L’artiste, cet avare qui ne se montre pas

Le 8 février 2012, Peer2peer

L’artiste est un homme d’affaires comme les autres. Le considérer autrement c’est commettre une erreur de jugement, et minimiser sa place dans la ...

Référencement, mensonges et vidéo

Le 7 février 2012, So_cult’

MegaUpload n’est plus et les sites de video à la demande comme de télé de rattrapage voient leurs audiences s’envoler. Explications. La fermeture du ...

Introduction en bourse de Facebook : du marketing de pros

Le 7 février 2012, Le_Flouze

En prévision de son introduction en bourse, la direction de Facebook orchestre une communication rassurante et parfois naïve pour empêcher une chute ...

Les fabricants d’écrans exigent une refonte du modèle de financement de la création

Le 6 février 2012, So_amazing

Les fabricants de téléviseurs estiment verser 100 millions d’euros de trop à la copie privée. Ils demandent aussi des contenus pour nourrir les écrans ...

Musique en ligne : le dé-satisfecit

Le 16 Décembre 2008 dans So_cult’ par Philippe Astor

Je m’étonne toujours du satisfecit des industriels de la musique en ce qui concerne l’offre légale de musique en ligne, alors que si peu d’efforts ont été consacrés à ce volet des accords Olivennes depuis un an, sinon à acculer quelques Web entrepreneurs à des négociations fortement déséquilibrées, qui requièrent de mettre un bon million d’euros sur la table au bas mot avant même de commencer à discuter. Bonjour les barrières à l’entrée ! Comment mieux s’assurer de brider l’innovation et les initiatives ?

Un million d’euros, c’est un minimum désormais pour envisager de pouvoir commencer à exploiter le catalogue des majors sur Internet. D’aucuns pourraient prendre le risque de faire l’impasse sur ce catalogue, mais dans la phase de transition actuelle d’un marché de masse vers une multitude de marchés de niche, c’est malheureusement un peu prématuré, encore aujourd’hui, et prendre le risque de se couper d’une bonne partie du public. Certes eMusic parvient à relever ce défi avec une certaine réussite. Mais c’est le seul acteur à avoir émergé sur ce créneau indépendant au niveau mondial en l’espace de dix ans ! C’est dire l’étroitesse des perspectives de developpement que cette stratégie ouvre...

D’autant que les labels indépendants ne sont pas mieux disposés, pour la plupart, à lacher du lest. Leurs exigences, comme celle d’autres acteurs de la filière - à l’instar de la Sacem, qui aurait désormais des velléités d’exiger des revenus minimums garantis -, se calquent de plus en plus sur celles des majors. Et tout ce beau cortège d’aller droit dans le mur, tant il paraît illusoire de se reposer sur quelques acteurs du Web 2.0, dont les modèles économiques sont encore extrêmement fragiles, pour soutenir le développement d’une « nouvelle économie » de la musique. Surtout qu’on n’hésite pas à charger la barque, par dessus le marché, en envisageant également d’exiger de certains d’entre eux qu’ils contribuent au financement de la télévision publique. Et pourquoi pas au renflouement du déficit de la sécurité sociale ?

A moins qu’on ne mise plus désormais que sur la force de frappe et la puissance financière des opérateurs de télécommunication, pour qui vendre de la musique à perte n’a finalement pas plus d’effet qu’une piqûre d’insecte sur les fesses d’un mammouth, du moment que c’est un bon moyen d’acquérir de nouveaux clients, à un coût qui peut paraître facilement amortissable lorsqu’on pèse plusieurs dizaines de milliards de d’euros en bourse, et qu’on n’a d’autre stratégie que de se servir de la musique comme d’un produit d’appel pour vendre d’autres services.

Sauf que c’est miser sur une concentration des nouveaux canaux de diffusion et de distribution, et tenter de reproduire sur les réseaux un modèle de mass-marketing qui non seulement est largement dépassé et remis en cause par la nature même des réseaux électroniques, mais promet par ailleurs de ne profiter qu’à quelques uns. On ne peut pas mieux se bercer d’illusions, à moins d’avoir, comme Universal Music, 50 % de parts de marché sur ces nouveaux canaux.

Si l’offre légale était aussi pertinente que certains veulent le penser, si les propositions de valeur de la musique en ligne étaient si séduisantes pour les fans de musique, nous n’en serions pas à voir le numérique parvenir à peine et fort péniblement à compenser, sur certains marchés, le déclin de la distribution physique. Lorsqu’on aura fait le bilan des maigres effets à la marge qu’aura à mon avis la loi Internet et Création sur les ventes de musique, peut-être commencera-t-on à se poser les bonnes questions sur la manière d’améliorer cette offre légale.

On ne peut certes pas nier quelques avancées en la matière, s’agirait-il de sauts de puce. Ainsi se rendrait-on désormais à l’idée de faire sauter les DRM en matière de téléchargement à l’unité ? La belle affaire ! Il y aura bientôt dix ans que la SDMI (Secure Digital Music Initiative) est enterrée et on en tirerait à peine les leçons ? Quelle belle démonstration de réactivité ! Ainsi s’orienterait-on enfin, par ailleurs, vers des offres d’accès très large aux catalogues sur une base forfaitaire, ce qui est indéniablement un des nouveaux fondamentaux de l’économie de la musique.

