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Musique : SFR et Orange déclenchent la guerre de l’illimité

Le 06 Juin 2008 dans So_cult’ par Emmanuel Torregano

La bataille pour la musique en France passe par l’abonnement. La souscription à un service de téléchargement n’a pour l’instant pas été à la hauteur des espérances. SFR et Orange, les deux opérateurs tentent leur chance avec chacun une offre illimitée de téléchargement pour 12 euros par mois.

Coup de tonnerre dans le ciel de la musique en ligne, SFR et Orange lancent chacun une offre de musique à télécharger en illimité, pour un forfait mensuel de 12 euros. Neuf Télécom avait surpris tout le milieu des opérateurs de télécom en septembre dernier avec une offre musicale, mais elle avait encore un défaut majeur : une fois l’abonnement à l’opérateur résilié, la musique n’était plus lisible ; la faute aux mesures anti-copie et de contrôle (DRM) imposées par la maison de disques Universal.
Orange et SFR ont décidé d’aller plus loin sur tous les plans afin de concurrencer le couple Neuf/Universal. Les DRM sont encore de la partie, mais cette fois, le téléchargement est définitif. Finie donc la location de musique et place à la vente façon grossiste ! Pour la première fois en France, les opérateurs ont décidé de ne plus lier revenus et quantité de musique à télécharger. Un bouleversement qui a des conséquences importantes, car il remet en cause la manière dont les artistes sont rémunérés. A chaque téléchargement, l’artiste perçoit un pourcentage, à la fois via la Sacem mais aussi selon les termes financiers du contrat qui le lie à sa maison de disques. Avec les offres illimitées, il n’en est plus de même. Si les internautes abonnés téléchargent énormément de fichiers, la part revenant aux artistes sera diminuée d’autant - à noter que dans les faits, il est tout à fait possible de s’abonner un mois seulement, car il n’y a aucune clause sur un engagement de durée chez SFR, mais pas de siphonner le catalogue car les opérateurs auraient prévu un seuil maximum de téléchargements par mois. Une logique de paupérisation des artistes qui peut à terme poser de grosses difficultés lors des négociations entre les artistes et les maisons de disques. A cela s’ajoute le fait que pour l’instant, ces offres d’un nouveau genre n’ont pas forcément été anticipées dans les contrats en cours.
L’aspect inédit de ces offres vient également du fait que pour la première fois, Orange et SFR ont réussi à amener vers eux plusieurs labels dont les principales majors. SFR annonce ainsi la disponibilité de 500 000 titres dans son offre à terme, mais l’opérateur n’a pas encore signé avec l’ensemble des labels pour l’atteindre. Cependant, 500 000 titres disponibles, c’est encore très éloigné des sept millions de références de la plate-forme iTunes en France. Or on le sait, sur le Net, l’intérêt des internautes va essentiellement vers la richesse de l’offre.

144 euros par an

On peut également s’interroger sur la pertinence du prix d’une telle offre. Douze euros par mois, c’est en fait très cher si l’on compare avec la consommation de musique en France et par habitant. A son plus haut, le marché du disque a représenté deux disques vendus par an et par Français... Soit environ 30 euros dépensés par un Français dans la musique, le plus souvent lors des fêtes de fin d’année. Avec SFR et Orange, ce panier s’élève à pas moins de 144 euros pour un abonné sur une année pleine. Autant le dire tout de suite, une offre de ce calibre n’est réservée qu’à un faible pourcentage de personnes qui achètent plus de dix CDs par an. Enfin, il y a fort à parier que ces acheteurs de musique récidivistes n’ont certainement pas besoin d’avoir accès à tout le catalogue, ils l’ont déjà, et ne sont intéressés que par les nouveautés.
Comme on pouvait s’y attendre aussi, les fichiers téléchargés sur ces nouvelles offres sont encodés au format Windows Media, ils sont donc incompatibles avec l’iPod, le baladeur emblématique du marché de la musique numérique.
Les opérateurs sont bien conscients que cela va sans doute entraver la croissance du nombre d’abonnés aux offres illimitées. La prochaine étape devrait donc se résumer à une abolition des DRM sur les fichiers proposés dans un abonnement mensuel. Et après ? Qu’est-ce que les dirigeants de la musique vont pouvoir inventer pour faciliter l’accès à la musique ? Et rompre petit à petit le lien qui existait entre l’oeuvre enregistrée et le client. Car dans cette histoire, la chanson est désormais vendue dans les mêmes conditions que l’eau du robinet (voir Musique, gratuité et exception française).

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