Taxer Google à la source !
Google est le nouvel ennemi. Les éditeurs de journaux ont pris la tête d’une fronde contre le moteur de recherche. L’accusé ne ferait rien pour financer la création et pis, n’en ferait que peu de cas. Une solution existe, il s’agit de taxer à la base les annonceurs qui prennent de l’espace publicitaire !
Le Web est une métaphore inédite de la quadrature du cercle. L’une des problématiques majeure de ce nouvel environnement s’incarne dans le financement de la création. Avec internet les sources de profils ont glissé pour arroser de nouveaux acteurs, essentiellement les opérateurs de télécommunication et les portails de l’Internet. Un glissement des usages aussi qui ne profite pratiquement pas aux producteurs de contenus - les maisons de disques, les éditeurs de presse ou les producteurs de programmes télévisés ne touchent presque rien de Google ou Yahoo !. Comment faire alors pour tendre un pont financier entre deux mondes qui sans s’ignorer, ne se font vraiment pas de cadeaux ?
La mission voulue par Christine Albanel, puis récupérée par Frédéric Mitterrand, nouveau ministre de la Culture et de la Communication, sur le financement de la création n’a pas d’autre objet que de résoudre cette énième aporie virtuelle. Différentes pistes vont donc être étudiées par les maîtres d’oeuvre, en l’occurrence Patrick Zelnik, producteur et président de Impala, le député Jacques Toubon et Guillaume Cerutti - Jacques Veyrat était initialement prévu pour rejoindre cette troïka, mais sa prise de fonction en tant que président du groupe Louis-Dreyfus l’en a empêché.
L’une des tâches les plus ardues sera donc de réconcilier deux mondes, celui des portails internet et celui des contenus dématérialisés. Or, les divergences de point de vue, pour ne pas dire l’acrimonie qui existe entre par exemple un Google et les éditeurs de presse, semblent tout simplement irréconciliables. C’est là tout l’intérêt d’une étude menée récemment par le cabinet NPA.
Fast Flip

Dans un premier temps, celle-ci montre l’évolution des revenus de Google sur son activité moteur de recherche et la rétribution dont bénéficient les sites partenaires (voir image). L’écart entre les deux ne cesse de s’accroître, démontrant ainsi la ligne stratégique suivie par Google, qui n’est visiblement pas de partager son trésor de guerre avec les producteurs de contenus. D’ailleurs, Google n’a jamais prétendu autre chose, expliquant que son moteur de recherche indexe des sites et leur permet d’augmenter ainsi leur trafic. Un point c’est tout ! Est-ce que ce sera encore le cas avec le projet Fast Flip ? Pas évident, puisque ce dernier permettra une consultation des journaux directement depuis la page Google, sans opérer une redirection vers leurs sites.
Pour l’année en cours, il se murmure que les revenus de Google générés par la publicité pourrait dépasser le milliard d’euros. Une somme dont aucun des acteurs de l’Internet français ne touchera un centime, puisque Google est basé hors des frontières françaises. Une situation qui a priori interdit tout recours à une législation spéciale capable d’endiguer cette évasion des recettes hors de l’hexagone. Sauf que non... D’après NPA, il existe des précédents. Ainsi, l’amendement Le Guen datant de 1998 concernant la loi sur la presse écrite avait été conçu justement pour ponctionner à la source, autrement dit l’annonceur dans le cadre d’opérations de communication en affichage extérieure. Un tel dispositif serait tout à fait applicable dans le cas de Google. Avec toutefois, les conséquences probables, comme la dénonciation de le mise en place d’une nouvelle mesure protectionniste de la part des sociétés étrangères. Ce ne serait certainement pas la première fois que la France se fait épingler dans pareil cas. Et puisque c’est pour la sauvegarde de la presse libre et indépendante ...