Mais faudra-t-il encore attendre dix ans pour qu’un visionnaire de la trempe d’un Steve Jobs, par exemple, parvienne à imposer l’idée de conjuguer ces deux sauts de puce pour constituer la base du tremplin qui permettra à l’industrie de la musique de faire un grand bon en avant dans le XXIième siècle ?

Car je ne vois pas d’autre issue, pour encourager l’investissement dans des domaines par trop négligés aujourd’hui – la personnalisation des services, les outils de gestion dématérialisée de toute la chaîne de production et de distribution, le Web marketing, l’éditorialisation poussée des offres, la valorisation logicielle des contenus, la professionnalisation des UGC... - que de commencer par mettre en place un canevas reposant sur un accès très large aux catalogues sur une base forfaitaire et sans DRM, bordé par une extension de la redevance pour copie privée aux fournisseurs de services de communication en ligne, qui permettrait de légaliser, par une exception au droit d’autoriser, les échanges entre particuliers. Car ils seront incontestablement, à l’ère des réseaux, un des moteurs de l’économie de la musique.

Encore faudrait-il, cependant, prendre le parti de partager équitablement les risques et ne pas être par trop tenté, comme c’est encore trop souvent le cas aujourd’hui, d’asphyxier les nouveaux acteurs de cette économie par des exigences démesurées... qui relèvent plus de l’assurance-vie que de la rémunération équitable.

Partager cette information

4 Commentaires

  1. zelkoba le 17 décembre 2008

    Bonjour Philippe. J’aime beaucoup votre article mais je ne comprends pas tout à fait les termes : " les outils de gestion dématérialisée de toute la chaîne de production et de distribution, l’éditorialisation poussée des offres, la valorisation logicielle des contenus, la professionnalisation des UGC" Merci de m’éclairer avec des exemples concrets.



  2. Philippe Astor le 17 décembre 2008

    En réponse à Zelkoba...

    "outils de gestion dématérialisée de toute la chaîne de production et de distribution"

    On peut ranger dans cette catégorie toutes sortes de logiciels et services Web 2.0 permettant de dématérialiser un certain nombre de processus métier. Je pense par ex. à des outils collaboratifs comme SoundCloud, ou à des systèmes de mise à disposition des catalogues à des fins de synchro comme iNumérica, ou encore à tous les outils de tableau de bord permettant d’avoir des relevés de vente en ligne en temps réel, et d’en gérer la répartition à moindre coût (répartir 34 € de revenus entre 56 ayant droit finit par coûter plus cher que ça ne rapporte avec les moyens du bord d’aujourd’hui). A une échelle industrielle, les développements d’un consortium comme DDEX, qui visent à standardiser les échanges informatisés entre acteurs de la chaîne de distribution numérique, rentrent aussi dans cette catégorie.

    "l’éditorialisation poussée des offres"

    Il peut s’agir de développer des bases biographiques et discographiques comme Music-Story (un AllMusicGuide francophone), de réfléchir aux moyens d’agréger dans les offres les nombreux contenus éditoriaux relatifs aux contenus musicaux eux-mêmes pour les valoriser. Cette éditorialisation peut également passer par la définition d’offres spécifiques à certains marchés de niche, par des outils comme les smartradio de Deezer ou le MusicMix de MusicMe, par des logiciels comme MusicIP (génération intelligente de playlists), par des services d’animation musicale comme BigaDJ, etc.

    "la valorisation logicielle des contenus"

    je reprendrai l’exemple de Music Ip, des smartradio ou de MusicMix. On peut aussi citer l’exemple des jeux vidéos musicaux qui redonnent vie à des back catalogues endormis auprès de jeunes publics, et toutes les idées susceptibles de valoriser les contenus par la voie du logiciel, qui est à mon avis un des moyens de redonner de la valeur peut-être pas aux contenus eux-mêmes, mais aux différents modes d’accès aux contenus...

    "la professionnalisation des UGC"

    Je fais partie de ceux qui sont convaincus que la démocratisation des moyens de production et de diffusion va constituer un appel d’air pour les UGC (contenus créés par les utilisateurs), qui auront de plus en plus vocation à trouver des débouchés et à se professionnaliser. Un cas d’école est celui d’Eyeka, start-up fondée par Gilles Babinet, qui est une communauté de semi-pros de la production audiovisuelle, de l’animation ou de la photo, mis en relation par le biais de cette plateforme avec des marques via des apples d’offres, des concours, etc.



  3. Theo le 29 décembre 2008

    2 commentaires :

    Universal n’a plus 50% de part de marché, sur la fin d’année ils se sont un peu écroulés et sont désormais autour de 30/35%, ce qui reste élevé.

    Ca bouge enfin sur les DRM en France... Warner Music a signé son premier accord la semaine dernière sur le DRM Free pour des sites français. Le 1er janvier, une partie du catalogue sera disponible sur le site Fnacmusic, et normalement l’intégralité du catalogue d’ici fin janvier, le temps de livrer les 300 000 titres.



  4. Emmanuel Torregano le 29 décembre 2008

    Universal approche voire atteint les 50% de pdm sur le numérique sur l’année. Quant à Warner, merci pour l’information, et nous avons pu aussi constater que la major américaine était la première à proposer quelques titres en drm free sur iTunes, après EMI.



Ajouter un commentaire


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)