Médias en manque d’affinité cherchent internautes sympathisants
Il faut s’y faire, la presse écrite n’est pas la seule à souffrir de l’apparition de l’internet. C’est un tournant à négocier pour toutes les institutions qui ont intérêt à fédérer du monde autour de leur marque. Entre autres, les médias audiovisuels – télé, radio – et les partis politiques. Tous ne sont pas partis en même temps, mais tous tentent de s’adapter au web 2.0, avec des fortunes diverses.
Quand le web est devenu 2.0, un nouveau défi s’est imposé aux médias traditionnels. De taille. Il leur a fallu créer autour d’eux une communauté. Les grandes marques qu’ils s’étaient forgé avant l’émergence de l’internet auraient pu être un atout. Elles se sont souvent révélées être un handicap. Face au choix offert en ligne, à la nouveauté, les grands médias, partis politiques, sont apparus dépassés, un peu ringards, voire franchement répulsifs.
Du coup, certains ont adopté la tactique du profil bas. Longtemps discrète, TF1 a lancé il y a quelques semaines, fin novembre 2009, son service de catch up TV améliorée, MyTF1. Le 17 février, ce sera au tour de MyTelefoot d’apparaître sur les écrans. Un programme court, qui précèdera sur le petit écran l’historique Téléfoot, mais aussi une émission hebdomadaire en ligne, et un site internet destiné aux jeunes : TF1 semble décidée à passer à la vitesse supérieure.
Sans non plus trop se mouiller. Pour l’heure, il n’est question d’aucun objectif chiffré en terme de fréquentation de l’un ou l’autre de ces services. Et MyTF1 n’étant disponible que sur la Bbox de Bouygues Telecom, le parc d’utilisateurs potentiels se limite à 300 000 foyers. Une goutte d’eau. Motus également sur le coût de leur élaboration.
Lucidité
Si TF1 la joue modeste, c’est peut-être simplement de la lucidité. La courte histoire du web a déjà vu de nombreux médias partir tambour battant à l’assaut des internautes, et revenir pantelants. En 2007, le groupe NRJ lançait MyNRJ.com. Et d’annoncer vouloir conquérir 800 000 inscrits en une année. Au bout de quelques mois, le site, qui devait permettre aux jeunes de socialiser autour de musique en streaming et de clips, fermera ses portes discrètement, pour des questions de « rentabilité », selon l’actuel directeur de e-NRJ, Yann Battard. L’adresse de l’ex-plateforme communautaire pointe désormais vers nrj.blog.fr. Mais Yann Battard se défend de vouloir faire de la concurrence aux skyblogs. « Les blogs sont là comme un service rendu aux internautes. Mais ce n’est pas un levier de notre stratégie en ligne. » Pragmatique, le groupe NRJ a finalement décidé de se recentrer sur son cœur de métier : la radio. Et de décliner les marques du groupe en diverses webradios, 35 au total. « On suit l’évolution des modes de consommation. »
Au Figaro, comme aux Echos, l’orteil dans l’eau de la piscine 2.0 est resté timide. MonFigaro n’est guère plus qu’un Netvibes inséré sur le site. Idem aux Echos. Même en 2007, le procédé paraissait un peu élémentaire.
Depuis que Facebook est le pays le plus peuplé du monde, ce sont les réseaux sociaux qui font rêver. Si TF1 et NRJ, pour leurs plateformes respectives, ont décidé de ne pas inclure d’éléments sociaux à proprement parler, et se contentent d’être présents sur Facebook ou Twitter, les partis politiques n’en font pas autant. La Coopol, « le Facebook de la gauche », comme Les créateurs de possibles, « le Facebook de l’UMP », se sont lancé un défi impossible à tenir. Un mois après leur lancement, les créateurs de possibles cherchent surtout à créer des inscrits. Et la Coopol, lancée en deux temps, d’abord auprès des militants PS, puis à l’ensemble des sympathisants de gauche, s’enorgueillit de 20 000 adhérents. Ce qui ne représente même pas un adhérent sur dix. Dans le grand bain du web, les éléphants apprennent encore à nager.
