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Répression du piratage : l’étau se resserre !

Le 11 Mars 2008 dans So_cult’ par Emmanuel Torregano

La commission chargée de statuer sur les prestataires techniques à l’Internet se réunit aujourd’hui. En jeu, une série de mesures visant à filtrer Internet et aussi à faire barrage aux newsgroups, accusés d’être les principaux vecteurs du piratage sur le Net.

La mission Olivennes a pavé la route à suivre par le législateur. Ce doit être celle de l’intransigeance et de la sévérité, s’il y a lieu. Une doctrine qui devrait bientôt être appliquée aux fournisseurs d’accès à l’Internet. Pour ce faire, une commission a été créée au sein du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), qui est chargée de statuer sur les adaptations à apporter aux textes législatifs pour parer à un nouveau type de délinquance numérique. Il n’est plus question ici d’entraver les échanges de fichiers sur le peer-to-peer, mais de bloquer l’accès aux newsgroups, moteurs spécialisés et services de stockage de données en ligne. Comme le stipule le compte rendu du 28 février que nous nous sommes procuré, "ces différentes applications (newsgroups, moteurs spécialisés, services de stockage, ndlr) sortent du champ traditionnel des services de fourniture d’hébergement et d’accès dans la mesure où leur succès repose largement sur la diffusion auprès du public de fichiers musicaux et audiovisuels non autorisés, de nature à accroître leur audience. Dans ces conditions, le régime de limitation de responsabilité instauré par la Directive e-commerce et transposé dans la LCEN du 21 juin 2004, n’apparaît plus adapté. Une réflexion commune est donc nécessaire, afin d’envisager un régime aménagé ou des dispositions spécifiques pour répondre à cette situation".

"Free, premier pirate de France"

Petite revue de détails des avancées de cette commission, en avant-première.
Cette commission marque un changement de cap majeur dans la guerre que mènent les ayants droit contre le piratage, qui, cette fois, implique directement les fournisseurs d’accès à l’Internet (FAI). Jusqu’à présent, le statut de ces derniers leur permettait d’éviter d’être accusés de complicité dans la grande foire aux fichiers pirates sur le Net. La responsabilité d’un Free, d’un Orange, ou d’un Neuf n’est pas engagée dans les affaires de piratage, toute la responsabilité retombe sur les internautes susceptibles de distribuer sur le réseau des oeuvres piratées. La loi protège les FAI, suivant ainsi le bon vieux code des postes et télécommunications, qui affirme que le contenu des lettres n’est pas du ressort du postier.
Cette antienne est aujourd’hui mise à mal par les représentants des industries de la culture. Et cette remise en cause du rôle des FAI s’appuie sur une instruction détaillée des différents services disponibles sur la toile.
La commission "prestataires techniques de l’Internet" a analysé ainsi comment un prestataire comme Free, par exemple, ouvrait à ses clients les portes des newsgroups Usenet. Il s’agit de chambres virtuelles dans lesquelles les internautes inscrits peuvent s’échanger des informations ou des fichiers. Selon les représentants des ayants droit, ces "espaces virtuels" sont de vrais nids à pirates. Or la commission note qu’en France, seul Free propose un accès gratuit aux newsgroups, alors qu’il est normalement payant, si l’on tente de s’y connecter depuis un compte ouvert chez un autre FAI. Le bénéfice pour l’internaute client chez Free est sans ambiguïté, comme le souligne la commission : "Par rapport aux réseaux de peer-to-peer, Usenet est moins convivial mais beaucoup plus efficace en raison de la réduction considérable du temps de téléchargement". C’est télécharger plus, pour moins de temps d’attente !

Inflation de procédures en perspective

L’opérateur Free reste évidemment largement dans le collimateur des membres de la commission. Il a ainsi été rappelé lors de la réunion du 28 février dernier que Free avait été accusé d’être le premier pirate de France ! Une déclaration qui avait poussé l’opérateur à porter plainte pour diffamation à l’époque. Mieux, alors que Free se défend de vouloir participer à la propagation des oeuvres piratées sur ses réseaux, plusieurs représentants des artistes ont indiqué "que les choix d’architecture réseau en cause résultaient d’une politique commerciale de la part du fournisseur d’accès. La vitesse de téléchargement sur le réseau Usenet dont l’accès est offert par Free est en effet une composante essentielle de l’offre proposée aux abonnés".
Cependant, les membres de la commission ne se sont pas érigés en tribunal. L’opérateur Free n’est pas accusé, et d’ailleurs, plusieurs intervenants au sein de la commission ont fait valoir l’argument selon lequel une fermeture de l’accès aux newsgroups depuis le réseau Free n’aurait qu’un effet limité. L’offre de fichiers sur Usenet est trop alléchante, et il suffit pour en profiter de s’abonner directement à l’un d’eux. Les prestations sont encore meilleures dans ce cas, avec une bande passante supérieure et une durée de conservation des données de quatre-vingt-dix jours contre dix sur les serveurs Free.
Un éventail de solutions a été retenu dans la discussion. Parmi celles-ci, le filtrage à la source des échanges, avec une surveillance et une coupure des "uploads" de fichiers pirates. Enfin, pour lutter contre les newsgroups, la commission semble privilégier des actions en justice ciblant les services pris en infraction à la loi. De quoi craindre dans les prochains mois une inflation des procédures en justice à l’encontre des internautes.

