Nintendo, c’est plus fort que Toyota
En dépit de la crise économique actuelle qui touche un bon nombre d’éditeurs de jeux-vidéo comme EA ou THQ, Nintendo ne semble pas connaître de difficultés majeures et affiche des résultats plus convaincants que ses concurrents directs que sont Sony et Microsoft.
Si Sony peut se satisfaire d’une hausse de 40% des ventes de PS3 en 2008 par rapport à 2007 et si Microsoft annonce que le parc mondial de Xbox 360 dépasse les 28 millions d’unités, Nintendo sembler jouer dans une autre catégorie avec ses 45 millions de Wii vendues pour 312 millions de titres, sans parler des 96 millions de DS.
L’année dernière, la Wii a représenté 55% des ventes de consoles de nouvelle génération. Quant à la DS, elle s’est offerte 72% du marché des consoles portables. Nintendo tire profit de la bonne forme du marché des jeux-vidéo qui a connu une progression de 12,9 % en 2008, à 44,9 milliards d’euros, après une hausse de 23,7 % en 2007 (Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe).
Le problème pour Nintendo, c’est le yen, pas les ventes. La Wii reste bien moins chère à produire que ses rivales et d’ailleurs, son prix n’a pas baissé depuis sa sortie en 2005. Récemment, la compagnie a pourtant revu ses prévisions à la baisse. La firme de Kyoto s’attend à une baisse de son chiffre d’affaires de 9% par rapport aux prévisions initiales, à 1 820 milliards de yens (15,6 milliards d’euros), pour un bénéfice de 230 milliards de yens, soit 1,9 milliard d’euros. C’est le yen fort qui pénalise fortement la Nintendo : en juin, un euro s’échangeait à près de 155 yen contre 115 en ce début 2009.
Cependant, dans un Japon qui n’en finit plus de découvrir les mauvais résultats de ses grands groupes, Nintendo n’est pas à plaindre. Des chiffres intéressants, parus dans la presse nipponne faisaient état d’un incroyable rapport soulignant l’une des forces du fabricant de jeux vidéo : la création de valeur par employé. Sachant qu’il y a 1465 employés chez Nintendo Japon, un seul d’entre eux représente 1 milliard de yen du CA de l’année fiscale en cours (plus de 8 millions d’euros). Chez Toyota, c’est 5 fois moins.
Quel avenir pour la stratégie de Nintendo ?
Nintendo a su jouer sur la simplicité de son offre, avec des machines limitées techniquement par rapport à la concurrence. Les jeux ne sont pas en reste : trois des cinq meilleures ventes mondiales en 2008 sont issues de la firme.
Des titres plus simples et moins chers à produire, pour un public plus large, voilà une recette qui fait gagner de l’argent mais qui ne veut pas dire que Nintendo en fait "moins que les autres". La stratégie d’élargissement de la clientèle a pour cause, une petite révolution du système.
Nintendo est sorti de la logique qui voulait qu’une console de nouvelle génération puisse en faire plus au niveau technologique. Sa force a été de repenser la façon de jouer en s’attachant non pas à l’immersion via une manette dans un univers en 3D sur l’écran, mais par une action physique du joueur. Le jeu moderne selon Nintendo s’est déplacé de l’écran vers le joueur lui-même, équipé d’une Wiimote ou du Wii fit.
Tant que Nintendo trouvera comment tirer partie des ses consoles et du corps des joueurs, la Wii et la DSi, n’auront pas à craindre d’être hors-jeu. Mieux, avec le temps, la firme de Kyoto pourrait aussi bien conquérir le coeur des gamers que celui des joueurs occasionnels.
