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Spotify en forte croissance, mais le coût du répertoire plombe encore sa rentabilité

Le 11 Octobre 2011 dans So_cult’ par Philippe Astor
Rich Mills

Spotify a multiplié son chiffre d’affaires par 4,5 en 2010, et les revenus que la start-up tire de l’abonnement à son service de musique en ligne ont été multipliés par plus de six en l’espace d’un an, avec un nombre d’abonnés en croissance de 300 %. Ce qui n’empêche pas la compagnie d’enregistrer une perte après impôts de 26,5 M£ (30,5 M€), en raison de l’explosion de ses dépenses administratives et d’un coût du répertoire élevé.

La publication des résultats de Spotify en 2010 a de quoi surprendre. Alors que la start-up suédoise est sous les feux de la rampe, avec son lancement réussi aux États-Unis et la progression accélérée de sa base d’abonnés, son bilan fait état d’une perte accrue, quand certains analystes prévoyaient qu’elle n’était pas loin d’atteindre l’équiliibre.
Malgré un chiffre d’affaires en croissance exponentielle (+ 458 %), à 63,16 M£ (72,5 M€), contre 11,3 M£ en 2009, la compagnie Spotify Ltd, entité qui regroupe toutes les activités commerciales de Spotify en Europe (Royaume-Uni, France, Suède, Espagne, Norvège, Pays-Bas), enregistre une perte après impôts de 26,54 M£ (30,5 M€) sur l’ensemble de l’année 2010, contre 16,6 M£ en 2009. Son chiffre d’affaires publicitaire s’est élevé à 18 M£ (20,7 M€) sur la période, contre 4,5 M£ en 2009, et à 45 M£ (51,7 M€) pour les abonnements, contre 5,8 M£ l’année précédente.

Un coût du répertoire élevé

Sur le plan opérationnel, les revenus de Spotify ne parviennent toujours pas à recouvrir les coûts du répertoire (sales costs, ou montants reversés aux ayants droit), qui se sont élevés à 64,8 M£ (74,5 M€) en 2010, soit une perte brute de 1,6 M£. Au-delà, avec des coûts de distribution (1,3 M£) et autres dépenses opérationnelles (2,8 M£) qui restent modérés, c’est surtout l’explosion des dépenses administratives (23,7 M£ en 2010, contre 8,1 M£ en 2009), occasionnées pour une bonne part par son développement à l’international, qui vient plomber les résultats de la compagnie sur l’ensemble de l’exercice. A fin 2010, Spotify disposait de 205 employés (dont 32 au Royaume-Uni), contre 82 en 2009, pour un coût total de 8,8 M€, selon le rapport annuel de sa holding Spotify Technology SA au Luxembourg.
Ces résultats de Spotify ont été bouclés alors que la start-up ne comptait que 850 000 abonnés en Europe (soit une progression de 300 % sur un an). Depuis, la compagnie a lancé son service aux États-Unis et a dépassé les 2 millions d’abonnés. Elle en comptait 1,5 million en Europe à la fin du premier semestre 2011, dont 1,2 million à son offre Premium + à 9,99 €/mois et 300 000 à son offre Premium de 4,99 €/mois, soit un chiffre d’affaires mensuel de près de 13,8 M€ (12 M£). Sur l’ensemble de l’année 2011, les revenus que Spotify tire de l’abonnement devraient donc connaître une croissance aussi exponentielle qu’en 2010, et dépasser les 144 M£.

Priorité au développement à l’international

La quête de rentabilité n’est cependant pas l’objectif prioritaire de la compagnie. "Il est crucial que Spotify continue de pénétrer les marchés existants et de nouveaux marchés aussi rapidement que possible, et que l’entreprise continue de bâtir sur le succès qui l’a vue émerger comme un des services de musique sur abonnement qui connaît la croissance la plus forte et la plus rapide", indique dans son rapport annuel la start-up, qui a recruté un ancien dirigeant de Google, Dan Brody, pour préparer son lancement en Asie.
Le rapport annuel 2010 de Spotify Ltd permet de mesurer le poids respectif de ses filiales en Europe, en additionnant le montant des biens et services qu’elles ont achetés à Spotify Ltd (espace publicitaire et abonnements) et les créances encore à valoir sur ces achats à fin 2010. Avec un total de 4,4 M£, l’Espagne talonne de près la Suède (5,5 M£) et vient se classer nettement devant la Norvège (2,5 M£), la France (1,5 M£) arrivant en quatrième position devant les Pays-Bas (434 K£).
Selon les comptes sociaux qu’elle a publiés, la filiale française Spotify SAS a réalisé un chiffre d’affaire de 1,64 M€ en 2010, contre 265 K€ en 2009, et elle a enregistré une perte de 56,2 K€ au cours de cet exercice.

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