Mediapart vise l’indépendance absolue
Le journal en ligne se rapproche, grâce au feuilleton Eric Woerth, de l’équilibre économique mais ne l’a pas atteint. Le jour où ce sera le cas, nous dit Edwy Plenel, le fondateur, il renoncera à toute forme de subvention d’Etat.
L’affaire Woerth a conforté le modèle payant de mediapart auquel peu d’acteurs du net croyaient, la tendance étant à la gratuité et à la diffusion de contenus répétitifs sur la Toile.
"Nous avons voulu construire un journal en ligne, inventer ce que pourrait être la presse du 21ème siècle sur internet", précise d’emblée Edwy Plenel, "nous ne sommes pas un site mais un laboratoire qui élabore un modèle de presse en ligne."
"Avec l’affaire Woerth qui a suivi les révélations de l’attentat de Karachi ou, par exemple, dans une moindre mesure,l’interview de Jean Luc Godard, nous avons , à chaque fois démontré ce que nous avons toujours affirmé : la crise de l’information est avant tout une crise de l’offre. Cette analyse est entièrement confirmée par les faits."
"Le public reçoit beaucoup d’informations, mais il n’est pas pour autant informé. Dès qu’on lui fournit une information originale et indépendante, il perçoit immédiatement la différence et devient ensuite un lecteur régulier."
De fait, le site mediapart privilégie des articles résultant d’enquêtes, d’investigations poussées, de révélations obtenues par des journalistes professionnels et reconnus. Loin de la sempiternelle reprise sous des différentes marques médias qui se comportent davantage en agrégateur de contenus qu’en véritable éditeur de presse de la sempiternelle dépêche édulcorée ou du moindre communiqué de presse.
"Le public est prêt à payer pour bénéficier d’une véritable information", assure Edwy Plenel, cette confirmation est validée tous les jours. "Et la bascule des lecteurs traditionnels vers le numérique est la deuxième information que nous recevons. Beaucoup de gens avaient entendu parler de mediapart mais n’étaient pas encore venu découvrir ce qu’était un véritable journal en ligne. C ‘est désormais le cas."
De fait, mediapart, site fermé puisque payant, a obtenu 1 010 000 occurrences sur Google et déclenché un buzz qui a occasionné des reprises sur toutes les télévisions et radios d’information. Ce "journal" n’a donc plus aucun problème de visibilité. Il faudrait ne plus vivre en France et cesser de se connecter sur internet pour ne pas le connaître. Le chiffre de 35 000 abonnés est déjà atteint et celui de 45 000, seuil véritable de l’équilibre, est désormais en vue.
En déduire pour autant que mediapart a déjà gagné la partie commerciale serait prématuré. Il lui faut conforter le succès actuel, ce qui suppose de poursuivre les enquêtes sur l’affaire Woerth et d’en révéler d’autres, la déception d’un lectorat toujours versatile pouvant découler de l’insatisfaction. Mediapart est désormais redevable auprès de ses lecteurs du désir d’information qu’il a suscité.`
Ne plus dépendre des financements publics
La vraie victoire, celle de la rentabilité n’est donc pas encore gagnée. Même, si pour la première fois, depuis sa création, elle est en vue. Le jour où elle sera atteinte, mediapart sera réellement indépendant. Il ne dépendra plus d’aucun financement public de quelque ordre que ce soit. A la différence de certains quotidiens nationaux qui auraient déposé, depuis bien longtemps le bilan, s’ils n’étaient pas financés par l’Etat.
Libération, par exemple, perçoit plus de six millions d’euros provenant du fonds d’aide aux journaux à faible ressources publicitaires, du fonds d’aide au portage des journaux et du fonds de modernisation. Le quart des recettes de ce quotidien est donc assuré par l’Etat. En ce qui concerne Le Monde, les aides d’Etat représenteraient en 2010 près de la moitié de ses recettes publicitaires nettes.
Cette situation ne signifie pas que les journalistes de ces titres écrivent sous la dictée du pouvoir mais elle conduit à penser que l’Etat, premier contributeur de la presse quotidienne nationale, en est de facto actionnaire.
Pour échapper à toute forme de tutelle et affirmer son indépendance, Edwy Plenel prend donc l’engagement de se passer complètement de toute subvention publique.
"Le jour où nous sommes rentables, nous ne toucherons plus un seul centime de subvention. Notre politique est d’ailleurs restrictive puisque nous avons pris la décision de solliciter uniquement des subventions liées à des investissements technologiques. Pour financer, par exemple des développements sur l’ipad. A la différence d’autres sites, nous refusons que la rédaction de mediapart soit prise en charge par le fonds du SPEL"(fonds d’aide aux services de presse en ligne qui dépend du ministère de la Culture). "Nous souhaitons que toute la transparence soit faite sur la répartition et l’affectation des fonds réalisées par les pouvoirs publics. Nous avons d’ailleurs déposé un dossier portant sur une subvention technologique d’un montant de 200 000 euros que nous n’avons pas encore recouvré, je me réserve de l’accepter si toute la clarté n’est pas faite sur l’utilisation de ces fonds publics."
