Producteurs, auteurs, haro sur le baudet ministériel
Le ministre de la culture et de la communication n’a pas convaincu lors de son passage au marché de la musique de Cannes. Les producteurs lui reprochent un manque d’engagement, et les auteurs de soutenir les conclusions du rapport Zelnik.
Frédéric Mitterrand a déçu. Le ministre de la culture et de la communication a beau manier la langue comme personne, et susciter l’empathie de son public, avec son bras en écharpe, séquelle d’un accident de scooter, la filière n’a pas été convaincue par son discours lors du Midem. Axé sur les propositions du rapport Zelnik, l’intervention du ministre a manqué de souffle et de détermination selon les producteurs, et contient bien des erreurs pour la Sacem.
Pourtant, les choses avaient été organisées à l’avance. La veille alors que les NRJ Music Award se préparaient dans le palais, les cadors de la musique se sont réunis dans la suite allouée à Pascal Nègre, le président d’Universal Music. Étaient présents, Stéphane Bordoiseau, patron de Wagram, Vincent Frèrebeau, le président de l’UPFI, Jérôme Roger, le directeur général du syndicat et enfin Patrick Zelnik, président de Naïve. Dans une ambiance studieuse et concentrée, tous ces personnages se sont entendus pour faire front, unis, cette fois, si jamais les propositions du ministre n’allaient pas dans le sens voulu.
L’heure venue, le ministre a fait quelques annonces subsidiaires, sans retirer l’essence des propositions du rapport remis par le président de Naïve. Ainsi, un médiateur, en l’occurrence Emmanuel Hoog, a été nommé pour concilier les points de vue très différents qui s’affrontent sur la gestion collective des droits sur Internet. Le fossé est large en effet entre les plateformes d’un côté et les producteurs et les auteurs de l’autre. Mais on peut s’interroger sur la pertinence de cette nomination, alors que les représentants de la filière ont prévu de rencontrer très prochainement le président de la République pour faire valoir leur point de vue. Pour finir sur ce dossier, le ministre a estimé que la mise en place de la gestion collective était une "éventualité", dans un premier temps, avant de revenir sur ce terme à l’occasion d’une question d’un journaliste, pour afficher sa détermination...
100 millions
Concernant la carte jeune numérique, ce pass que les industriels invoquent avec ferveur, le ministre n’a pas été plus précis. Un bureau va être désigné au sein du ministère pour en déterminer exactement le cadre. Frédéric Mitterrand s’est prononcé en faveur d’un carte d’une valeur de 50 euros, soit une aide de l’État de 25 euros par unité. Les labels auraient préféré une déclaration sur les investissements de la puissance publique en la matière ; Le chiffre de 100 millions d’euros aurait été accueilli favorablement... Au contraire, le ministre s’est caché derrière Bercy, et son intraitable ministre de l’économie. Sur le même mode, il a aussi refusé de s’exprimer sur les moyens de financement comme la taxe Google.
Pour finir, Frédéric Mitterrand a rappelé qu’une révision du crédit d’impôt pour les industriels du disque était en chantier, mais sans plus de détails. Voilà qui, une fois de plus, a provoqué l’ire des producteurs, qui attendent une réponse franche du gouvernement sur ce point, vital pour eux.
Fait rare, le ministre s’est aussi mis à dos les représentants des auteurs, compositeurs et éditeurs. Bernard Miyet, le président de la Sacem, a fustigé à son tour les orientations du rapport Zelnik, notamment celles sur la carte jeune, accusée de venir favoriser les plateformes américaines de vente de musique, comme iTunes, ou les services d’abonnement comme Spotify. Bernard Miyet a résumé la situation de cette phrase lapidaire "le rapport Zelnik est une occasion manquée". On pourrait dire la même chose du passage du ministre au Midem de cette année.
