Orange, Free ? C’est pas moi, c’est lui !
Free et Orange sont à nouveau autour d’une table pour revoir le contrat d’itinérance 3G. Tous les coups sont permis, surtout médiatiques.
L’affaire n’en finit plus de rebondir. Stéphane Richard vient de donner une interview au site Le Point qui vaut son pesant de cacahuètes. Le PDG d’Orange, remonté comme jamais, estime que Free n’a pas su respecter son engagement sur le "fair use", cette limite contractuelle du volume d’utilisation des données sur le réseau 3G. À cause de cela, les abonnés Free Mobile ont provoqué un incident sur le réseau Orange le 7 février dernier. Au point que Stéphane Richard s’est fendu d’une lettre pour informer Free de son mécontentement, dévoilée par Le Point, une fois encore. Tout cela devait être au menu d’un rendez-vous présenté comme exceptionnel aujourd’hui entre Free et Orange. En fait, cette réunion qui est habituelle chaque semaine entre les deux partenaires, n’a debouché sur rien de très nouveau, en apparence, mais sera lourde de conséquences, comme nous allons l’expliquer...
Pour bien comprendre la manoeuvre, il faut revenir quelques semaines en arrière. Free présente après une longue attente son offre de téléphonie mobile avec un niveau de prix et de services qui dépasse, et de loin, toutes les autres. Instantanément, l’opérateur est dépassé par son succès, et les nouveaux clients essuient les plâtres. Retard sur la portabilité des numéros, encombrement du site internet pour les inscriptions, et les cartes Sim qui n’arrivent pas... Bref, certains blâment l’impréparation de Free quand d’autres plus conciliants attendent que tout revienne en ordre.
Saisine de l’Arcep
Cela ne serait qu’une péripétie sans importance, si le raz-de-marée provoqué par Free Mobile n’avait pas un impact évident sur les autres opérateurs mobiles. Sentant peut-être le vent du boulet, Xavier Niel, le patron de Free avait d’ailleurs pris les devants en expliquant en amont que, selon lui, son offre mobile provoquerait des dommages chez ses concurrents du mobile mais moindres chez Orange. D’autant que pour la petite histoire, Orange ne pouvait totalement ignorer les tarifs que Free allait proposer, puisqu’ils étaient évoqués dans les contrats entre les deux sociétés, dont celui signé pour l’itinérance de Free Mobile sur la 3G.
Pas de chance, les syndicats et certains cadres du groupe en profitent au sein d’Orange pour faire monter la pression et accessoirement la colère des salariés - le syndicat CFE-CGC UNSA a d’ailleurs déposé une saisine à l’ARCEP, pour contester le bon allumage du réseau Free. La vague de suicides que l’operateur a connu il y a un peu plus d’un an, est encore dans tous les esprits, et des conséquences néfastes de ce nouvel arrivant sur l’emploi sont redoutées. A juste titre, puisque l’offre de Free Mobile pourrait en effet aussi être une raison de la fuite des abonnés Orange. Dans ces circonstances, la direction du groupe se devait de reprendre les choses en main, et montrer qu’elle n’était pas que "le faire-valoir" d’un concurrent qui avait choqué en utilisant des paroles très dures lors de son lancement.
C’est chose faite, avec cet entretien au Point du Pdg, d’Orange. Stéphane Richard reprend la main, et rassure autant sa base qu’il donne un signal à ses abonnés, enfin ceux qui restent encore. La panne est réelle. Orange ne peut se permettre de voir sa fiabilité mise en cause par 1,5 million d’abonnés au comportement de "goinfres". Le patron d’Orange entend aussi faire taire en interne, ceux qui, pour la plupart du sérail des ingénieurs télécom, n’ont jamais apprécié sa nomination. Car, Stéphane Richard n’est pas comme eux.
Cadeau d’adieu
Alors, que s’est-il passé entre les deux associés sur la 3G le 7 février dernier ? L’incident est bien réel, le réseau d’Orange a souffert. Ce fait est indéniable, La Tribune rapporte une consommation monstre pour certains abonnés, près de 55 Go en trois jours ! Oui, le fair use imposé par Free n’a pas "fonctionné", seulement, voilà, ce n’est pas la faute de Free. À en croire, les premiers échos de cette réunion d’aujourd’hui, Orange a d’ailleurs reconnu que ce manquement était de leur responsabilité. Qui croire ? Difficile de savoir... En revanche, ce qui est sûr, c’est bien que tout cela montre une volonté inédite d’Orange d’obtenir plus de son partenaire dans le cadre de l’accord d’itinérance 3G. Le contrat négocié par Pierre Louette, le secrétaire général d’Orange, prévoit un versement d’1,5 milliard d’euros sur trois ans de part de Free. Une somme rondelette, mais pas suffisante pour l’opérateur historique. Voilà, un beau cadeau de départ, si Stéphane Richard n’est plus le bienvenue en mai prochain, si malheureusement pour lui, la majorité présidentielle qui l’a amené à la tête de l’opérateur venait à perdre les élections.
