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Revenus du numérique : la réalité des chiffres sur le téléchargement de musique

Le 21 Janvier 2010 dans So_cult’ par Philippe Astor

Quels revenus les labels indépendants tirent-ils du téléchargement ? Quel est le différentiel avec ce que perçoivent les majors ? Peut-on parler de distorsion de concurrence ? Une gestion collective du téléchargement permettrait-elle de rétablir un certain équilibre ? Autant de questions soulevées par la mission Zelnik, auxquelles les relevés de vente que nous nous sommes procurés nous permettent de répondre.

David El Sayegh, directeur général du SNEP, conteste dans un e-mail qu’il nous a adressé les chiffres publiés dans nos colonnes sur les revenus que les labels indépendants tirent du téléchargement. "Il y a [dans vos chiffres] une confusion entre la part producteur et distributeur numérique, nous explique-t-il. Grosso modo, tout distributeur numérique touche 60 centimes le titre qu’il soit major, indépendant ou agrégateur. Il est exact que la part d’un petit producteur indépendant, la plupart du temps distribué numériquement par un tiers, est minorée par la quote-part dudit distributeur."

Ainsi donc, nous n’avions pas tort de dire qu’un petit label indépendant – et nous tenions nos informations de sources directes – touche dans le meilleur des cas 0,40 € par titre téléchargé, ou plus exactement 0,42 €.

De fait, une plateforme de téléchargement française comme Virginmega ou Fnacmusic reverse en général 0,60 € de royautés sur un titre vendu 0,99 € TTC, sur lesquels l’agrégateur – le distributeur numérique des labels indépendants (IDOL, WMI ou Believe, par exemple) – prélève sa quote-part de 30 %.

C’est ce qui explique notre différence d’appréciation avec David El Sayegh. Une major, qui ne passe par aucun intermédiaire et assure elle-même sa distribution en ligne, touche pour sa part l’intégralité des royautés reversées. "C’est exactement la même chose pour la distribution physique et cela n’a rien avoir avec le fait d’être indé ou major", nous précise le directeur du SNEP.

Disparités

Dans la réalité, les royautés reversées sur la vente d’un titre vendu 0,99 € TTC en téléchargement ne s’élèvent pas toujours à 0,60 €. Des disparités peuvent survenir, avec les plateformes étrangères, notamment, et en fonction du pays depuis lequel le téléchargement est effectué. Ainsi iTunes, par exemple, est la plateforme qui reverse le plus de royautés (0,71 €/titre pour la France), ce qui tient probablement au taux de TVA très inférieur auquel elle est assujettie au Luxembourg, pays dans lequel elle est immatriculée (de l’ordre de 3 %, contre 19,6 % pour Virginmega ou Fnacmusic en France). Une fois l’agrégateur rétribué, le label perçoit donc exactement 0,49 € par titre.

Lorsque le téléchargement s’effectue depuis les États-Unis, le montant de royautés reversé globalement par iTunes tombe en revanche à 0,41 €/titre (0,54 € au Royaume Uni ; 0,44 € au Canada) et la part du label, une fois celle de l’agrégateur prélevée, à 0,29 €/titre (0,38 € au Royaume Uni ; 0,31 € au Canada).

AmazonMP3 est la plateforme de téléchargement à l’unité étrangère qui reverse le montant de royautés le plus bas, soit 0,55 €/titre, cela quel que soit le pays depuis lequel le téléchargement est effectué. Une fois prélevée la part de l’agrégateur, le label perçoit 0,385 € par titre téléchargé.

Vient enfin le cas particulier d’eMusic, qui propose des formules forfaitaires. L’échantillon que nous avons pu analyser est trop réduit (quelques dizaines de lignes de relevé sur 2500, streaming compris) pour nous permettre de déduire un taux de royautés à l’unité en fonction des différentes formules forfaitaires (forcément moins chères) que propose la plateforme. Les montants globaux reversés sont très inférieurs, de 0,13 €/titre à 0,19 €/titre, pour une part label de 0,09 € à 0,13 €.

D’autres variations peuvent encore survenir dans les revenus qu’un label indépendant distribué sur Internet par un agrégateur est susceptible de percevoir du téléchargement à l’unité. Les agrégateurs américains, par exemple, paient parfois les labels français en dollars, et il faut alors tenir compte des effets de change et du coût de ce change, que les banques facturent.

Gestion collective ?

