Officiel, Emmanuel Hoog candidat à l’AFP
Candidat du pouvoir, le président de l’Ina a prévenu David Guiraud qu’il postulait à la présidence de l’agence. Sans avoir, comme tous les autres candidats, planché devant le comité de sélection il sera entendu par le conseil d’administration du 15 avril.
Emmanuel Hoog, président de l’Institut National de l’Audiovisuel, est officiellement candidat à l’AFP. Il préférait France Télévisions, lorgnait sur Arte mais l’Elysée lui ayant fait savoir que ce serait l’AFP ou rien, il vient de prévenir David Guiraud, dg du Monde et président du comité de sélection de sa volonté d’être candidat. Ce candidat du pouvoir soutenu par Pierre Charon, conseiller de Nicolas Sarkozy, un homme dont les compétences professionnelles sont certaines tant il a rajeuni l’Institut National de l’Audiovisuel, attendait la toute dernière minute pour se déclarer.
Sa nomination est jugée essentielle car elle entraîne un jeu de chaises musicales qui permettrait à Jean-Jacques Aillagon injustement évincé de l’établissement public de Versailles de prendre sa place à l’Ina, libérant au passage le prestigieux château pour Xavier Darcos, ancien ministre de l’Education Nationale pour qui il faut trouver un lot de consolation.
Il fallait que tous les candidats qui se sont fait connaître, aient en quelque sorte épuisé le contenu de leurs projets en l’exposant devant le comité de sélection, pour profiter d’un effet de surprise. Cette officialisation tardive qui ne surprend aucun observateur et surtout pas electron libre constitue bel et bien un camouflet pour tous ceux qui ont déjà fait campagne. A commencer par Louis Dreyfus, ancien dg du Nouvel Observateur et de Libération et de Philippe Micouleau, ancien pdg de l’Agefi qui faisaient figure de favoris dans la short list de ceux qui vont être entendus le 15 avril. Il est d’ailleurs probable qu’ils mèneront une campagne politique s’ils obtiennent la certitude que les jeux étaient déjà faits.
Comme eux, et sans savoir eu à plancher devant le comité, Emmanuel Hoog viendra donc présenter ce jeudi son projet au conseil d’administration. Ce qui constitue un indéniable avantage dans la mesure où il est le seul candidat qui aura eu connaissance du projet de ses concurrents. Ce qui manque de transparence et soulève un problème moral lorsque l’on doit veiller aux destinées de l’une des premières agences d’information mondiale.
Emmanuel Hoog, c’est désormais certain, soutenu par les cinq représentants de l’Etat mais devra obtenir la confiance de sept membres du collège presse pour passer la barre. Ce qui reste, compte tenu du contexte, très aléatoire.
Candidat du pouvoir
Cette affaire est à rapprocher de celle de France Télévisions dans la mesure où elle ressemble à un passage en force et risque de provoquer une scission au sein du conseil d’administration entre les représentants de l’Etat et le reste des administrateurs.
Les patrons de la presse quotidienne régionale, largement représentés à l’AFP, comme ceux de la presse nationale n’ont jamais apprécié de se voir dicter leur ligne de conduite par les pouvoirs publics. Même s’ils savent pertinemment que l’Etat assure 40% du budget de l’agence. Il y va de leur indépendance comme de leur image. Ils ont toujours défendu cette agence comme leur entreprise, ce qui a paradoxalement bloqué son évolution.
Le fait qu’Emmanuel Hoog soit ressenti comme le candidat du pouvoir va donc de le pénaliser aux yeux des éditeurs. Il lui sera , en effet, difficile d’obtenir 12 voix sur 13 pour être élu, comme l’exigent les statuts de l’AFP.
Si aucun candidat n’obtient ces douze voix, au terme de trois tours de scrutin, le conseil supérieur de l’AFP propose deux noms au conseil d’administration qui pourra alors se prononcer à la majorité simple. Ce permettra alors à l’Etat d’imposer plus facilement Emmanuel Hoog mais il faudra alors que deux éditeurs se désolidarisent du collège presse. Comme David Guiraud, des patrons de la pqr pensent Nicolas Beytout, patron des Echos et "membre du club du Fouquet’s" pourrait s’allier avec les représentants de l’Etat. Il reste seulement à trouver celui qui ralliera ce camp.
Si aucune majorité ne devait se dégager en faveur du candidat du pouvoir, l’AFP pourrait vivre une crise historique qui la menacerait dans ses structures et son existence même puisque les patrons de presse pourraient s’opposer ouvertement au gouvernement.