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4 Commentaires

  1. Mihai Crasneanu • http://www.mihai.frle 12 mars 2008

    Très bonne note et très bon point.C’est tout de même paradoxal que personne n’ait réagi jusqu’à présent à ces grandes portes ouvertes vers les outils de piraterie massive, qui rendent la chose si facile, rapide et même plaisante. Pure hypocrisie, car tout le monde le sait. C’est toujours l’histoire de l’oeuf et de la poule : réprimer d’abord ou proposer des offres légales attractives, riches et utilisables ? Les deux mon capitaine. L’effet retro-alimentation est important : moins de piratage poussera les gens à consommer plus, ce qui embellira un peu les chiffres un peu moroses de la VOD et donnera un petit remontant bien nécessaire aux ayants-droits et aux opérateurs des services à enrichir leur offre et à le rendre plus utilisable. Mais sans aucune restriction sur le terrain du piratage on n’ira nulle part. C’est beaucoup trop commode de tout télécharger dans ce grand supermarché gratuit pour se dire qu’il faut payer pour 2h de film et pour le confort de le voir chez soi immédiatement.



  2. Rico le 12 mars 2008

    C’est inadmissible les grandes major, les chanteurs et autres acteurs de cinéma gagnent des millions tous les ans et nous vendent des supports pour visionner ou écouter leurs "oeuvres" a des prix exorbitants ; la nouvelle génération ne sait même pas qu’il faut payer pour écouter de la musique ce n’est plus dans leur cultutre et internet est un média international ce genre de procès n’a ni queue ni tête et de toute façon les gens de ces industrie devrait plutôt utiliser leur energie et leur créativité pour trouver de nouveau mode de consommation plutôt que de faire porter une nouvelle fois le chapeau aux utilisateur alors que leur système est voué à disparaitre.



  3. hervé rony le 12 mars 2008

    Bonjour Emmanuel

    Très bonne chance pour électron libre.

    Concernant l’attitude des FAI, je partage évidemment les commentaires selon lesquels il est bien trop commode pour eux de conntester toute mesure de blocage de l’accès en renvoyant les ayants droit à l’obligation de poursuivre des millions d’internautes. Ceci étant la mise en place des mesures d’avertissements préconisées par la Mission Olivennes est un objectif de court terme, le filtrage est lui, un objectif de moyen. Terme.



  4. Philippe Astor • http://www.digitaljukebox.frle 13 mars 2008

    Bonjour Mihai, bonjour Hervé,Bien sûr, vous avez raison, ni UseNext (newsgroups), ni Rapidshare, ni Pirate Bay ne jouent franc jeu. En même temps, en s’appuyant sur tous les usages qu’ils agrègent, il y a certainement quantité de nouveaux modèles ou services à imaginer, de l’innovation à tester, des accords à négocier, des paris à faire sur l’avenir, des risques à prendre mais aussi des marchés à créer, et du business. Mais tout dépend de la bonne volonté des uns (les ayant-droit) et des autres (les francs tireurs d’Internet), de leur envie de coopérer, qui n’est manifestement pas au rendez-vous. C’est novlangue contre mauvaise fois.Du coup, la solution de facilité est de responsabiliser un tiers, qui n’est pas seulement un consommateur, mais aussi un citoyen, à qui on impose tout à coup un modèle de société de l’information assez définitif, qui va jusqu’à mettre en branle des dispositifs de flicage et de filtrage, en ne considérant que le seul critère de la sauvegarde du copyright. Il est à prendre en compte mais il est loin d’être le seul. C’est un peu fermé, comme angle de réflexion, pour justifier un tel attelage, vous ne trouvez pas ?VODMihai, on peut aussi se féliciter du succès de la VOD et de l’IPTV en France (cf. http://www.siliconrepublic.com/news..., et http://www.advanced-television.com/...), et du nombre de Français qui privilégient ces moyens d’accès aux oeuvres.Hervé,Si je résume : réponse graduée, filtrage d’Internet, responsabilisation des FAI, extension de la redevance pour copie privée aux mobiles, de la durée des droits voisins, crédits d’impôts élargis, fonds de soutien réabondés, création des SOFIMU... Ca va ? Vous êtes blindés ? ;-)



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