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Télévision et radio privées de la manne publicitaire des jeux en ligne !

Le 06 Octobre 2009 dans Old fashion media par Philippe Bailly

C’est le gros bug de cette rentrée. Le texte législatif sur l’ouverture de la publicité pour les sites de paris et de jeux en ligne dans sa forme actuelle interdit aux chaînes de les diffuser : au titre de la protection des mineurs.

Les professionnels des médias n’en font pas mystère : ils attendent comme la poire pour la soif les investissements publicitaires que l’ouverture du marché des jeux en ligne devrait générer à partir du début 2010. Le cabinet NPA Conseil évalue ce pactole à quelques 200 à 250 M€ bruts par an au cours des trois prochaines années. Les professionnels suivront donc avec attention le débat qui débutera mercredi après midi devant l’Assemblée Nationale. Un article pourrait pourtant les doucher : l’article 4bis du projet de loi, s’il est voté en l’état, risque de priver chaînes de télévision et stations de radios de la manne attendue. Et il pourrait même leur infliger une sorte de « double peine » en ne leur permettant plus de diffuser les messages des opérateurs historiques (Française des jeux et PMU) comme ils le faisaient traditionnellement.
Tel qu’adopté par la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, le texte qui sera examiné en séance publique stipule en effet à son article 4bis que « toute communication commerciale en faveur d’un opérateur de jeux ou de paris légalement autorisé est (…) interdite totalement ou durant les périodes au cours desquelles sont programmées des émissions destinées aux mineurs sur les services de télévision et de radio, (et qu’une) délibération du Conseil supérieur de l’audiovisuel (en) précise les modalités d’application ».
En l’absence d’une définition claire des « émissions destinées aux mineurs » (qui ne se confondent pas avec les programmes jeunesse), l’application de la jurisprudence du CSA pourrait logiquement limiter la publicité pour les jeux en ligne à la télévision au créneau minuit - cinq heures (c’est à dire dans les plages réservées pour la diffusion des services dits pour adulte[1]) ; et les spots pour les sites de jeux en ligne pourraient même carrément se voir bannis des antennes de radio, puisqu’il n’y existe pas de classification des émissions, selon qu’elles sont destinées ou interdites aux mineurs…

Encadrement ou interdiction

Non contentes d’interdire l’accueil des nouveaux entrants, ces dispositions s’appliqueraient également aux opérateurs historiques, aujourd’hui autorisés à apparaître sur les antennes : au 1er trimestre 2009, les investissements publicitaires de la Française des Jeux et du PMU ont dépassé les 46 M€, en hausse de plus de 30%...
A l’origine, pourtant, le ministre Eric Woerth expliquait lors de son audition devant la commission des Finances le 21 juillet dernier : « les opérateurs légaux auront le droit de faire de la publicité pour leur offre, de manière encadrée. C’est une disposition absolument fondamentale pour lutter contre les sites illégaux, car elle conduira à opposer d’un côté des sites visibles, qui afficheront leur marque sur les supports traditionnels de publicité – radio, télévision, presse, maillots d’équipes, etc. – et, de l’autre, des sites qui devront demeurer dans l’ombre ». Le rapporteur du texte, le député Jean-François Lamour affichait une position proche : « dès lors que les opérateurs légaux remplissent les nombreuses conditions posées, ils doivent pouvoir faire de la publicité, ne serait-ce que pour assécher l’offre illégale. Mais cette possibilité doit être strictement encadré ».
De l’encadrement à l’interdiction, il est à craindre si le texte reste en l’état que le ministre du Budget doive renoncer à utiliser la publicité comme outil de lutte contre les sites illégaux… , que le décollage de l’offre de services de paris en ligne s’en trouve très fortement ralenti, et que l’économie n’y trouve pas la bouffée d’oxygène espérée…

- [1] : recommandation du CSA du 4 juillet 2006 relative à la présentation faite à la télévision d’œuvres cinématographiques ou audiovisuelles, de jeux vidéos et de services téléphoniques, télématiques ou de sites internet qui font l’objet de restrictions aux mineurs : « Les messages publicitaires ou les séquences de parrainage en faveur de services téléphoniques, télématiques ou de sites Internet réservés ou destinés aux adultes ne sont pas diffusés avant minuit et après 5 h du matin ».

A lire aussi sur (http://philippebailly.blog.lemonde.fr/)

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