Pokémon : l’histoire d’un phénomène qui dure
Douze ans et pas une ride, des yeux quelque peu cernés, tout au plus, voilà dressé le portrait de la Pokémania aujourd’hui. Quel est le secret des Pokémon (contraction de “Pocket Monsters”), ces petites créatures qui sont parvenues à conquérir le monde si vite, alors que Minus et Cortex en sont encore à leur énième tentative ?
Nés au pays du soleil levant en tant que protagonistes de deux jeux vidéo pour Game Boy développés par les studios Game Freak, Creatures et Nintendo, et intitulés Pocket Monsters Green et Pocket Monsters Red, c’est d’abord par le bouche à oreille que s’est construite leur popularité fulgurante. En l’espace de sept mois, les ventes de jeux ont passé la barre du million d’exemplaires. Il faut dire que le principe a su plaire aux Japonais, petits et grands : devenir le meilleur maître Pokémon du monde suppose au préalable de les attraper, de les entraîner et de combattre pour s’imposer. Tout un programme ! Le jeu ne compte pas moins de 151 petits monstres au départ.
Le concept, porteur de valeurs fondamentales, séduit par ses dimensions éducative et sociale. Il s’agit en fait de mener à bien un projet et de manager une équipe tout en faisant preuve de respect et de persévérance. Le joueur se trouve responsable de l’évolution de ses Pokémon, qui s’élèvent comme des enfants, et se collectionnent et s’échangent comme des timbres. Loin d’être isolé, il peut se mesurer à d’autres dresseurs dans le cadre de compétitions par consoles interposées. Culte de la réussite, couronnement de l’effort, les ingrédients d’une success story à l’américaine sont réunis.
Une avalanche de produits dérivés
En 1998, après avoir décliné les Pokémon en cartes à jouer et en une série télévisée qui a battu des records d’audience, The Pokémon Company - holding qui regroupe désormais les trois créateurs du jeu initial - ouvre plusieurs boutiques appelées Pokémon Centers au Japon, puis prend d’assaut les Etats-Unis avec sa mascotte Pikachu. La promotion menée tambour battant a porté ses fruits. Les Américains sont conquis.
Un an plus tard, le jeu vidéo débarque en Europe avec les versions Red et Blue. La déferlante ne perd en rien de sa vigueur, et partout on s’arrache les licences qui engendreront au final plus de 1 500 produits dérivés : livres, fournitures de bureau, jouets, vêtements, linge de lit, ainsi qu’une myriade d’autres contribuent à matérialiser et à faire perdurer l’engouement que suscitent les petites créatures. Voitures, cars de ramassage scolaire et avions sont décorés aux couleurs des Pokémon, des parcs d’attraction ouvrent leurs portes au Japon, une ribambelle d’événements - parmi lesquels nombre de tournois internationaux - sont organisés, des films voient le jour, rien n’échappe à ce phénomène à la portée fantastique qui rencontre encore un succès certain de nos jours.
La création de nouveaux Pokémon et l’adaptation locale comme moteurs
Selon Nintendo US, la marque resterait forte dans de nombreux pays, particulièrement au Japon, aux Etats-Unis et dans une grande partie de l’Europe. Ils expliquent que l’aventure se poursuit parce qu’à la base, les développeurs ont mis un point d’honneur à “créer des produits de grande qualité qui soient amusants et innovants, tout en restant fidèles à l’univers Pokémon et aux concepts clés de la marque”. Ils ajoutent en outre que “créer de nouveaux personnages est essentiel si l’on veut redonner du pep à la marque”. Le lancement de Pokémon Diamond et Pokémon Pearl, qui a eu lieu il y a deux ans, en est le parfait exemple, dans la mesure où il s’est accompagné de l’introduction de plus d’une centaine de nouveaux petits monstres. En somme, à chaque version son lot de nouvelles têtes. Une recette qui marche : depuis février 1996, il s’est vendu 175 millions de jeux vidéo à travers le monde, et en septembre dernier, la licence Pokémon réalisait un chiffre d’affaires global d’environ 25 milliards de dollars tous produits confondus ! La question est de savoir combien de temps l’entreprise pourra capitaliser sur l’existant en rebondissant grâce à de nouveaux personnages avant que la folie Pokémon ne s’essouffle pour de bon. Elle avait déjà connu un moment de flottement en 2002, période comparativement pauvre en lancements.
Pour l’instant, la marque dont la présence géographique varie en fonction des produits - les Trading Card Games sont disponibles dans 40 pays alors que la série animée est diffusée dans 68 pays - espère encore s’étendre en continuant à adapter ses différents “piliers” localement, comme cela a été le cas en 2007 avec la traduction des jeux vidéo en coréen. En France, où les jeux de cartes et les jeux vidéo se retrouvent encore dans bien des cours de récréation, la marque prévoit de sortir les derniers films des Pokémon en DVD en partenariat avec France Télévisions Distribution dans le courant de cette année. Avis aux Pokémaniacs !
