Si Mitterrand m’était compté
Frédéric Mitterrand semble jouir d’une liberté d’action et d’humeur qui détone dans les rangs du gouvernement Fillon. Alors même que les véritables enjeux de son mandat de ministre de la Culture et de la Communication requièrent déjà un sérieux et un sens de la discussion qu’on ne lui connaît pas encore.
Il est peu de dire que le règne de Frédéric Mitterrant commence d’une drôle de façon. La rue de Valois n’avait pas connu autant de rebondissements depuis longtemps. Cela avait commencé par l’auto-sacrement à la Napoléon du nouveau ministre en direct au 13 heures de France 2, grillant la politesse de Claude Guéant, obligé d’accélérer la présentation du remaniement ministériel. Sans ralentir la cadence, le neveu de l’ancien président François Mitterrand ne perdait pas une seconde, et défendait devant les sénateurs, mollement et du bout des lèvres, en véritable porte-voix de ses conseillers, le projet de loi Hadopi 2.
Visiblement, ce texte de pure mise en place du processus répressif contre le téléchargement illégal n’emballe guère le créateur qu’il est et reste, en fin de compte. A tel point que, dernière saillie en date, lors de l’audition par la commission des Affaires culturelles, Frédéric Mitterrand a avoué devant les députés présents et le rapporteur Franck Riester, regretter de ne pas être plus piraté et posséder deux accès à internet, au cas où l’un serait fermé pour cause de piratage ! Une déclaration qui fleure bon l’envie de provoquer que cet homme, qui a toujours fait étalage d’une certaine insoumission, n’a pas perdu malgré les cheveux blancs qui s’accumulent...
Cela fait certainement le plaisir des anti-Hadopi, mais c’est surtout un véritable problème politique pour la majorité gouvernementale, d’autant plus que la composition de ce Fillon 3 n’a pas été bien reçue dans les rangs des députés de base de l’UMP. Frédéric Mitterrand est clairement visé, accusé d’être l’ouverture de trop, le caprice d’une présidence qui prend n’importe quel prétexte pour s’afficher dans les livres d’histoire à côté des grands noms de ce pays.
Grace Kelly
Evidemment, pour l’instant, le fou amuse le souverain. Compter un Mitterrand à ses côtés chaque mercredi, qui plus est, un homme de l’art, pourrait s’avérer être une arme de choix, dans toute sorte de calculs politiques ou pour porter le fer contre l’opposition. Il ne faut pas sous-estimer aussi l’influence de la première dame, dont la relation amicale avec Frédéric Mitterrand a certainement pesé sur sa nomination, mais après tout, il faut bien arriver par un moyen, et celui-ci n’est pas pire qu’un autre. Cependant, qu’en sera-t-il de cet idylle naïve entre le Château et la rue de Valois, lorsque les vrais problèmes pointeront à l’horizon ? Et quelle sera la marge de manoeuvre de Frédéric Mitterrand, lorsqu’il sera temps de renégocier avec les intermittents du spectacle le système d’indemnisation chômage, ou de rencontrer les cohortes de représentants des ayant droit pour lancer un nouveau projet de loi sur la répartition des richesses générées par le réseau ? Cette fois, les effets de manche et les mines renfrognées seront inutiles, voire déplacées. Il ne servira à rien d’épater la galerie, il sera temps pour Frédéric Mitterrand de se montrer homme de dialogue, et fin politique maîtrisant ses dossiers sur le bout des doigts, au moins autant que la biographie de Grace Kelly.
