Plus longue sera la pub
Le 30 novembre 2011 ne sera pas forcément la date à laquelle France Télévisions cessera de diffuser de la publicité. Elle pourrait être postérieure, si l’on s’en tient aux textes de loi.
Certes, Nicolas Sarkozy, lors de la présentation de ses voeux au monde de la Culture a été formel : la réforme de France Télévisions sera intégralement appliquée, ce qui sous entend que la publicité, encore présente entre 6 heures et 20 heures, sera intégralement supprimée.
Et l’article 99 de la loi instaurant l’arrêt de la télévision analogique fixe bien au 30 novembre 2011 la date à laquelle celle ci doit prendre fin. Mais dans le même temps, l’article 28 de la loi du 5 mars 2009 mettant fin à la la publicité sur les chaînes publiques est nettement moins précis. Il est enfin précisé : "Les programmes diffusés entre vingt heures et six heures des services nationaux de télévision…ne comportent pas de messages publicitaires. Cette disposition s’applique également aux programmes diffusés par ces services entre six heures et vingt heures à compter de l’extinction de la diffusion par voie hertzienne terrestre en mode analogique des services de télévision mentionnés sur l’ensemble du territoire métropolitain".
Crédibilité
Autrement dit, la loi ne fixe pas l’arrêt de la publicité au 30 novembre 2011 mais à l’extinction effective de la télévision analogique. Si cette date ne pouvait pas être techniquement respectée, la loi ne serait pas appliquée et les pouvoirs publics, le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), pourraient se retourner contre les éventuels responsables de ce retard mais la publicité continuerait d’être diffusée sur France Télévisions.
En fait, ce transfert technologique ne connaîtrait que quelques semaines, sinon quelques mois de retard. Et Louis de Broissia, président de France Télévision Numérique, a raison d’affirmer que "Les Français développent une appétence tout à fait particulière pour le numérique dont la mise en place est dynamisée par la vente des écrans plats et l’équipement en haut débit des foyers français". Ce qui lui permet de conclure : "l’arrêt de la télévision analogique ne saurait donc connaître le moindre retard sauf s’il devait y avoir des problèmes d’approvisionnement des industriels et ceci ne dépasserait pas quelques jours".
Il n’en reste pas moins que les grandes chaînes comme TF1, Canal + et M6 refuseront la bascule vers le tout numérique si un seul foyer français doit être tenu à l’écart. Il y va, pour les uns, de leur crédibilité vis à vis de leurs annonceurs, et pour les autres du respect de leurs engagements envers les abonnés.
Nouvelle présidence
Querelle d’apothicaire, diront certains, pas tout à fait car le débat sur la fin de la publicité sur la télévision publique en 2012 se posera, à cette époque, en d’autres termes qu’aujourd’hui. Le nouveau président de la République, le gouvernement issu des élections législatives vont devoir remettre un peu d’ordre dans les finances publiques. La rigueur sera le maître mot, et ce qui est valable aujourd’hui ne le sera plus alors.
En juin 2012, on cherchera à faire des économies dans tous les secteurs. Et lorsque la question se posera de compenser la perte des 400 millions d’euros des recettes publicitaires de France Télévisions qui correspond à un engagement pris par l’Etat, nul doute qu’on y réponde par la négative. Et que les pouvoirs publics trouvent plus judicieux de laisser les chaînes publiques diffuser des écrans publicitaires.
Cette question justifie une nouvelle fois l’empressement que des groupes comme Publicis qui épaule Stéphane Courbit ou Hi-Media, dont il se dit qu’Orange est un supporter, ont développé pour répondre au dossier de privatisation de la régie de France Télévisions.
Tous spéculent et se battent en coulisses pour obtenir le maintien de la publicité sur les chaînes publiques. On dit même qu’Alain Minc, apôtre de cette suppression, aurait récemment changé d’avis en lançant cette formule : "Pourquoi supprimer la pub si les Français ne s’en rendent pas compte " ?