Quelles conclusions en tirer ? D’abord, qu’il n’y a pas à proprement parler de distorsion de concurrence entre les majors et les indés sur le marché du téléchargement. L’option existe d’ailleurs, pour les labels indépendants, de se passer des services d’un agrégateur traditionnel, et d’opter pour un référencement sur les plateformes de téléchargement via des intermédiaires comme Tunecore aux Etats-Unis, Zimbalan en France, et bien d’autres encore, pour un coût forfaitaire par album ou par titre, qui permet de percevoir ensuite la totalité ou presque (90 % dans le cas de Zimbalan) des royautés reversées.

Ensuite, qu’une gestion collective des revenus du téléchargement, comme celle proposée par la mission Zelnik, ne changerait pas grand chose à la donne. Les agrégateurs se verraient menacés dans leur rôle d’intermédiaire, or celui-ci ne se limite pas à la mise à disposition des catalogues, mais s’étend à la promotion et au marketing des labels distribués, ainsi qu’au développement de nombreux outils (reporting, widgets, boutiques de vente directe et sites Web clés en main, etc.) à destination des labels.

Les sociétés de gestion collective, qui se substitueraient à eux dans la relation avec les plateformes de téléchargement, n’ont pas cette vocation, ni les ressources nécessaires. La SPPF, qui regroupe la majorité des labels indépendants français, a bien soutenu et financé en partie la numérisation du catalogue de ses membres il y a quelques années, mais en faisant appel à un prestataire technique extérieur devenu aujourd’hui un agrégateur à part entière (WMI).

Son rôle fut également, dans certains cas, de signer des accords cadre avec les plateformes de téléchargement, afin que chacun de ses membres soit traité sur un pied d’égalité. Mais il n’a pas vraiment vocation à s’étendre au-delà dans ce domaine.

Reste la question de la marge que réalisent les plateformes de téléchargement. Une fois payés la TVA, les droits d’auteur et les frais de transaction bancaire, cette dernière est bien maigre. La question de la viabilité à long terme du modèle économique des pure players de la vente de musique en ligne se pose. Mais c’est aussi une question de volume, et plus ces derniers augmentent, avec toujours des taux de croissance à deux chiffres, moins elle se pose.

En outre, les indépendants seraient les premiers à souffrir d’une baisse générale des taux de royautés reversés.

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12 Commentaires

  1. Sand le 21 janvier 2010

    Ce n’est pas possible que les indépendants réalisent une plateforme de téléchargement rien qu’à eux, avec une monnaie par exemple " nouvelle mondiale numérique " équivalente au dollard et l’euro côtés en bourse chaque jour qui serait ensuite mensuellement échangée et redistribuée dans la monnaie initiale par " la banque de changes des indépendants " leur trésorerie ?



  2. Sylvain le 21 janvier 2010

    De nombreux labels indépendants ne passent pas par un intégrateur. Quand iTunes represente 70% ou plus des revenus des distributeurs, vaut mieux traiter en direct et en exclusif



  3. Sand le 21 janvier 2010

    @Sylvain : " je vois là la voie de la sagesse mais je n’entends pas là la voix d’un seul traité qui n’en fait l’exclusivité dont vous parlez ! "



  4. Philippe Astor le 21 janvier 2010

    @Sand, sur quelle planète vivez-vous, Vénus, Orion ? :-)



  5. Philippe Astor le 21 janvier 2010

    @Sylvain, certainement, mais est-ce si facile d’obtenir un interlocuteur chez iTunes lorsqu’on est un petit label indé ? Faut-il prendre en charge la numérisation de son catalogue ? Et quel poids pèse-t-on pour négocier des mises en avant ? Tout cela a un prix...



  6. Paul Bessone le 21 janvier 2010

    Lorsqu’un label indépendant basé en Europe souhaite passer en direct avec iTunes,il est quasi-systématiquement aiguillé vers un agrégateur. Par ailleurs, une autre réalité, lorsqu’un label reçoit 0,09 € pour un titre en streaming et qu’il doit indiquer cette exploitation à 4 artistes qui bénéficient chacun de x% de redevance -x% d’abattement... cela devient vraiment chaud... Si on s’arrête là, on pourrait plus facilement comprendre la gestion collective. Mais il ne faut pas s’arrêter là ! Les modèles économiques basés sur une « massification » et/ou la vente/diffusion en gros et/ou la gestion ultra-collective obligée ne peuvent pas convenir à tous... il semble plus pertinent et sage, pour un label, de développer tranquillement mais sûrement son offre / sa mise à disposition, temporaire ou non, à ses conditions (y compris avec des prix planchés qu’il fixe)... plutôt que d’accepter « l’inadapté » ou « l’ingérable ». Une gestion collective de micro-miettes développée à outrance pour faciliter la vie des « revendeurs / utilisateurs » contribuera par ailleurs à accentuer une dévalorisation de la musique. Internet permet de construire, assez simplement et de manière quasi-autonome, une relation directe avec ceux qui le souhaitent. Il serait regrettable d’être obligé de travailler avec tout le monde à des conditions finalement destructrices.



