Pour la Saint Nicolas, Sarkozy accueilli par Google en France !
Le président Sarkozy assistait ce matin à l’inauguration du siège français de Google, à l’invitation de l’ancien CEO du groupe, Eric Schmidt. Entre brosse à reluire, phrases toutes faites et discours électoraux à peine masqués, le chef d’Etat n’a pas vraiment réussi à défendre son bilan sur le numérique. Dans le décor prestigieux de cet ancien hôtel particulier de 10 000m2, il a toutefois fait quelques annonces mais elles ont été reçues avec scepticisme sur les réseaux sociaux et chez les acteurs du numérique français.
L’amériqueuh, l’amériqueuh…
Le président Nicolas Sarkozy, ou devrait-on dire le candidat UMP à sa propre succession, n’était pas là pour faire la guerre à Google, son ennemi d’il y a peu, mais bien pour représenter une France attractive pour les entreprises étrangères ! Quitte pour cela, se mettre à dos tout ce que le Net compte d’entrepreneur du Web, mécontents de voir Nicolas Sarkozy prendre ses aises chez une entreprise étrangère basée en Irlande, et ne payant aucun impôt sur le territoire national, malgré un chiffre d’affaires dépassant le milliard d’euros...
Alors pour faire passer la pilule, le ton fut badin et l’humeur faussement enjouée : « Pourquoi, en tant que président, je viens chez Google ? C’est du lourd ! Ce n’était pas évident. Mais j’admire beaucoup la vitalité américaine, on me l’a suffisament reproché » a ainsi entamé le chef d’Etat. On l’aura compris, pas question donc de remettre sur le tapis la mal-nommée « taxe Google » enterrée pour la seconde fois en juin.
Malgré une petite pique du chef de l’Etat qui n’oublie pas que les revenus de Google en Europe sont drainés par l’Irlande direction les Etats-Unis - où d’ailleurs Google est immatriculé au Delaware, de sorte que personne ne voit jamais la couleur des billets verts-, on sent qu’il s’agit avant tout de souhaiter la bienvenue à ce poids lourd sur le territoire français, et de lancer par la même occasion une œillade sans grande subtilité aux autres grands noms du numérique, notamment ceux implantés au Royaume-Uni (qui a récemment augmenté ses taxes) : « Londres c’est la 7ème ville Française. On va en récupérer des jeunes. Revenez en France. Ici on est friendly business [sic] ». Pas avare d’anglicismes plus ou moins réussis, le président de la République évoque plus tard un « mood » mondial aux contours mal définis.
Silicon Saclay
Et puisque l’heure est à l’entente cordiale, pourquoi ne pas admettre que l’on s’inspire franchement du modèle de développement du numérique outre Atlantique, axé autour de la fameuse Silicon Valley ? Après tout il n’y a « pas honte de dire qu’on prend les idées ailleurs si elles sont bonnes ! ». Et oui, si vous l’ignoriez encore, Nicolas Sarkozy projette de créer sur le plateau de Saclay, un espace privilégié, terreau du numérique en France, en partie grâce aux universités autonomes. Car selon le chef de l’Etat, cette autonomie, dont il reconnaît qu’elle a fait pousser des cris d’orfraie, à des gens certainement moins visionnaires que lui, est une des clés du succès du système américain. « L’essentiel de la recherche doit passer par l’université » souligne-t-il, justifiant en quelques mots une réforme impopulaire dont beaucoup craignent qu’elle crée un accès inégal aux études, et dans la même fournée, la faiblesse des fonds dédiés à l’innovation et à la recherche en France. Pas un mot d’ailleurs sur le fameux « grand emprunt du numérique » de 4,5 milliards d’euros dont on ne sait pas bien où ils ont été placés. Seulement 2 milliards, soit moins de la moitié, ont été jusqu’ici alloués au développement du réseau haut débit.
Mea Culpa. Ou pas.
