Sarkozy... "Patron" de Canal+
En recevant le 7 septembre à 18h, Jean Bernard Lévy, président de Vivendi et Bertrand Méheut, président de Canal+, le Président de la République leur signifie que l’avenir de leur groupe fait désormais partie de son domaine réservé.
La date du rendez-vous est, en soi, lourde de significations. Au moment où l’Assemblée Nationale examine le projet de loi sur la réforme des retraites, à l’instant où les manifestations hostiles à cette réforme se déroulent dans toute la France et alors que celle-ci est paralysée par les grèves, Nicolas Sarkozy reçoit, très officiellement, Jean Bernard Lévy, président de Vivendi et Bertrand Méheut, président de Canal+.
La taxe Sarkozy
Le fait qu’aucun de ces protagonistes ne révèle très probablement la teneur exacte des propos échangés n’interdit pas de tirer la portée de cette rencontre qui survient le lendemain de celle que le Président de la République avait accordé aux représentants du monde du cinéma. Comme si Nicolas Sarkozy avait voulu se prévaloir de la légitimité du 7ème art pour peser de tout son poids sur l’avenir de Canal+ dont il ne partage pas, c’est un euphémisme, la démarché humoristique. Il ne s’est jamais caché comme ministre des Finances, puis de l’Intérieur de faire part de son aversion pour les Guignols de l’Info, puis plus récemment pour le Petit Journal. Pour tenter d’améliorer les relations de la chaîne cryptée avec les partis politiques de droite, Pierre Lescure, président de Canal+, avait jugé bon de recruter Pierre Charron comme conseiller personnel.
Il faut dire que Canal+ n’a eu de cesse de défendre sa réussite commerciale au prix de nouvelles taxations. En reprenant le portefeuille d’Alain Carignon, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs assujetti Canal à une taxe de 4,5% sur le chiffre d’affaires au profit de la production audiovisuelle qui n’existait pas jusque-là. Il s’en est d’ailleurs vanté devant les professionnels du cinéma, hier...
Le Président de la République a toujours considéré que Canal+ devait expier le péché originel qui a vu François Mitterrand attribuer, à une époque où celles-ci étaient rares, une fréquence gratuite de diffusion sur le réseau national.
Nicolas Sarkozy continue de s’étonner des privilèges fiscaux dont bénéficient Canal+ et Vivendi. Le groupe, à l’instar de nombreuses entreprises internationales, peut déduire de son bénéfice imposable en France, les déficits enregistrés par ses filiales. Cette disposition concerne d’ailleurs moins Canal+ replié sur ses frontières que Vivendi, ce qui justifie la présence de Jean-Bernard Lévy à l’Elysée.
La France pourra donc revenir sur cette exemption, ce qui permettra de compenser en partie le non relèvement de la TVA de 5,5% à 19,6% que le gouvernement voulait imposer à Canal+ sur le prix de ses abonnements. Ce taux réduit a été maintenu moins pour venir en aide à la chaîne que pour lui permettre de maintenir ses investissements en faveur du cinéma qui auraient décliné si le parc des abonnés avait régressé.
Critique de la fusion des chaînes Orange
L’entreprise présidée par Canal+ ne peut donc pas considérer que le chef de l’Etat est quitte à son égard, son hégémonie continuant de poser problème. L’Elysée a d’ailleurs peu apprécié l’opération qui conduit à fusionner les chaînes d’Orange avec celles de Canal+ car elle renforce la domination de Canal+ dans le domaine du cinéma comme du sport.
Peu d’options sont ouvertes au gouvernement pour influer sur les options stratégiques de Canal+. Certains évoquent la modification de l’assiette du COSIP ou la création d’une contribution que les chaînes de la TNT devraient verser à l’Etat en échange du droit d’utiliser leurs fréquences.
L’instauration de nouvelles taxes susciterait une levée de boucliers au sein du 7è art car elles fragiliseraient les sociétés de production, ce qui aurait de lourdes conséquences dans le domaine de l’emploi et donc sur les intermittents du spectacle.
L’audience du 7 septembre n’a donc d’autre but que de signifier aux patrons de Vivendi et Canal+ que le chef de l’Etat considère qu’il a le doit d’exercer, en raison de l’intérêt qu’il porte à la Culture, une tutelle pleine et entière sur l’entreprise.
