à l’honneur un artiste différent chaque semaine. Sur la colonne de droite, une citation quotidienne (hier c’était Vaclav Havel, aujourd’hui Albert Camus), une poésie aussi apporte un souffle romanesque dans la page, juste en dessous des concours (actuellement un concours de nouvelles permettra au lauréat de remporter un Kindle, tandis que la compétition de photographie offrira une place dans la newsletter au vainqueur). Ulysse Gosset confie d’ailleurs que tous les ans, un Grand Prix de la nouvelle siglé The Pariser sera organisé, dans le but de révéler de nouveaux auteurs.

Gutenberg 2.0

Le site, qui allie donc un certain classicisme avec une modernité omniprésente (tous les articles sont dotés de l’ensemble des outils de partage social disponibles sur la toile, et le magazine a sa page sur Facebook et son compte sur Twitter) n’est pas destiné à vivre seul, puisqu’une édition papier mensuelle est prévue pour le premier semestre 2012 (les plus optimistes avaient avancé la date de janvier, mais Ulysse Gosset semble plutôt prévoir une sortie pour avril ou mai.). Pourquoi choisir de faire du print, alors que la presse papier traverse une crise sans précédent, peut-on se demander ? Pour Ulysse Gosset, « l’écrit n’est pas mort, et le papier continue d’apporter un plaisir dans le toucher, la maquette, cela fait partie d’un rapport à la lecture qui est différent sur papier. On est quand même modernes […] mais on est un hybride Gutenberg/Internet, et on veut aussi être présents dans les kiosques pour ceux qui n’auraient pas accès à internet ou qui auraient raté des publications web. » Le magazine print, qui sera vendu « entre 3,5€ et 5€, c’est encore en discussion », contiendra les meilleures nouvelles parues sur le site, ainsi que des enquêtes exclusives.
S’il est homme de lettres, Ulysse Gosset ne rechigne pas, pragmatique, à parler du business model du Pariser, celui-ci s’articulera en 4 volets : d’abord, un site qui sera « freemium » dès 2012, avec des contenus réservés aux abonnés, ensuite de la publicité sur le site « élégante, pas de popups ou de bannières agressives, mais plutôt sous forme de parrainage, par exemple, au hasard Balthazar ‘Ce numéro n’aurait pas été possible sans la participation de la marque Untel’  » explique cet Ulysse heureux qui a bien voyagé. Pour compléter, ces deux provenances de revenus, il y aura également des produits dérivés et la publicité dans le print (70% de texte et 30% de pub, l’inverse ou presque du quota de la presse féminine !). L’édition papier sera tirée à 40 000 exemplaires et les fondateurs espèrent en vendre 90%, quant aux objectifs sur la toile, ils visent 10 000 abonnés à la Newsletter et 500 000 à 1 million de VU d’ici un an. Mais Ulysse Gosset tient à rappeler que ces chiffres ne sont pas des impératifs « On ne participe pas à la course au clic avec du sport, des vidéos, du buzz. Notre ambition n’est pas de faire du chiffre mais de faire de la qualité. »
L’enthousiasme d’Ulysse Gosset pour ce projet est contagieux, et selon lui le tout nouveau magazine se serait déjà imposé dans le monde artistique de même qu’il aurait remporté un immédiat « succès d’estime, quand on appelle à l’Elysée ou dans les maisons d’édition, c’est une marque reconnue ». Parmi les soutiens qui n’ont pas tardé à se manifester, l’agence TBWA qui assurera la campagne de communication du magazine pour toute l’année 2012, en commençant par un clip qui devrait voir le jour en février 2012. Passé à l’épreuve du questionnaire de Pivot, il n’y en a quasiment que pour le magazine : son mot préféré « griffon », celui qu’il déteste « audience », le son qu’il aime « les rumeurs de la ville", celui qu’il honnit « les pleurs d’un enfant qui a faim », son juron favori « Je ne jure que par The Pariser  » celui ou celle qu’il ferait figurer sur un nouveau billet de banque « Audrey Hepburn ». Le métier qu’il n’aurait pas voulu faire : « huissier », sa réincarnation idéale «  un ours polaire, ou un aigle des Rocky Mountains », ce qu’il voudrait que Dieu lui dise en arrivant au paradis « Longue vie au Pariser ! ». C’est tout ce qu’on lui souhaite.

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