  7. Musicalement le 22 janvier 2010

    Stop, les amis.

    Aprés plus de 10 ans de palabres, il serait enfin souhaitable d’ouvrir les yeux à défaut des oreilles, comble pour des "pro-de-la-zique”

    Le langage musical est universel. Les outils de productions redoutables sont accessibles à tous.(fini le quatre pistes qui prends 100m2 et 10 ingénieurs pour enregistrer The Beatles.)

    Les indés et les majors sont incapables d’apporter des valeurs ajoutées et sont restés la tête dans le guidon tout en accusant à la terre entière. Résultat : The big bordel.

    Formats multiples, protections incompatibles, sécurités inopérantes,… (Liste trop longue) bref, pénaliser la bonne foi et encourager ce que vous appelez le piratage. Où est l’Universalité du sens musical ?

    Alors, continuez, encouragez-nous de vous zapper un peu plus, sortez vos bazookas, faite votre chasse aux sorcières, implorez vos Dieux, refusez le progrès, vous n’êtes plus des ayants droits, vous êtes des ayants torts.

    J’aurais souhaité vous apporter des vrais solutions,avec du gagnant-gagnant pour tous, mais ce n’est pas possible, car vous ne savez pas partager et vous n’êtes que des pions d’un système en débâcle.

    Arrêtez de sortir vos calculettes pour additionner des centimes virtuels, alors que vous êtes capables de passer à côté d’une montagne de millions réels.

    Le ton est dur, oui, mais comprenez que vos petits soucis sont aujourd’hui d’une futilité ridicule et qu’il venu l’heure de passer à d’autres priorités.

    Faites votre Midem, sortez votre tapis rouge, montez les marches que vous voulez, mais de grâce faite vous petit si vous n’avez point innovation autre qu’un combat d’arrière-arrière-arrière garde.

    Merci de ne pas répondre.

    Musicalement.



  8. Musicalement le 22 janvier 2010

    PS :

    http://www.box.net/shared/xlgekg7b6v#

    Voici un téléchargement libre qui montre le potentiel des jeunes, aujourd’hui.(fait maison)

    L’art est Libre, la bêtise est payante.



  9. Valoche le 22 janvier 2010

    Quand Zimbalam explique reverser 63 centimes par titre APRES avoir pris leur commission, où est le loup ?

    Un petit gars tout seul toucherait plus qu’un petit label indé ?



  10. Jean le 24 janvier 2010

    En français on ne dit pas royautés, anglicisme sans aucun sens juridique dans notre langue, mais redevances. Elles s’expriment généralement en pourcentage. Par exemple, un artiste recevra, versée par son producteur sur le produit des ventes d’albums, une redevance de 8 % du prix de gros HT. Comme présenté dans cet article on semble avoir affaire des sommes fixes, sans doute pour qu’il soit plus facile de s’imaginer la chose, un pourcentage étant moins parlant qu’un chiffre à balancer avec le prix de vente au consommateur. Mon commentaire, bien sûr n’enlève rien au fond de ce billet mais il serait bon d’utiliser la terminologie correcte.



  11.  le 26 janvier 2010

    Même si certains aggrégateurs ont maintenant une taille non négligeable, notamment Believe qui se rapproche de plus en plus du niveau de vente des majors sur certaines plateformes (les majors qui marchent le moins, il faut préciser), un grand nombre d’indépendants ont des contrats en direct avec des sites comme Virgin ou la Fnac. On doit parler de 70 à 80 labels signés en direct.

    Evidemment, un micro label qui a 2 albums va avoir des difficultés à signer, mettre en place un contrat, un flux de livraisons de contenus, un système de reporting et de paiement, il faut un minimum de volume. Envoyer par la poste une enveloppe timbrée avec un chèque de 1,20 € tous les 2 mois, ça n’a pas de sens.

    Mais tous les labels ayant une taille correcte sont en direct, que ce soit des labels français importants comme Wagram, Because, Naive, ou étrangers comme Pias, Warp, Domino, Ministry of Sound. Mais aussi de nombreux plus petites structures.

    Et tous ces labels touchent dans les 60cts par titre. C’est ça la règle, les aggrégateurs restent encore l’exception et sont minoritaires...



  12. Flo le 27 décembre 2010

    Il, existe la plateforme des indépendants par excellence aujourd’hui... il s’agit de la plateforme de la cd1d (Fédération de labels indépendants) avec + de 200 labels indés :http://cd1d.com/fr



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