Patricia Langrand : "Nous n’allons pas créer un nouveau Canal+"
60 millions pour le mobile, 8 millions pour le magazine, et 135 pour le match du samedi soir. Ce sont les droits acquis par Orange lors de l’appel d’offres de la ligue de football professionnel. Il ne s’agit pas d’un simple coup médiatique pour Orange, mais la marque d’un intérêt certain pour le sport de la part de l’opérateur. Et pour Canal+, c’est aussi un mauvais coup, car si la chaîne peut s’enorgueillir d’avoir sauvé l’essentiel face à l’ogre orange, la vérité est tout autre. Pour les trois quarts de ce que payait la chaîne cryptée avant l’appel d’offres (460 millions d’euros), elle ne diffusera qu’un tiers de l’offre dite premium.
EL : Au total, Orange vient d’acquérir pour 203 millions d’euros de droits de diffusion suite à l’appel d’offre de la ligue de football professionnel (LFP). Il y a trois ans, vous n’aviez misé que 15 millions d’euros. Que s’est-il passé entre-temps ?
Patricia Langrand, directrice exécutive d’Orange en charge des contenus : En trois ans, la base d’abonnés aux services "haut débit", sur les réseaux ou sur le mobile a connu un développement spectaculaire. France Télécom compte aujourd’hui 7 millions de clients Internet par ADSL dont 1,2 million sont abonnés à la télévision par ADSL et plus de 7 millions au "haut débit mobile". Nous sommes donc prêts à miser plus pour acquérir des droits.
Nous avons également acquis une véritable expérience sur le sport avec la retransmission d’événements comme Roland Garros, les Jeux Olympiques, le Tour de France, et bien sûr la Route du Rhum. Orange a aussi lancé, en septembre 2007, un service totalement innovant avec Orange Sports TV. Tout cela nous a servi pour bien cerner ce que désirent nos clients en matière de sport et de services : le plus important est de voir les matchs en direct. Il y a aussi une demande sur les magazines, ou les résumés, en vidéo à la demande (VOD). Ce qui est parfaitement en phase avec les droits que nous venons d’acquérir !
EL : Justement, maintenant que vous avez mis la main sur ces droits de diffusion, qu’allez-vous proposer de différent ?
PL : Le match phare du samedi soir sera diffusé par ADSL, fibre optique et satellite sur la TV d’Orange (en haute définition), sur la chaine Orange Sports TV et sur orange.fr. Sur le mobile, nos clients pourront continuer de suivre en vidéo tous les matchs avec les buts, les meilleures actions et les résumés. Mais la grande nouveauté sera la diffusion en direct et en intégralité des huit matchs du samedi 19h et du dimanche 15h. Dès le dimanche soir à la fin de la journée, les amateurs de football pourront visionner à la demande un magazine complet sur la journée écoulée, ainsi que le résumé de chaque match, et des séquences « best of » : les plus beaux buts, les plus beaux arrêts, etc. Ces programmes seront accessibles sur la TV d’Orange, mais aussi sur orange.fr. Nous allons également lancer un service pour la "paix des ménages". Il s’agit en fait de laisser la possibilité à un abonné Orange Sports de regarder les programmes à la fois sur un ordinateur et sur la télévision. Donc, l’homme et la femme du couple pourront choisir sur quel écran ils regarderont le match de foot : PC, mobile, ou télévision.
Orange Sports TV illustre bien notre stratégie "sports everywhere" : c’est à la fois un service pour la TV sur l’ADSL, le mobile et le Web. C’est aussi une chaîne d’information et de découverte du sport. Bref, c’est une "chaîne qui respire". Elle s’ouvre également sur les événements, contrairement aux autres chaînes qui ont un temps limité, nous nous pouvons avec Orange Sports diffuser sur autant de canaux que nécessaire pour, par exemple, couvrir l’ensemble des rencontres du tournoi de Roland Garros. Il y a aussi de la VOD, qui permet de diffuser des matchs d’anthologie. Et nos clients ont bien compris la valeur de ce service. Dès le lancement, la chaîne s’est retrouvée en 4ème position de la consommation sur les mobiles alors que sur l’ADSL, nous avons enregistré plus d’un million de téléspectateurs le premier mois.
EL : Quels seront les tarifs des offres d’abonnement pour les clients ?
