Que vous soyez vieux ou jeunes, l’information gratuite vous sera comptée différemment
Prévue par les Etats généraux de la presse, l’opération "mon journal offert" vient d’être lancée par le ministre de la Culture et de l’Information. Une opération de communication va l’accompagner à partir du 30 octobre. L’Etat va investir 5 milllions d’euros cette année pour relancer l’envie de lire la presse chez les jeunes.
Il y a quelque chose d’obscène. Ce matin lors d’une conférence de presse prévue de longue date, le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand a présenté l’une des mesures phares du plan de sauvetage de la presse, arrêté depuis les Etats généraux du secteur. Voulues par le Président de la République, ces mesures ont pour objectif de compenser par l’injection massive de fonds publics la chute des ventes des titres de la presse. Faut-il mieux en rire ? L’une des mesures phares de ce plan consiste à proposer des abonnements subventionnés aux jeunes adultes ! La destruction de valeur est à ce point imprimée dans l’esprit des patrons de presse, et dans celui des gouvernants ... « Une année entière d’abonnement pour laisser le temps de s’installer l’habitude de lecture », voilà la position défendue par Frédéric Mitterrand.
Ce désintérêt pour le papier est d’autant plus sensible chez les jeunes adultes, comme le montrent les études présentées par les services de la rue de Valois : "d’après la dernière étude décennale du Ministère sur les pratiques culturelles des Français (2008), il apparaît que la lecture recule auprès de l’ensemble de la population. 73 % déclaraient lire un quotidien payant en 1997, ils sont 69% en 2008. Ce mouvement s’amplifie auprès des plus jeunes. 20% des 15-24 ans déclaraient lire un quotidien en 1997. Ils ne sont plus que 10% en 2007". Il faut remettre les jeunes à la lecture. Pour cela le ministère a débloqué 5 millions d’euros pour venir en "soutien de l’abonnement gratuit", en plus des 15 millions consentis par le Fonds de modernisation. Les éditeurs de presse ne se sont pas faits priés pour participer à cette grande foire à la gratuité. Soixante titres de la presse nationale, mais aussi locale sont associés à cette opération "mon journal offert". Certainement pour les meilleurs de ces titres, l’occasion de rentabiliser ce surcroît de diffusion par de nouvelles rentrées publicitaires, au frais de l’Etat.
Prosélitisme
Le papier va circuler dans plus de mains, c’est évident, le ministère a d’ailleurs annoncé que les titres participants à l’opérations avaient déjà reçus 30 000 pré-inscriptions. Pour ce qui est de l’habitude de lecture, sera-t-elle prise ou non par les bénéficiaires de cette opération, il est encore trop tôt pour y répondre. En revanche, on peut s’étonner de l’abattement qui semble s’être emparé de toutes les industries culturelles, dès qu’il est question de vendre un contenu. La contagion a commencé par la musique. La quasi totalité des propositions faîtes par les représentants dans le cadre de la mission Zelnik par la filière adopte une optique de "subventionnement" généralisée. Quant au cinéma, il avait su planifier de longue date son financement, mais avec la bonne idée de ne pas trop tirer sur la ficelle de l’Etat. Et c’est maintenant au tour de la presse de baisser les bras d’emblée, pour aller quémander de l’aide pour sauver ses imprimeries. Car, finalement il n’est pas question d’information là, mais bien d’épargner encore un peu les rouleaux de papiers achetés à prix d’or, et convertis aussitôt en espace rédactionnels et publicitaires.
Le prosélytisme d’Etat s’arrête toutefois à la sortie des grandes imprimeries. La logique du gratuit défendu ici n’est pas généralisable à d’autres domaines. Le message introduit par Hadopi est tout le contraire. La difficulté des pure-players de l’information à se faire entendre aujourd’hui, face aux plaintes assourdissantes des grands groupes de presse illustre le même paradoxe... Autant de contradictions au coeur même de la politique actuelle du gouvernement de François Fillon. Comme souvent, la solution, celle d’une réelle valorisation de la dématérialisation des contenus d’information, viendra de l’extérieur. Dans la musique, Apple a montré que la gratuité n’était pas une fatalité. Dans la vidéo et le cinéma, PlayStation Network, Xbox Live, Vidzone, ou les services des fournisseurs d’accès, et d’autres sont en passe de le démontrer aussi. Les paris restent ouverts sur qui sera le mieux placé pour effectuer cette révolution appliquée à l’information.
