Rue89 continue sa révolution dans les kiosques
A l’heure où la presse fait triste mine, les bonnes nouvelles sont rares. Mais Rue89, porté par son succès en ligne, lance, optimiste, un mensuel papier.
Demain, mercredi, Rue89 ne sera plus un pure player. Le site d’information « à trois voix », fondé voici trois ans par une bande d’anciens de Libération, lance sa déclinaison papier, sous forme d’un mensuel petit format. 100 pages tout rond, dont 9 de publicité, qui seront vendues 3,90 euros en kiosque, 34 euros l’année sur abonnement. A deux jours du lancement, lors de la présentation à la presse de l’objet, l’équipe de Rue89 apparaît souriante, optimiste, volontiers blagueuse, et s’il y a de l’angoisse, elle reste fort bien cachée.
Venu du papier, en l’occurrence de la presse quotidienne, Pierre Haski considère que la naissance de ce mensuel n’est guère qu’« une évolution logique. Nous n’avons pas de religion du support. » Jusqu’alors disponible sur le web, plus récemment sur smartphone, et bientôt sur iPad, il s’agit somme toute d’une corde supplémentaire à un arc déjà bien fourni. « En créant Rue89, nous avons fait le choix du numérique, de nouvelles méthodes de création d’information. Maintenant, nous allons offrir à certains articles une deuxième vie, et toucher un autre public avec une expérience de lecture différente. »Pour ce faire, l’équipe peut compter sur une notoriété déjà établie, un public friand du site, et une identité forte dans les contenus proposés. Pour Pascal Riché, le mouvement est à double sens : « Le magazine peut s’appuyer sur la marque, créée par le site, et la présence en kiosque améliorera la visibilité du site. » Le lectorat de rue89.com, plutôt Francilien, masculin, et « middle-aged » (35-49 ans) a ainsi une occasion de s’élargir.
Pas de copié-collé
Aux papiers déjà parus sur le site, réactualisés si besoin, et remaniés pour le magazine, s’ajoutent environ un tiers de contenus inédits, parfois sous des formes différentes : infographies, reportages photos, condensés d’articles sous forme d’« infomix »... « Nous avons essayé de ne pas reproduire les erreurs de nombreux journaux, qui copient-collent les contenus sans les adapter au support », explique Pierre Haski. Fidèle au credo de la « marque » Rue89, l’information partagée, le mensuel inclut des commentaires publiés sur le site et des contributions d’experts. Quant au public déjà fidèle au site, ne risque-t-il pas d’avoir le sentiment de payer pour des articles qu’il a déjà consultés gratuitement ? Pour environ un million et demi de visiteurs uniques par mois, chaque article est lu par une moyenne de 100 000 visiteurs. L’information sur le web se picore, et a tôt fait d’être noyée dans la masse. Le mensuel offre une actualité bien moins pléthorique, et qui a vocation à durer davantage.
Contrairement à Bakchich.info, qui a lancé puis relancé sa version papier pour faire face à ses difficultés pécunières, Rue89 va bien. L’équilibre financier devrait être atteint au quatrième trimestre 2010, et pour la première fois de son histoire, les résultats sont meilleurs que prévus. Dans ce contexte, le mensuel pourrait apporter un coup d’accélérateur, mais certainement pas remettre en question le modèle économique de Rue89. D’abord parce qu’il ne coûte pas très cher à faire. « C’est la recette habituelle de Rue89. Beaucoup d’énergie et de fatigue, peu d’argent », résume Pierre Haski. Le premier numéro, tiré à 87 000 exemplaires, dont 80 000 destinés à la vente fait l’objet d’une campagne de publicité, mais coûte, selon l’équipe, 100 fois moins qu’un lancement de magazine chez Lagardère (si tant est qu’ils en lancent encore). L’objectif est d’en vendre 30 000, le point mort, un peu en deçà de 20 000.
S’il ne fait pas un tabac, ce sera tant pis. Rue89 vit de trois ressources : la publicité, qui représente autour de 60% des revenus ; la conception de sites pour des clients extérieurs, et la formation professionnelle au web, en France et à l’étranger. Avec dans les tuyaux une nouvelle version du site, de ses applications smartphone et une appli iPad, quoi qu’il arrive, le réservoir à idées est encore loin d’être tari.
