Médiamétrie Radio, il y a urgence !
Il faut en prendre l’habitude, la radio est un média en déclin. Il n’appartient pas encore à une autre époque, mais son hégémonie sur le matin des Français s’effrite à chaque vague de mesures. Et ce n’est pas le retard pris par la radio numérique qui devrait permettre de sortir de cette impasse...
Médiamétrie chronique la chute. La vague novembre-décembre 2009, dont les audiences ont été dévoilées ce matin, n’échappe pas à la morosité ambiante, malgré quelques éclaircies. Pourtant, à cette époque habituellement le média radio se porte bien, mais pas cette fois. Pour la énième fois, les audiences sont à la baisse, prises dans la globalité des stations mesurées. La radio enregistre ainsi 81,5% d’audience cumulée, soit une baisse de 1,5 point. Il faut cependant préciser que cet écart est quelque peu accentué par la variation du point tel que défini par Médiamétrie - suivant l’augmentation de la population nationale (1% = 519 210 personnes de 13 ans et plus en 2009 ; 1% = 514 040 personnes de 13 ans et plus en 2008).
A ce petit jeu, il n’y a pas de grands gagnants, à l’exception de RMC et de Fun Radio, mais, il y a en revanche de vrais perdants : les stations musicales. Et comme un symbole, la forteresse NRJ est tombée. La station n’est plus que l’ombre d’elle-même, et ce ne sont pas les performances en hausse de la matinale commandée par Nikos qui vont changer la donne. NRJ plonge. Avec 9,8% (-0,9 sur un an) d’audience cumulée, la station présidée par Jean-Paul Baudecroux passe en quatrième position, devancée de justesse par Europe 1. Toujours sur le même refrain, Nostalgie est aussi en recul avec une AC de 7,1% contre 7,4% en 2008. Consolation pour le groupe NRJ, Chérie FM, après des mois de disette s’en sort mieux cette fois : 4,6% (+0,4). L’aura de Skyrock est aussi quelque peu en berne, une fois n’est pas coutume, la station de la nouvelle génération peine avec une audience en baisse de 0,3 point à 7,5%. Tout comme Virgin Radio, qui a bien des difficultés à trouver son segment avec seulement 5,2% (-0,3). En revanche, les musicales adultes, dites "gold", s’en sortent plutôt bien, si l’on excepte Nostalgie, donc. RTL2 ou RFM gagnent chacune 0,2 point. Enfin, Fun Radio maintient une progression entamée depuis plusieurs vagues avec une audience assez haute pour menacer Skyrock. Fun Radio passe ainsi à 7,2% (+0,5).
Top of mind
Et du côté des généralistes ? La situation est contrastée. RTL ne bouge pas. Avec 12,7%, la radio nouvellement présidée par Christopher Baldelli, transfuge de M6, ne s’en porte donc pas plus mal. France Inter, en revanche semble perdre un peu de sa superbe, avec une baisse assez forte de 0,5 point, à 10,1%. L’effet Val ? Il faudra surveiller l’évolution de l’audience du vaisseau amiral du service public dans les prochaines vagues... D’autant que France Info a stoppé l’hémorragie avec 9,1%. Vient ensuite Europe 1 avec 9,9% (-0,1), mais un total de 5 164 000 d’auditeurs, ce qui constitue un record pour la station présidée par Alexandre Bompard - portée par une matinale forte (+0,2), mais plombée par Morandini à midi. Enfin, RMC continue sa progression fulgurante, véritable comète du paysage radio, qui sera certainement enseignée dans les écoles ! La station menée par Frank Lanoux gagne 0,6 point à 6,8, et vient taper à la porte du trio. A ce rythme là, RMC pourrait bien atteindre les 8 points dans l’année à venir, et faire réellement peur à ses concurrents, car RMC est aussi un dévoreur de budgets publicitaires.
Après ce résumé, il convient d’insister sur l’état peu reluisant d’un média radio dont les méthodes de mesures cachent certainement le véritable état de délabrement. Rappelons que ce sondage effectué sur 126 000 personnes dans l’année se pratique par téléphone en fin de journée. La méthode n’est pas condamnable évidemment, mais elle a ses défauts bien identifiés. En fait, un sondage Médiamétrie sur la radio fait par nature la part belle aux valeurs conservatrices, et à ce qu’on nomme le "top of mind", autrement dit, le nom d’une marque, ou d’une station qui vient en premier à l’esprit, ce qui n’est pas forcément en rapport avec l’écoute à un moment précis. Mais en l’absence d’une autre méthodologie, il faut bien s’en contenter, et vivre certainement avec une vision "pour madame la marquise" d’un média qui décroche inéluctablement.
