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Nicolas Sarkozy face à la presse, un parcours sans faute jusqu’à la dernière haie

Le 02 Octobre 2008 dans Old fashion media par Emmanuel Torregano

Nicolas Sarkozy a tracé les grandes lignes des Etats Généraux de la presse. Il a renvoyé dos à dos les responsabilités des uns et des autres face à la déconfiture des titres de presse, et annoncé la création de quatre groupes de travail.

Ce matin donc, tout ce que la presse française compte de personnes importantes, influentes, remarquables étaient au Palais de l’Elysée pour assister au coup d’envoi des Etats généraux de la presse donné par le président de la République, Nicolas Sarkozy. Et force est de reconnaître que le locataire de l’Elysée fut particulièrement à l’aise dans cet exercice. Son diagnostic des maux de la presse, surtout la presse quotidienne d’information, était net, clair, précis, et visiblement sans partie pris. Pourtant, c’est à la fin de ce parcours sans faute, que le vrai Nicolas Sarkozy a étincelé sous les ors, insinuant que si la presse se devait d’effectuer un nécessaire travail de modernisation, c’est aussi et surtout parce qu’elle a le devoir d’expliquer au français, "le travail de modernisation de la France entrepris par le gouvernement". Voilà donc la feuille de route des patrons de presse toute tracée, et sans aucun doute le retour de la pensée univoque, d’un président qui l’emporte sur toutes les autres.
Cet excès ne doit pas pour autant occulter les paroles de raisons qui ont été celles du président pour le lancement, de ce qui sera un processus de refonte complet de la presse et de son modèle économique. Un travail qui n’a jamais été fait depuis la libération, comme s’est plu à le rappeler Nicolas Sarkozy dans son discours.
Dans ce catalogue impressionnant des causes de la chute de la diffusion des titres de presse, ceux qui attendaient une longue liste d’accusations contre le tout puissant syndicat du livre CGT y ont été pour leurs frais. Bien que le président n’ait pas mâché ses mots, appelant à continuer le travail de modernisation des NMPP, et donc du réseau de distribution, il a souligné que "nous devons aller plus vite, plus loin, plus fort". Proposant toujours sur ce thème de revoir la loi Bichet : "Il s’agit de prendre la mesure des archaïsmes de notre système et des inconvénients dramatiques qui en résultent". L’attaque est bien frontale, mais elle n’est pas létale.

Paupérisation de la presse

Se plaisant à se situer au-dessus de la mêlée et de "l’affrontement stérile des corporatismes", le président a également fustigé les éditeurs de presse, accusés, pendant de longues minutes d’avoir sciemment organisés une "paupérisation" du métier. Ce qui a eu comme conséquence de rater le virage de l’internet, ou encore d’affaiblir les rédaction : "Paupérisation des contenus quand moins de 20% des prix de vente leur sont consacrés. Paupérisation des rédactions quand des plans sociaux assèchent les journaux de leur raison d’être, le journalisme. Paupérisation des réseaux avec la disparition d’un trop grand nombre de correspondants étrangers. Paupérisation de la profession avec des journalistes mal payés, mal outillés, précarisés. Paupérisation des entreprises de presse avec insuffisamment de fonds propres pour investir, innover, préparer l’avenir". A ce problème à multiples facettes, Nicolas Sarkozy entend répondre par la manière forte, en débloquant les mécanismes qui empêchent la concentration des entreprises de communication. Avec le dessein de créer un groupe français de presse à l’image ce qui se fait de mieux dans le monde anglo-saxons. Un message sans doute reçu parfaitement par les groupes Lagardère et Dassault, qui vont pouvoir se livrer une guerre sans merci pour incarner au plus vite ce "News corp" à la française.
Le président s’est montré inquiet, voire pessimiste sur la situation des sites d’information sur internet, estimant à juste titre que la marque était le point déterminant, mais qu’aujourd’hui les recettes liées à la publicité ne sont pas suffisantes. "L’essentiel n’est pas de protéger le support, il est de protéger la marque. Il n’est pas de protéger le papier, il est de protéger l’écrit"., a t-il rappelé, estimant que "C’est une folie de croire que la publicité financera un jour toute l’information : la gratuité, c’est une vue de l’esprit et la mort de la presse écrite".
Pour mener à bien ce train de réforme, le président a indiqué que l’Etat jouera son rôle. On peut sûrement sans se tromper entendre par là que la force publique sera aux côtés des éditeurs en cas de grève dure du syndicat du Livre. Pour conduire de "larges consultations" dans le cadre de ces états généraux, quatre groupes de travail ont été créés emmenés par Arnaud de Puyfontaine, Bruno Patino, François Dufour et Bruno Frappat. Le prochain rendez-vous est fixé à dans deux mois, "nous ferons un premier bilan d’avancement du processus. Mon souhait est de pouvoir alors rapidement, avec vous, engager les réformes nécessaires, législatives, réglementaires, fiscales et financières annonciatrices d’espoir et de changement", a souligné Nicolas Sarkozy.

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2 Commentaires

  1. Patrice le 3 octobre 2008

    Bon article. Tous les points importants sont abordés, même si j’aurai personnellement aimé quelques développements sur "le déblocage des mécanismes qui empêchent la concentration des entreprises de communication". Il s’agit là d’un processus entamé depuis de longues années par son prédécesseur , et que notre actuel président souhaite mener à bien.Dans ce cas, que deviendra l’indépendance des journalistes, même si aujourd’hui ce concept peut faire sourire ? Les problèmes de la presse se limiteraient ils à une question d’argent et de pouvoir ? L’information et la réflexion ne seraient qu’une marchandise comme les autres ?

    Je ne suis pas sûr que ce blog soit l’endroit idéal, pour débattre de cela, mais je n’ai pas pu m’empêcher. Désolé.

    Patrice



  2. ADB le 5 octobre 2008

    Nic Sarko a peur d’Internet car il ne peut pas maîtriser le contenu de ses infos. Les journalistes se sont décrédibilsés car ils sont trop liés, voire assujettis, au pouvoir politico économique. La paupérisation du métier vient essentiellement selon moi de cet assujettissement des médias au pouvoir. Ce pouvoir, à tous les niveaux, de la présidence aux communes (même petites) en passant par les entreprises, a de plus installé des "communiquants" qui sont des "barrières". Ces communiquants ne communiquent que l’info officielle, en interdisant l’accès à la source. D’où un appauvrissement de l’info, voire pire.La concentration des entreprises de communication ne peut qu’accentuer ces problèmes et induira encore un appauvrissement de l’info. Mais permettra de la museler encore plus.



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