TMP : Nokia s’inquiète et les opérateurs traînent la patte
Chez Nokia, on avoue que le standard DVB-H peine à décoller et que la situation actuelle n’est pas toute rose. Des symptômes qui tendent à corroborer la théorie selon laquelle le pari de la télévision mobile personnelle (TMP), la TV où l’on veut quand on veut, est loin d’être gagné.
Autant se félicitait-on chez Nokia de l’adoption du DVB-H (digital video broadcasting handheld) par la Commission européenne en tant que standard le mois dernier, autant avoue-t-on à présent, non sans embarras, que le décollage escompté se fait désirer. Vendredi, le responsable des services Internet du fabricant finlandais, Niklas Savander, dépeignait à son auditoire la situation comme en proie à une certaine agitation.
En effet, tomber d’accord sur une norme commune constitue certes un pas en avant, notamment du point de vue de la commissaire européenne Viviane Reding qui avait défendu bec et ongles ce précepte. Mais cela ne suffit pas. Favoriser l’essor de la TMP implique de prendre en compte moulte paramètres, à commencer par les préférences des utilisateurs de terminaux portables en guise de supports télévisuels.
C’est encore une fois chez le leader de la vente de mobiles que l’on a récemment constaté avec dépit que dans la bataille qui oppose la diffusion de programmes au téléchargement de contenu, le second l’emporte dans le coeur des clients. Ce qui ne paraît pas complètement dénué de logique dans la mesure où cette tendance à la VOD (vidéo à la demande) se retrouverait déjà dans les salons des téléspectateurs. Dans cet ordre d’idée, on mentionnera volontiers le succès rencontré par l’iPlayer de la BBC, son service de catch-up TV sur PC, et qui permet le streaming sur iPhone et iPod touch en bêta, ou sur la console Wii de Nintendo et peut-être, dans un avenir proche, sur PS3.
La VOD comme frein
En d’autres termes, la VOD ne justifierait pas vraiment le déploiement du système hertzien de broadcast qui permettrait aux mobispectateurs de regarder en masse un même programme diffusé en live avec une excellente qualité d’image, alors que le modèle d’unicast qui fonctionne via les réseaux 3G serait suffisant pour visionner de la vidéo et d’ailleurs largement utilisé dans ce but.
La 3G, les opérateurs y gagnent : ils empochent les frais de transmission de données. Le broadcast, lui, coûte cher, et bien que plusieurs modèles économiques aient été proposés par des acteurs tels que les chaînes de télévision (gratuité avec financement par la publicité, abonnements, dispositif mixte), aucun n’a été officiellement retenu en France, même si la formule de la souscription semble bien partie. Les utilisateurs seraient alors susceptibles de débourser un peu moins de 5 euros pour accéder à un bouquet de chaînes gratuites.
Elisabeth Flury-Hérard, conseillère responsable de la TMP au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) avait indiqué, lors d’une interview donnée fin janvier, que les opérateurs de téléphonie mobile estimaient la 3G complémentaire de la TMP car celle-ci ne couvrirait dans un premier temps que 30% du territoire en 2010, après son démarrage vers Noël.
Pas de cannibalisme, donc, a priori sur la planète TV mobile. Il n’empêche que certains ont l’intention de jouer sur les deux tableaux. Ainsi, Orange, qui fait partie des 36 candidats auditionnés par le CSA entre 10 et le 16 avril, a présenté individuellement ses projets concernant le lancement des chaînes Orange Sports TV et O’TV sur deux des treize canaux libres de la TMP. Rappelons que cette dernière présuppose la nécessité de programmes adaptés, c’est-à-dire courts. Une contrainte qui pourrait ouvrir la voie à un nouveau marché spécialisé dans la production de ce type de contenu, à condition que la TMP se développe à un rythme satisfaisant, et surtout, qu’elle trouve son public.