PL : Les prix seront dévoilés fin mars. Mais je peux d’ores et déjà annoncer qu’il est hors de question de créer un nouveau Canal +. Notre proposition commerciale sera basée sur une offre à la carte de programmes. Il est hors de question d’imposer une chaîne cinéma avec le football, par exemple. En proposant des tarifs très accessibles, nous allons élargir le marché. Par ailleurs, le satellite nous permettra de couvrir les zones qui ne sont pas accessibles à l’ADSL. La population des personnes intéressées par le football en France est plus large que l’on peut l’imaginer, elle avoisine les 7 à 8 millions de personnes.
EL : Quels sont vos projets sur la télévision mobile personnelle (TMP) ?
PL : Nous avons proposé deux dossiers devant le Conseil supérieur de l’audiovisuel : Orange Sports TV et O’TV, une chaîne généraliste totalement conçue pour la consommation sur les mobiles, avec des programmes courts à des horaires spécifiques. La télévision sur les mobiles est beaucoup regardée entre 12 heures et 14 heures, et le prime time du soir se prolonge bien après 22 heures.
EL : Etes-vous en faveur d’un modèle économique basé sur la publicité et l’accès gratuit aux chaînes de la TMP ?
PL : Orange s’est prononcé pour un accès crypté avec un bouquet de chaînes accessible à un tarif modique de 5 à 10 euros. Tout le monde admet aujourd’hui que les recettes de la publicité ne suffiront pas.
EL : Est-ce que la TMP n’arrive pas trop tard lorsque l’on voit que des fabricants de mobiles comme Apple et des opérateurs comme SFR parient sur le développement des programmes issus du Web 2.0 ?
PL : Les programmes de type UGC (vidéos réalisées par les internautes et postées sur le Web) seront aussi disponibles sur nos chaînes, essentiellement en seconde partie de soirée. Pour s’imposer, la TMP doit être la plus simple possible. Les industriels vont devoir faire un effort pour proposer sur les téléphones un accès direct aux programmes avec un bouton TV, par exemple, ou la possibilité de zapper entre les chaînes. De notre côté, nous travaillons sur la fluidité de la diffusion entre la 3G et les autres réseaux.
EL : Orange est aussi très actif sur le marché des droits cinéma. Quelle est votre politique en la matière ?
PL : Nous devons sans cesse enrichir notre offre de programmes. Car la télévision de demain aura aussi bien des flux programmés, linéaires, que des programmes à la demande. La consommation de ces différents contenus dépend en fait de l’âge et de l’humeur des individus. Pour répondre à cette demande hétérogène, nous nous focalisons sur les droits de VOD par abonnement. Pour 4,99€, on a ainsi accès à tous les programmes que l’on désire. Les studios sont friands d’innovations de ce genre. On recherche, de plus, à signer des accords pour tous les terminaux, comme récemment celui conclu avec Gaumont. Le client peut ainsi synchroniser son ordinateur et son mobile pour regarder en continu sur ces deux écrans un film ou une série. Il y a quelques années, ce type de service était tout simplement impossible. Petit à petit, la stratégie "content everywhere" prend forme.
* Quelques chiffres sur les chaînes du groupe Orange sur l’ADSL et le mobile :
TV :
1,2 million d’abonnés à la TV d’Orange.
Plus de 166 000 téléspectateurs par jour, des pics à plus de 416 000 téléspectateurs par jour lors de la Coupe du Monde de Rugby en 2007.
Plus de 24 000 VOD sports par mois dont 3 000 issues de programmes du CNOSF.
Web :
7,2 millions d’abonnés Orange Internet haut débit et tous les abonnés Internet en France.
1,2 million VU (Nielsen).
15 000 visites / jour, des pics à 60 000 visites.
Mobile :
7,2 millions de clients équipés d’un terminal TV/vidéo.
Plus de 3 000 consultations par jour.
La chaîne est dans le top 10 des chaînes TV sur mobile, loin devant les autres chaînes sports (Eurosport 22ème). La chaîne compte environ 180 000 téléspectateurs par jour sur les trois plates-formes Orange (mobile, Web, TV).
- Plus de 150 000 pages vues par jour sur le service interactif TV, soit plus de 4 500 000 pages vues sur le service interactif TV par mois - avec des pics à plus de 420 000 pages vues par jour pendant la Coupe du Monde de Rugby 2007.
