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Affaire Eolas vs Mixbeat : quand les blogueurs font le ménage

Le 08 Février 2011 dans Web 1,2,3 par Christophe Colinet

La divulgation de l’identité et des coordonnées de Maître Eolas sur Twitter par Carl Zéphir, alias Mixbeat, illustre une tendance qui pourrit la blogosphère : le buzz alimentaire.

Tout le monde connaît Maître Eolas. Son blog et son compte Twitter, avec ses quelque 27 000 abonnés, font partie de ces lieux hyperfréquentés du Web français. Réputé au point d’être invité à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, ce blogueur a fait les frais de l’envie de buzzer d’un autre, Carl Zephir, alias Carl de Canada sur son site. Inutile de vous mettre le lien vers son compte Twitter : il a été suspendu après qu’il a révélé, en fin de semaine dernière, l’identité de Maître Eolas.
Comme le raconte très bien la juriste Tris Acatrinei sur son blog, dans un premier billet puis un second, Carl Zéphir a réussi à se faire détester en un seul tweet par toute la "twittosphère" !
Mais, plus grave, il a surtout commis une faute, explique Tris Acatrinei, « au regard du droit civil, parce que maître Eolas a toujours fait très attention à ne pas dévoiler sa vie privée et ses coordonnées et à mon avis pour une raison évidente : dans la déontologie des avocats, il y a une partie du serment qui dit qu’on ne doit pas racoler les clients. Un avocat qui ferait de la pub pour son cabinet peut être sanctionné par le Conseil national du barreau. Ce sont des sanctions qui peuvent être lourdes. Par ailleurs, s’il a une famille, il peut aussi avoir envie de la protéger. »
Il y a donc un préjudice moral et aussi professionnel, insiste-t-elle, « car cela peut avoir des conséquences sur son activité si le Conseil de discipline de l’Ordre estime que Maître Eolas a une responsabilité dans cette divulgation ». Cela dit, si le conseil lui inflige des sanctions disciplinaires, « Maître Eolas pourra se retourner contre Carl Zéphir, intenter une action récursoire, demander des dommages et intérêts sur le fondement du préjudice moral et d’un préjudice professionnel ». Une telle action permettrait à Maître Eolas d’obtenir réparation au civil de son préjudice personnel et se distingue d’une potentielle action au pénal pour non-respect de la vie privée, qui peut mener à une amende et à une peine de prison d’un an maximum.

Blog de Mitterrand

Certes, il y a des précédents de révélation de l’identité de blogueurs anonymes.
On se souvient de l’affaire du journal de François Mitterrand en 2007, ou plus récemment du compte Twitter de Solférinien. Cela dit, il ne s’agissait que de parodies. Ici, c’est un avocat en exercice.
Est-ce uniquement parce qu’il a été reporté comme "spam" auprès de Twitter que le compte de Carl Zéphir a été suspendu ? Pas certain qu’il n’y ait que cela. En tout cas, Carl Zéphir a transgressé une règle de Twitter sur la confidentialité et il n’est pas exclu que ce soit le motif qui explique la durée de sa suspension - qui est normalement courte, entre 24 heures et 48 heures, mais que Twitter a visiblement décidé de prolonger pour des raisons qui restent mystérieuses. Maintenant, est-ce que cette affaire connaîtra des suites judiciaires ? C’est à Maître Eolas lui-même d’en décider.
La procédure est assez simple, explique Tris Acatrinei : « Il suffit de saisir le procureur de la République. L’infraction, le fait délictueux, il est là et le procureur est obligé de mener une enquête, et sur ces questions de vie privée, les juges français font très attention, ils analysent très concrètement les faits ».
Reste une question : pourquoi Carl Zéphir s’est-il amusé à jouer ce jeu ?
Pour Tris Acatrinei, « Carl Zéphir a voulu profiter de la notoriété de cet avocat pour faire parler de lui. La démarche est évidemment intéressée et connue : se greffer sur quelqu’un qui a une plus large notoriété pour soi-même faire son beurre. C’est de l’opportunisme. Derrière, on sait très bien qu’un site internet ou un blog qui génère beaucoup de lecteurs va générer des revenus. Il y a des agences qui sont spécialisées là-dedans. Il existe aujourd’hui des blogueurs qui ne vivent quasiment que de ça ».

Tout à l’égo

Ce grand ménage des blogueurs les renvoie aussi face à leur propre miroir, chacun devant son égo. Une pratique qu’ils affectionnent tout particulièrement. A tel point qu’il n’est pas interdit de penser que les deux protagonistes de cette triste histoire se rejoignent, comme les deux faces d’une même médaille. Maître Eolas devait nécessairement s’attendre, en s’exposant sur la Toile mieux que quiconque, à faire des jaloux - y compris chez ses pairs - et Carl Zéphir, en violant le respect de l’anonymat, à se faire lyncher - y compris pas son propre public. Heureusement pour ces deux-là, l’éphémère étant la règle sur le réseau, dans quelques jours, il n’en restera pas grand chose, si ce n’est une trace diffuse dans la mémoire de ceux qui tiennent la chronique de ce petit univers, où un "buzz" en chasse un autre ; car l’important n’est pas ce que l’on peut en dire, mais ce que tous les membres du réseau commentent dans l’instant. C’est la règle de l’égo sur l’Internet, donner à manger aux autres, et vice-versa. Pour un peu, les défenseurs de Maître Eolas devraient remercier son bourreau !

