Presstalis : Martin Desprez se désiste, Nathalie Collin remplace Villeneuve (màj)
Le directeur général du groupe Amaury prend la direction de la coopérative des quotidiens au moment où tout le système de distribution français s’effondre comme un château de cartes.
Mise à jour : Juste avant le vote du conseil d’administration Martin Desprez n’a pas souhaité se présenter, et c’est Nathalie Collin, dg de Libération et ancienne patronne d’EMI France, qui a été élue à la tête de la coopérative.
Nathalie Collin remplace aujourd’hui Bernard Villeneuve à la présidence de la Coopérative des quotidiens parisiens. Le conseil de gérance de Presstalis qui se réunit le 8 février va donc élire le directeur délégué du groupe Amaury, éditeur du Parisien et de l’Equipe, à la tête d’une entité qui traverse la crise la plus grave depuis son existence. Ce qui demande une certaine abnégation et un certain goût pour l’aventure. Bernard Villeneuve était parti car il ne croyait plus du tout à l’avenir de la distribution française de la presse. Pour lui, il faut « réinventer un modèle industriel pérenne » car loi Bichet qui a fondé le système français est morte.
Les grands principes de ce texte qui permettaient à n’importe quel journal d’être distribué sur tous les points de vente du territoire sont progressivement partis en lambeaux. Ils ont été vaincus par la réalité économique qui a voulu que les gains de productivité obtenus n’ont jamais pu compenser le poids de la masse salariale et la chute des ventes des quotidiens et, dans une moindre mesure, des magazines.
Comment, dès lors, sauver une entreprise astreinte à des obligations de service public tandis que son chiffre d’affaires régresse année après année ?
Fin 2006, pressentant le danger, Gérald de Roquemaurel, dont les avis sur la question sont de plus en plus écoutés, avait alors, en tant que président d’Hachette, évoqué avec Arnaud Lagardère le choix cornélien devant lequel il se trouvait déjà.
Ou Lagardère continue de rester l’opérateur des NMPP (aujourd’hui Presstalis), mais il va perdre 150 millions d’euros sur les trois prochaines années, ou Lagardère jette l’éponge au risque de se voir reprocher par les autres éditeurs de fuir ses responsabilités. L’histoire risque de démontrer qu’il sera peut-être l’un des derniers éditeurs à rester solidaire malgré lui de cette entreprise car il ne s’investit plus avec autant de conviction.
Concurrence des MLP
Le fait que Lagardère active ait renoncé à percevoir de Presstalis la redevance de 18 millions d’euros que l’entreprise lui versait au titre de sa gestion a beaucoup pesé sur sa démotivation. Le groupe de Levallois a cédé à la pression des éditeurs représentés au conseil de gérance qui ont longtemps considéré que Lagardère privilégiait ses titres au détriment des leurs. Mais il s’est retrouvé, si on force le trait, dans la position de celui qui gère une association à titre bénévole. Une situation préjudiciable lorsque l’on assume la direction générale, la détermination des barèmes et toute la cohérence du système.
Depuis, Presstalis a subi de plus en rudement la concurrence des Messageries Lyonnaises de Presse (MLP) qui propose des tarifs inférieurs de 25%, et des éditeurs ont sauté le pas. Mondadori, troisième groupe de presse français, a confié aux MLP la distribution de Télépoche et Téléstar et si cette messagerie avait été plus efficace que Presstalis, l’intégralité des titres de l’éditeur italien lui aurait été déjà transférée. L’entreprise dirigée par Rémy Pflimlin ne peut pourtant pas miser sur la relative inexpérience de son concurrent qui résoudra un jour les problèmes de réglage et de mise en place des magazines italiens. Ce mouvement de désertion n’est pas prêt de prendre fin.
Loi Bichet
Rolf Heinz, président et gérant de Prisma Presse, deuxième groupe de presse français, est prêt à quitter Presstalis dès qu’on lui démontrera que ses titres seront mieux distribués ailleurs. Ce qui serait déjà le cas s’il s’en occupait lui-même. Fort de l’expérience acquise par Bertelsmann, sa maison-mère, Rolf Heinz sait parfaitement que son groupe est techniquement à même, tout comme Mondadori, de distribuer ses propres titres. Voire un groupe comme Le Figaro. Toutes ces entreprises ont développé une telle gestion des points de vente qu’il leur suffira de donner des consignes aux 150 dépôts pour bénéficier instantanément des mêmes services.
Certes, la loi Bichet n’interdit pas à un éditeur de distribuer ses propres titres et même de s’associer avec un concurrent, mais elle le contraint à le faire dans le cadre d’une coopérative de presse et c’est là que le bât blesse..
La présence au sein d’une coopérative impose de nombreuses astreintes, notamment sur la détermination de la redevance, et elle fait bénéficier tous les concurrents d’une expérience logistique difficilement acquise. La question se pose donc de modifier cet aspect de la loi afin de permettre à des entreprises expérimentées de distribuer des journaux sans qu’elles demandent à bénéficier perpétuellement du soutien de l’Etat.
Une fois ce pas franchi, les MLP vont trouver en face d’eux des concurrents autrement plus performants que Presstalis qui lui feront peut-être regretter l’agressivité commerciale dont ils font preuve aujourd’hui. Il est même probable que la rémunération des diffuseurs de presse qui pourront jouer sur la concurrence grimpe en flèche et atteigne les 30% comme cela est le cas dans les autres pays européens.
Un tel scénario entraînera inéluctablement la disparition de nombreux quotidiens dont les finances ne supporteront pas une nette aggravation du coût de leur distribution. Libération, La Tribune seront concernés, Le Monde sera durement frappé.
Comme l’Etat refusera de reconstituer les fonds propres de Presstalis tant qu’il n’aura pas la garantie que l’entreprise est devenue viable, la situation est pour le moins bloquée. L’arrivée d’un repreneur fiable faciliterait l’engagement de l’Etat, mais il faudrait encore que les éditeurs s’accordent sur sa nomination.
