TF1 met ses chaînes à l’encan
TF1 innove en mettant aux enchère la distribution de ses chaînes thématiques, sport, information et loisirs. Orange, SFR et Free sont sur les rangs, mais cette affaire pourrait aussi être un préambule à la décision de l’autorité de la concurrence qui va structurer le marché de l’audiovisuel.
C’est Le Figaro en ligne qui a révélé l’information, le groupe TF1 a décidé de lancer un appel d’offres pour ses chaînes payantes. Eurosport, Eurosport 2, LCI et TV Breizh sont concernées par cette opération d’un genre nouveau, TF1 ayant exclu les chaînes qu’elle détient avec le groupe M6. Cet appel d’offres est destiné à toutes les plates-formes de télévision telles que Orange, Free et SFR. Actuellement, c’est CanalSat qui a l’exclusivité de la distribution des chaînes du groupe TF1 - une situation héritée de la fusion des bouquets satellite TPS et CanalSatellite fin 2005. Cet appel d’offre n’est toutefois pas exclusif, car il ne concerne que l’exploitation sur les réseaux ADSL des chaînes. Comme le suggère Paule Gonzales, la journaliste du Figaro, "L’affaire prend un relief particulier en ces temps de bataille juridique autour de la notion d’exclusivité. En effet, l’autorité de la concurrence devrait, d’ici à la fin juillet, rendre un avis sur la question des exclusivités de Canal + et d’Orange en matière de distribution de chaînes. L’issue de l’appel d’offres lancé par TF1 apportera de l’eau au moulin de l’une ou l’autre des parties".
Montrer patte blanche
Le prix plancher de la redevance à l’année a été fixé par la Une autour de 25 millions d’euros pour obtenir la totalité des droits de diffusion. L’ensemble représenté par les chaînes Eurosport est le plus élevé, TF1 en veut 15 millions d’euros au minimum - à 25 millions d’euros, c’est une exclusivité qui devient alors possible pour le lauréat -, alors que les autres chaînes sont vendues entre 1 et 2 millions, sauf Ushuaïa TV qui serait autour de 4 millions d’euros. Orange a certainement tout intérêt à venir dans la course, pour structurer son offre de télévision, avec des marques fortes sur son réseaux ADSL. Néanmoins l’opérateur historique hésiterait, pas loin d’être convaincu que la barre est trop haute, alors même que cette offre lui permettrait de se dédouaner des soupçons d’intégration verticale qui pèse sur lui. Notamment depuis l’affaire Orange Sports, qui avait vu un tribunal de commerce interdire la commercialisation de la chaîne après avoir jugé qu’il s’agissait d’une vente liée, ce qui est interdit en France. SFR a également une carte à jouer sur un plan politique. La filiale de Vivendi pourrait miser gros et ainsi emporter le lot et ainsi, à son tour, faire la preuve de sa bonne volonté en refusant l’image d’un groupe intégré. Quant à Free, il n’a jamais été dans la philosophie du fournisseur d’accès de vouloir payer pour des chaînes. La ligne de conduite adoptée depuis ses débuts consiste à proposer un service de distribution aux éditeurs, et ensuite de répartir les recettes dans un partage.
TF1 ramasse les copies et donnera sa décision fin juin. Quelques jours plus tard, aux alentours du 12 juillet l’autorité de la concurrence se prononcera sur les exclusivités des chaînes liées à Orange ou Canal+. Celui des deux qui n’aura pas démontré suffisamment ses bonnes intentions lors de cet appel d’offres pourrait se faire taper sur les doigts !
