Mettling propose à Fillon de démembrer Presstalis
Bruno Mettling préconise la disparition de Presstalis et son remplacement par un holding accueillant des acteurs comme Geodis ou Butler ainsi que des groupes de la presse quotidienne régionale.
Bruno Mettling va remettre dans les tous prochains jours son projet de réforme de la distribution de la presse française à François Fillon. Après sa validation par le Premier ministre, puis par Nicolas Sarkozy qui se passionne depuis toujours sur le dossier, il sera définitivement arrêté par les éditeurs dans un mois. Une fois les élections régionales passées.
D’après nos informations, celui-ci prévoit le démembrement de Presstalis, ex-NMPP, avec l’entrée de nouveaux investisseurs et un renforcement du rôle de la presse quotidienne régionale.
Première décision forte : le niveau 1 qui a progressivement perdu de son utilité serait supprimé. Les journaux, en effet, partent de plus en plus souvent directement des imprimeries vers les 115 dépôts qui approvisionnent ensuite les diffuseurs. Cela entraînera notamment la fermeture, en région parisienne des centres de Gonnesse et Moissy-Cramayel. Ce qui entraînera le départ de 80 ouvriers. Le centre de Combs-la-Ville lui a déjà fermé.
La SPPS (Société Presse Paris Service) qui distribue l’intégralité des titres dans l’Île-de-France devrait être conservée car elle agit au niveau parisien comme un dépôt de niveau 2. Le maintien de l’intégralité des 300 ouvriers du Livre employés par cette filiale de Presstalis n’est pas assurée car la SPPS pèse négativement à hauteur de 30 millions d’euros sur les comptes de Presstalis. Contrairement aux rumeurs, Marc Norguez, secrétaire général du SGLCE-CGT, (Syndicat Général du Livre et de la Communication écrite) n’a pas donné lorsqu’il l’a rencontré le 19 février dernier son accord à Bruno Mettling pour supprimer le niveau 1.
En revanche, les éditeurs s’y montrent très favorables car la disparition de cet échelon va leur permettre d’économiser les 8% du prix de vente de leurs titres qui sont facturés pour ce service logistique.
La disparition de Presstalis est accompagnée de la création d’un holding reposant sur deux branches, l’une destinée aux magazines, l’autre aux quotidiens nationaux. Dès sa création, celui-ci engagera des pourparlers avec les groupes de la presse quotidienne régionale intéressés dans la distribution des titres nationaux. Ouest France, EBRA (Est Bourgogne Rhône-Alpes), la Voix du Nord, éventuellement le groupe Hersant Médias, implanté dans le Sud-Est, sont susceptibles d’apporter leur expérience logistique afin de cogérer les dépôts de presse. Le marché de la distribution française pourrait être ainsi organisé autour de cinq grandes régions françaises.
Butler ou Blayau
Butler Capital Finances qui a regardé le dossier NMMP, il y a trois ans, est régulièrement cité comme actionnaire de cette nouvelle holding. Sa proximité avec Alain Minc qui regarde toutes les affaires quand il s’agit de presse et lorsqu’elle intéresse l’Elysée explique que son nom soit régulièrement cité même s’il adopte en la matière un profil bas. La reprise de la SNCM, la société de transports maritimes entre le continent et la Corse, dont personne ne voulait à cause du risque social que cette reprise entraînait, a été revendue par ce même Butler à Veolia moyennant un bénéfice de 30 millions d’euros. Ce qui prouve à l’évidence qu’il ne recule devant aucun conflit lorsqu’il s’agit d’argent. Le syndicat du Livre ne l’effraiera pas plus que le syndicat des travailleurs corses.
Cependant, à la différence de la SNCM, Walter Butler n’est pas seul sur ce dossier. Pierre Blayau, directeur général délégué de la branche transports de la SNCF, PDG de Geodis, est aussi sur les rangs pour entrer dans le holding. La SNCF possède, à travers cette filiale Geodis, une expérience dans la distribution du fret, dont la presse bénéficiera pour ses titres comme pour ses produits. Elle en tirera d’autant plus avantage que Géodis transporte déjà des journaux. Pierre Blayau devra néanmoins convaincre quelques éditeurs réticents qu’ils ne courent aucun danger s’ils confient leurs titres à un puissant opérateur qui gérera à la fois leurs abonnements et la vente au numéro. Dans un passé récent, ils avaient repoussé une telle solution quand La Poste s’était déjà proposée de se substituer aux NMPP pour distribuer les journaux. Beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts car la presse quotidienne nationale va confier dans toute l’Île-de-France sa distribution à la Poste.
Le plan Mettling ainsi défini, il restera ensuite au gouvernement à le mettre en place et entamer une négociation immédiate avec Lagardère étrangement silencieux pendant cette période. De deux choses l’une ; soit Arnaud Lagardère échange sa participation dans Presstalis comme une présence dans le nouveau holding, soit il tente de monnayer son départ. Cette deuxième hypothèse est peu probable dans la mesure où Lagardère Active n’a jamais envisagé de distribuer ses titres seuls. Mais elle l’oblige à débourser des fonds pour disposer au sein du holding d’une représentation conséquente. Quelles que soient les difficultés de mise en place de projet, rien ne viendra contrarier la volonté des pouvoirs publics de le mener à bien. Non seulement parce que le Président de la République y tient mais aussi et surtout parce que l’Etat ne veut pas être le seul à verser les 150 millions d’euros exigés par la recapitalisation de Presstalis.
