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Patrick de Carolis défie l’Elysée (màj)

Le 13 Avril 2010 dans Old fashion media par Emmanuel Schwartzenberg

Renforcé par le faux pas du pouvoir sur l’arrivée d’Alexandre Bompard à France Télévisions, le président de France Télévisions suspens les négociations avec Stéphane Courbit et veut se prononcer rapidement sur le maintien de la publicité avant 20 heures.

Le retour ne s’est pas fait attendre. Déstabilisé par l’annonce de l’arrivée d’Alexandre Bompard, directeur général d’Europe 1, à la tête de France Télévisions, le conseil d’administration du groupe a pris deux mesures qui vont, sans nul doute, déplaire à l’Etat actionnaire.
Tout d’abord, France Télévisions suspens les négociations visant à céder la régie de France Télévisions à Lov, la société détenue par Stéphane Courbit, et à Publicis. Cette motion a reçu l’approbation des dix membres du conseil et l’opposition attendue des représentants de l’Etat y siégeant. Christian Kert, député UMP des Bouches du Rhones, et qui a voté avec Carolis, considère "qu’il serait prématuré de poursuivre les négociations en vue de la vente de la régie de FTV, tant que nous ne serons pas si la publicité est maintenue avant 20H. C’est seulement lorsque nous serons fixés sur le sujet qu’il nous appartiendra de nous prononcer". Ce qui constitue une nette victoire pour Patrick de Carolis qui ne s’attendait sûrement pas à bénéficier d’un tel soutien. Ensuite, le conseil d’administration entend faire connaître plus tôt que prévu sa décision sur le maintien de la publicité avant 20 heures sur les chaînes publiques. Car le gouvernement remettra son rapport sur la question avant le 30 septembre 2010 et non en mai 2011.
Hostile depuis longtemps à la vente de la régie de France Télévisions a une société privée soutenue par le troisième groupe publicitaire mondial, Patrick de Carolis a, de toute évidence, bénéficié du cafouillage du pouvoir sur ce dossier pour faire capoter les faits.
Rappelons les faits dont la Toile s’est fait largement écho : Alain Minc, actionnaire de la société de Stéphane Courbit, annonce l’arrivée d’Alexandre Bompard à France Télévisions avec, selon lui, comme première mission de reprendre les négociations avec la société Lov, que Patrick de Carolis s’apprête à rompre.
Ce n’est pas le Président de la République qui annonce son choix mais l’un de ses conseillers et c’est un financier qui n’est pas exempt de conflits d’intérêt avec le dossier. Il n’en a d’ailleurs pas fallu davantage pour que Nicolas Sarkozy, constatant un tel amateurisme, sorte de ses gonds.
Renforcé par cette erreur stratégique, Patrick de Carolis en a profité pour soumettre à son conseil d’administration une motion confirmant le maintien de la publicité avant 20h. Comme son mandat se termine le 31 août et que cette date butoir a été avancée de huit mois, France Télévisions devrait se déterminer sur cette question pendant que l’actuel président sera encore en fonctions.
Comme les chaînes publiques ont engrangé 404,9 millions d’euros de recettes publicitaires avant 20 heures, le conseil pourra difficilement y renoncer surtout s’il n’obtient aucune compensation de la part de l’Etat.
Décidé à se battre jusqu’au bout, Patrick de Carolis a également mis en avant les excellents résultats réalisés par France Télévisions. Le groupe, en effet, a annoncé un bénéfice net de 19,6 millions d’euros, contre une perte de 78,4 millions d’euros en 2008. Ce qui lui permet de revenir à l’équilibre avant la date prévue en 2012 . Une amélioration des recettes nettes à hauteur de 97,1 millions d’euros, une bonne maîtrise de l’ensemble des dépenses et les performances des filiales commerciales (+30,7 millions d’euros) expliquent ces bons résultats.

Affaire Proglio bis

Condamné vendredi dernier, Patrick de Carolis voit sa position renforcée. Certains, comme Jean Louis Borloo et Claude Guéant, qui n’a jamais dissimulé une certaine aversion pour Alexandre Bompard considère même qu’il devrait être reconduit. A condition toutefois de s’entourer de personnalités de valeur comme Rémy Pflimlin, pdg de Presstalis qui a la réputation de maintenir un climat social apaisé et de Dominique Farrugia, un homme pour lequel Nicolas Sarkozy voue un véritable respect. A la différence de Rodolphe Belmer, le dg de Canal+, qui n’a pas réussi, selon lui à mettre les Guignols au pas.
Raymond Soubie, conseiller social du Président, l’un des sages de l’Elysée, considère qu’il faut calmer le jeu et éviter de renouveler le scénario de la nomination d’Henri Proglio dont le montant des rémunérations a scandalisé l’opinion. Et ce qui est arrivé à EDF n’est rien en comparaison de ce qui surviendra si un scandale touche l’audiovisuel public.
Cette prudence est rendue d’autant plus nécessaire que le CSA, lui aussi, est vent debout contre la nomination d’Alexandre Bompard. Certes, vendredi dernier, le patron d’Europe 1 avait prévenu Michel Boyon, le président du CSA de son arrivée à France Télévisions. Et, celui-ci lui avait alors dit qu’il n’y voyait pas d’objections et que le CSA donnerait, sans doute, un avis positif. Mais depuis, un vent de fronde agite les conseillers et il n’est pas du tout certain que le CSA appuie la nomination d’Alexandre Bompard.
Cette restriction pourrait être négligée par le Président de la République si Jean-François Copé n’avait pas lui aussi fait connaître son mécontentement sur la façon dont le dossier a été gérée. Ce qui laisse présager une petite tempête au sein de la commission parlementaire qui doit aussi donner son avis sur cette nomination. Dans un tel contexte, il n’est donc pas surprenant que Patrick de Carolis se comporte vis à vis de sa tutelle avec une grande indépendance.

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