Steve Jobs se paie Google et Adobe
Dans une allocution à l’ensemble des collaborateurs d’Apple réunis, Steve Jobs a évoqué de manière laconique les raisons qui l’ont poussé à exclure Flash de l’iPad. Le patron d’Apple a aussi mis en garde Google, et annoncé l’arrivée d’un iPhone revu et corrigé pour 2010.
Le patron d’Apple est un mec timide. Steve Jobs est aussi un méthodique. Pour éviter les embuches, il prend bien soin de s’appuyer sur des fondamentaux solides et éprouvés. Et quand il décide qu’il est temps d’attaquer, de dégainer contre ses adversaires, c’est avec le sentiment premier d’avoir les bonnes raisons. C’est à peu près ce qui s’est passé lors d’une conversation avec les employés d’Apple qui a suivi la présentation d’iPad.
« Adobe est fainéant », et « Google veut tuer l’iPhone » ! Deux déclarations acerbes lancées par Steve Jobs pour décrire le comportement de ses concurrents directs – deux partenaires également, avec lesquels les relations se seraient largement détériorées depuis quelques mois. Le premier est accusé par le patron d’Apple de ne pas suivre sereinement les orientations logiciel de la firme pour le développement de Flash. Il s’agit d’une technologie très largement utilisée pour diffuser de la vidéo sur le Net. Elle est ainsi le socle de sites comme Dailymotion ou YouTube. Le Flash permet aussi d’obtenir des animations spectaculaires, de réaliser des jeux accessibles directement dans le navigateur, et bien sûr sert à l’affichage des pubs. Et depuis 10 ans que cette technologie existe, son code source n’a jamais été vraiment perfectionné pour les machines à la pomme. Pour Steve Jobs, la raison de ce laisser-aller est tout entier la conséquence d’une mauvaise volonté d’Adobe, qui a tout pour réussir, mais s’y refuse. Adobe avait pour sa part accusé Apple de ne pas lui laisser utiliser des briques logicielles importantes dans son système d’exploitation pour l’optimisation de Flash. En attendant, Apple a bloqué l’utilisation de Flash sur l’iPad, sa tablette magique, comme il l’avait fait sur l’iPhone.
Tuer l’iPhone
Le comportement d’Apple est évidemment critiquable. Le Flash est une composante essentielle de l’internet actuel. Bloquer son accès revient en fait à diminuer largement l’expérience utilisateur. D’un autre côté, Flash est extrêmement gourmand en ressources processeur. Sur une machine Apple, mais aussi sur n’importe quel téléphone mobile, la moindre animation Flash surcharge la machine et donc entraîne une consommation effrénée de la batterie. Devant un tel dilemme, Apple a tranché en évacuant le coupable, on peut regretter que la firme le fasse à la place du consommateur, et ne lui laisse pas le choix a priori.
Le cas Google est bien différent. Apple utilise les services de la firme de Mountain View sur son iPhone. Google Maps remplit parfaitement les critères de qualité d’Apple, à l’inverse d’Adobe. Et l’appel au moteur de recherches Google inclut dans Safari, le navigateur maison d’Apple, est devenu une habitude pour les utilisateurs Mac. Quelle mouche a alors a piqué Steve Jobs ? Toujours devant les salariés réunis, il s’est permis d’accuser Google de vouloir « tuer l’iPhone », pour ensuite affirmer qu’il est hors de question de laisser faire. Fait rarissime, le patron d’Apple s’est d’ailleurs permis d’annoncer que le prochain iPhone serait une mise à jour majeure. La rivalité entre Eric Schmidt et Steve Jobs est donc montée d’un cran, depuis que le Pdg de Google a dû quitter le conseil d’administration de la pomme. Dernière pique symbolique, Steve Jobs s’est moqué du slogan « don’t be evil » de Google, en estimant que c’était « bullshit ». Google avec Android vise certainement le marché de l’iPhone, mais pour l’instant, le public rechigne encore à acheter en masse ce genre de téléphone. Le système d’exploitation conçu par Google réussit plutôt en Asie, sur des appareils vendus peu chers.
Enfin, on ne serait pas tout à fait complet sans évoquer Microsoft, qui à la sortie de la présentation de l’iPad a fustigé la nouvelle création de la pomme, jugée trop fermée. Il est vrai que l’iPad est une sorte de gros iPod Touch, avec une dépendance forte à iTunes et aux serveurs de la pomme pour ce qui est d’avoir accès aux logiciels adaptés, les fameuses App. Mais cela sera l’occasion d’un autre article.