Probablement conscient des lacunes de son mandat dans le domaine du numérique, Nicolas Sarkozy y a été de son petit mea culpa « je me suis trompé, j’ai pris le risque, avec le mot régulation, de crisper un univers basé sur la partage », s’empressant aussi de reconnaître que l’innovation et le numérique ne sont pas encore rendus aisés en France. De là à dire que c’est la faute de l’Etat, il ne faudrait pas pousser, et ça tombe bien, il a un bouc émissaire tout prêt sous la main « c’est un problème de développer son entreprise, car les banques sont frileuses, et l’accès au crédit est réduit ». La responsabilité viendrait donc des établissements bancaires et la solution serait une facilitation du crédit et que les grands groupes participent à l’épanouissement des moyens et petits. Autres particularité embarrassante de l’hexagone selon son dirigeant « face à la réussite on dit ‘il a menti’, ‘il a volé’ ».
La réussite, la plupart des membres du Conseil national du numérique connaissent : « on ne fait rien sans en avoir parlé au Conseil National du Numérique. Son avis, pas son accord » ! Une précision importante qui a son importance, notamment concernant l’aide aux Jeunes Entreprises Innovantes… D’ailleurs quand on lui demande aussi ce qu’il va faire pour aider le e-commerce en France, le président ne se démonte pas « rien, ça se développe tout seul […] le commerce électronique ne doit pas tuer le commerce physique ».
Réguler la liberté
Fier de son invention, il n’hésite pas à la porter aux nues, évoquant la possibilité d’un Conseil du Numérique européen, voire mondial. Mondial le CNN ? Oui car, comme l’a pertinemment rappelé le président « Le Web est mondial, le Web n’a pas de frontières. […] Une règle nationale n’a pas de sens sur Internet ». Il faudrait donc une instance internationale de dialogue entre dirigeants et acteurs du web, et ce afin de ne pas « laisser pervertir le web » si l’on en croit Nicolas Sarkozy, qui en a profité pour ressortir l’exemple cher à son cœur de la pédopornographie.
Pas effrayé par les paradoxes, il a ensuite lancé, lyrique qu’« une liberté sans un minimum de règle n’est pas une liberté » et que « la liberté quand elle commence, elle ne s’arrête pas ». Il faut donc une régulation qui ne dit pas son nom (pas question de créer des crispations) mais pas de censure ou de contrôle « la censure du web est la pire chose qui puisse arriver. […] c’est un très mauvais signe de vouloir contrôler le net » assène ainsi notre bon président, sous le mandat duquel sont passées les lois Loppsi, Dadvsi et Hadopi.
Pour s’assurer que les règles fonctionnent, le président propose par ailleurs de les tester avant de les soumettre au parlement, ce qui reviendrait à procéder à l’opposé du processus législatif actuel. Et quand il évoque le printemps arabe et le rôle du numérique, arguant que « le web est un instrument de démocratie », il n’est évidemment jamais question de l’épineux problème des systèmes de surveillance vendus par la France à des régimes autoritaires.
Pendant cette heure de discussions, le président Sarkozy a également parlé du projet Open Data et félicité Google pour sa transparence, avançant que les secrets d’Etat étaient désormais impossibles. Des déclarations qui font doucement sourire au regard des pratiques fiscales nébuleuses du moteur de recherche et du nombre d’affaires qui ont atteint les plus hauts échelons de l’Etat ces derniers mois.
Lorsqu’il a brièvement été question de la Culture, le chef d’Etat y a fait référence comme étant un produit de première nécessité, au même titre que l’eau ou la nourriture. Mais il a aussi été question des retraites, de la parité ou de la taxe Tobin, des sujets qui n’avaient pas nécessairement leur place dans le discours de celui qui n’a pas encore présenté sa candidature.
En somme, beaucoup de bruit pour pas grand-chose, puisque Google ne devrait créer que 450 emplois en tout et continuera de ne pas payer d’impôts à l’Etat français, alors que de son côté le président Nicolas Sarkozy n’a jamais fait de son mandat celui des enjeux du numérique, pour remédier aux difficultés des français dans ce domaine. Et peu importe puisqu’Eric Schmidt termine la discussion sur « vous êtes un très grand dirigeant de la France mais aussi du monde ». Rien que ça...
On termine avec un petit florilège des tweets qui ont été postés sur l’évènement, avec les Hashtag #googleparis...









