Numérique et Hadopi : Nicolas, le petit
La droite au pouvoir a composé avec les forces en présence pour imposer une défense molle du droit d’auteur. La gauche se concentre sur l’Hadopi, mais n’a pas su montrer de voie alternative.
Nicolas, le petit. Victor Hugo avait eu ce trait de génie pour décrire l’ascension, rapide car courte, de Napoléon III. Il convient parfaitement au locataire de l’Elysée. Il sied même comme un gant à celui-ci, dès qu’il s’agit de parler de culture, de médias et de numérique. Le costume ne fait pas la grandeur de l’action, et la fonction n’y ajoute rien. Comme on va le voir par la suite...
Fier à bras, comme pas un, Nicolas Sarkozy, à peine élu, voulut faire de la défense du droit d’auteur un point fort de son quinquennat. Il recula, recula, et recula encore, pour accoucher dans une douleur de parturiente à l’Hadopi. L’enfant destiné à naitre le couteau entre les dents n’eut pas le choix, et reçu un hochet bruyant comme premier jouet. Partout où il allait, il devait trimballer cet avertisseur, qui le rendait même embarrassant dans son propre camp politique, celui de son père, sans parler de l’antipathie qu’il générait dans les tréfonds du web.
Alors que fit-il ? Petit à petit, cet enfant grandit à perdre l’espoir d’être un jour reconnu et défendu. Il avait raison, la suite lui montra clairement pourquoi. D’un coup, Nicolas Sarkozy le prit en grippe le temps d’un meeting, et il se vit refuser les vertes pelouses de la République officielle. Méchamment, le petit fit son chemin, tapant ici ou là, pour se faire une place.
Donner des ordres
Seulement, voilà, se faisant, l’Hadopi n’avait plus rien à voir avec ce qu’on entendait dire à son propos. Et puisque son arrivée fut l’occasion pour ses parents de garnir son berceau de missions "pédagogiques", ou encore de surveillance de la bonne tenue de "l’offre légale", pour mieux faire oublier l’infamie qui l’avait frappé du fait de la vindicte populaire qui avait précédé sa naissance, ces nobles missions devinrent prioritaires. Au point que l’arme absolue rêvée par Nicolas Sarkozy, préambule à sa création, se retourna contre son dessein. Et ce ne sont pas les quelques dossiers retransmis au Parquet, pour peut-être se voir suspendre, pour les internautes concernés, l’abonnement à Internet pendant un mois maximum, qui vont le transformer en un molosse écumant de haine. Point du tout, et Nicolas Sarkozy n’y est pas pour grand chose d’ailleurs, et comment le serait-il à donner des ordres à une commission pour la protection des droits, présidée par Mireille Imbert Quaretta, une ancienne du cabinet de la socialiste Elisabeth Guigou ! Non, dans cette affaire, encore une fois il n’y a qu’un échec flagrant de la volonté de puissance d’un président élu par ceux qui ont cru au fantasme de l’"action". Il n’y a pas de sarkozysme culturel. Le président ne fut pas capable d’en établir les principes. Et ce ne sont pas quelques déclarations tapageuses sur son rôle "civilisateur" de l’Internet, jamais suivi dans les faits, qui bouleverserait ce constat.
Qui aura la peau de la haute autorité la moins pénalement armée du moment ? La gauche ! Si l’on en croit les récentes déclarations et débats qui ont eu lieu ces derniers jours ; la gauche élue en mai prochain, cela va sans dire. La tactique est la suivante, et ne manque pas d’ironie. Didier Mathus fut installé au collège de l’Hadopi par le président du Sénat. Il peut compter sur un aide de camp, un grognard, un Cambronne... Christian Phéline !
Clashs au collège
Ensemble, les deux hommes ont une tactique claire : Hadopi doit rester un instrument coercitif, c’est son rôle de par la loi, le reste n’existe plus. Alors systématiquement, les deux hommes de gauche, torpillent les actions, les études, enfin, tout ce qui fait d’Hadopi un laboratoire où s’invente une vision détaillée du marché des biens culturels en ligne. Que ce soit son rôle, ou non, n’entre pas en ligne de compte, l’affaire est pliée, si l’on suit les interventions des deux hommes au collège - émaillées de nombreux clashs dont l’un mémorable face à Jacques Toubon -, l’Hadopi est un serpent qui mord et doit tuer ! Voilà qui doit surprendre les lecteurs habitués aux positions affichées par la gauche sur ce terrain, vantant le libre échange entre internautes... Et pourtant, il n’y a rien de plus habillement politique que cette volonté de Didier Mathus d’éliminer Hadopi en affirmant partout dans les médias qu’elle a échoué dans son rôle de gendarme des réseaux ! Une position reprise sans distance par Aurélie Filipetti, en charge du pôle culture de François Hollande.
Très bien, après tout, cela est de bonne guerre. Emblème d’une droite que l’on veut considérer comme puissante et agressive, ce qui est faux, et ne lasse pas d’étonner les observateurs politiques, Hadopi doit mourir. Il restera donc la loi supérieure, gravée dans l’airain. Une loi implacable qui punit l’échange de fichiers protégés par le droit d’auteur comme étant un acte de contrefaçon. Qui heureusement n’est jamais appliquée dans toute sa violence : 300 000 euros d’amende et 3 ans d’emprisonnement. On s’en remettra à la sagesse des juges donc, pour faire appliquer la juste sentence. Car, il faudra compter sur la férocité des ayant-droit, plus dure elle sera dans ce monde post Hadopi. Tout y passera : sites ou blogs illicites, protocoles, filtrage, attaque contre des nuées d’internautes... Une fois le statu quo Hadopi caduque, ce sera la guerre. La vraie. A moins que, tout cela ne soit que bruit et fureur de campagne, et qu’une fois l’élection passée, toutes et tous reprennent leurs places comme si de rien n’était.
