Quand François Hollande veut jouer à Barack Obama sur Twitter
L’automatisation des retweets par le site toushollande.fr trouble les statistiques et montre surtout une méconnaissance de l’ambassadorship à la Obama dont Hollande semble vouloir s’inspirer.
Au lendemain du débat socialiste, une enquête Opinion Way épluchait les quelques 14.000 messages Twitter générés pour établir un classement en fonction du nombre de citations des candidats. Résultat : Ségolène Royal arrive en tête avec 24 %, suivie par François Hollande (22 %).
On sait maintenant que ce sondage est très contestable en ce qui concerne François Hollande : des messages automatiques générés par toushollande.fr dans une sorte de robotisation des internautes ont été pris en compte.
Surprenant, mais pas nouveau : "C’est une forme d’amassadorship, Barack Obama l’utilise depuis 2008. Aux États-Unis, des marques ou des associations en font usage aussi, parfois contre rémunération. En l’occurrence, avec toushollande.fr c’est par militantisme", explique Jean-Noël Pénichon, directeur des nouvelles technologies de McDonald’s France.
Légalité
La pratique est-elle légale ? "C’est un peu limite", répond Guillaume Dumortier, expert en marketing des réseaux et médias sociaux. Pour ce Français qui a installé son entreprise, BrandFolium, aux États-Unis, dans la Silicon Valley, "les conditions générales d’utilisation de toushollande.fr ne laissent pas le choix à l’utilisateur : il y est dit que son compte va être utilisé pour redistribuer des messages. C’est automatisé. On ne sait pas si l’utilisateur reçoit au préalable un mail lui demandant s’il est d’accord. Enfin, les messages relayés ne sont pas identifiés comme étant le fruit d’un procédé automatique de promotion".
Pour Guillaume Dumortier, cette démarche est aux antipodes de l’ambassadorship : "Pour que ce soit efficace, il faut qu’il y ait approbation et adhésion au message. Quand on parlait du rôle de l’ambassadorship dans la campagne d’Obama, c’était autre chose. Il envoyait un mail personnalisé aux internautes en leur expliquant sa démarche et si l’internaute était d’accord, il cliquait sur le lien en bas du mail pour faire circuler le message d’Obama sur les réseaux sociaux".
Jean-Noël Pénichon va plus loin : « Le phénomène ne fait que commencer en France. Créer des communautés d’ambassadeurs de marques est une chose, mais il faut ensuite viser l’advocacy, c’est-à-dire la capacité à faire de certains de ces ambassadeurs de véritables défenseurs capables de soutenir la marque quand elle est attaquée. Or, dans l’expérience de François Hollande, on peut dire que l’automatisation de la relation avec les ambassadeurs ne s’inscrit pas dans cette logique. En revanche, ça donne une idée de la volonté de ce candidat de s’impliquer dans les réseaux sociaux - notamment Twitter - où se joue, quoi qu’on en dise, une part importante de la campagne présidentielle ».
Retrouvez cet article sur La Nouvelle République.
Lire également Twitter : l’attaque des robots hollandistes sur Slate