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10 Commentaires

  1. Tof le 8 février 2011

    Bien que je ne cautionne pas la méthode de mixbeat, ses arguments amenaient à un débat valide.



  2. Docteur Justice le 8 février 2011

    Dans l’histoire, on est même pas sûr que M. Zéphyr aie réellement outté Maître Éolas. Il semble même plus que probable qu’il se soit complètement planté, comme pour 80% des rumeurs qu’il lance sur son blog.

    Dans tous les cas, Maître Éolas préfère se taire, ce qui semble être la meilleure stratégie. Et Mixbeat de jouer la victime, implorant une liberté d’informer dont il semble avoir oublié toute définition.



  3. AlainC le 8 février 2011

    En effet le buzz alimentaire pourrit la blogosphère. Pouvez vous me dire monsieur ou madame, dans quelle mouvance s’inscrit cette article, si ce n’est de se nourrir sur le buzz justement ? C’est vraiment dommage de faire son introduction sur un phénomène effectivement déplorable quand la nature même de l’article en est un exemple frappant. Franchement l’hopital ne fait pas le moine, et cela se voit.

    (ps : il n’est pas mentionné si l’adresse email est publiée lors d’un commentaire. J’espère que ce n’est pas le cas)



  4. Jeremy le 8 février 2011

    Et bien, force est de constater qu’Electron Libre a décidé de surfer sur la tendance et de céder à l’article racontant un buzz-tweetclash assez vain à la manière d’un chauffeur de buzz. Quel déception de voir mon site d’informations préférées tomber dans un écueuil pareil, et de voir Mr Colinet, que je respecte et apprécie beaucoup (je me rappelle encore, à l’instant, et un sourire vient illuminer mon visage, son article courageux, fort, audacieux, quant à la manipulation Wikileaks, oui, ça c’était du journalisme, qui ne risquerait pas de déranger les puissants qui nous ignorent, qui ne pourrait pas gagner un Albert Londres, mais qui a le mérite d’exister, de nous aider, de nous assister dans notre recherche de repères dans un monde mouvant, changeant, plein de manipulations), Mr Colinet se fendre d’un papier alimentaire oui, quand il aurait pu tonner contre l’anonymat des blogueurs ou en tout cas prendre position avec force et pataquès comme Electron Libre nous y a si bien habitué.

    Bonne continuation, en espérant que les vrai Christ et Electron libre soient de retour à ma prochaine et enthousiaste visite.

    Jéréméy.



  5. ldupin le 8 février 2011

    Bonsoir Christophe. Bien lu ta note, qui est assez juste et synthétique dans le posé du dossier, de ses enjeux et rebondissements principaux connus à ce jour. Elle m’a tellement intéressé en fait, et l’affaire qui en est l’objet, que j’ai moi-même développé le sujet sur le blog que je tiens sur l’Atelier des Médias : http://rfi.my/eOVOXo



  6. christophe colinet le 9 février 2011

    Merci Laurent. J’ai lu ta note. Elle enrichit le débat et l’ouvre plus largement.



  7. Cash @ Tango le 11 février 2011

    Zephir est un cloporte qui essaie depuis des années d’obtenir un tout petit peu d’attention médiatique sur sa vacuité, et il le fait invariablement en divulguant des éléments de vie privée, d’identité ou de faits et gestes de personnes un tant soit peu "connues". Le mec collectionne les condamnations, mais il en a fait son fond de commerce, tout est bon à prendre tant que ça lui fait de la pub : ça s’appelle être un parasite, et c’est tellement dans l’air du temps...

    Y a que quand il se fait casser la gueule qu’il devient discret, et pour cause.



  8. GroM le 12 février 2011

    Maître Eolas devait nécessairement s’attendre, en s’exposant sur la Toile mieux que quiconque, à faire des jaloux - y compris chez ses pairs

    Encore eût-il fallu qu’il pût prévoir, en démarrant son blog, que celui-ci deviendrait ce qu’il est devenu. C’est un peu facile de réécrire l’histoire a posteriori.



  9.  le 6 avril 2011

    Maître Eolas,

    Anonyme ! Vous dîtes >>http://lexpansion.lexpress.fr/high-...



  10. macp le 28 avril 2011

    Le problème est que Maître Eolas est tout sauf un inconnu. Il l’est pour le commun des mortels ne connaissant pas qui de droit (du Droit) mais pas pour les médias, ni pour les gouvernants. En divulguant son identité, Mixbeat n’a fait que réintroduire une sorte d’équilibre : la capacité pour tout un chacun d’avoir connaissance d’une personne ne réservant son nom qu’à des fins de lobbying de son petit moi et, au fond, pour des finalités lucratives. Quelqu’un voulant s’adjoindre les services d’Eolas n’ayant qu’à le contacter en privé. Le fait, d’ailleurs, qu’Eolas soit resté tant silencieux porte à questionnement. N’avait-il pas tout à gagner de cette pub supplémentaire, ne peut-il tout simplement pas évoquer le principe de non-racolage parce-qu’il a déjà fait affaire via son blog, en privé... ?

    Que Mixbeat soit une sorte de déversoir à conneries plus ou moins fantasmées n’est pas faux du tout (c’est même le fond de commerce du site) mais je vous trouve forts sévères avec ce mec qui ne porte ombrage, pour tout dire, qu’à des puissants ou des parasites mondains. Il y a bien peu de courageux rédacteurs pour déplorer la manière avec laquelle est traitée la vie privée de la famille trucidée par Xavier Dupont de machinchose (je pense en particulier à un article de Marianne).



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